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Education interculturelle : état des lieux

 

Ville Ecole Intégration (VEI) Enjeux n°129, juin 2002
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Françoise LORCERIE est sociologue, cherheur à l’IREMAM (CNRS)

Interculturalité, histoire de mots et de réalités

Une fois qu’on a énoncé ce mot, on croit être au clair avec ce qu’il recouvre. Or, ce n’est pas vrai du tout. Quand on voit les détours que prennent les spécialistes, qu’il s’agisse d’identité, de rencontre, de méthode d’action,... on se rend compte de la polysémie de ce terme, pour le moins galvaudé.

Nouzha BENSALAH

TRACeS n°173, novembre 2005
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Nouzha Bensalah est sociologue et chargée de mission au Ministère de la Communauté française (Service de l’Education Permanente, responsable du secteur interculturel).

L’effet retard de la révolte des banlieues

Apparemment, l’immigration et les banlieues n’occupent pas une place importante dans les préoccupations des électeurs  : seuls 13 % des sondés placent la première et 7,5 % les secondes parmi les deux problèmes les plus importants. Mais 70 % précisent qu’elles compteront — « beaucoup » ou « assez » — dans leur vote. D’autant, précisent les auteurs, que certains envisagent d’abord l’immigration comme une concurrence en matière d’emploi, leur sujet d’inquiétude numéro un… "

Lire l’article sur le site du Monde Diplomatique

"L’ethnicité, c’est les autres". Formes et enjeux de la relation de l’école aux milieux disqualifiés

Ville Ecole Intégration (VEI) Enjeux, hors-série n°6, décembre 2002

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Jean-Paul PAYET est sociologue au SATIE, université de Genève

Dénationaliser l’histoire de France

Toutes les histoires fabriquées au XIXe siècle pour célébrer les Etats-nations émergents ont plus ou moins gommé ce qui faisait tache sur leur image. Mais le contexte intellectuel et le projet idéologique qui ont conditionné la construction d’une Histoire de France des origines à nos jours, officialisée et transmise par l’école de la IIIe République, est l’une des clefs du malaise identitaire actuel. »

Lire l’article sur le site de la LDH (Ligue des Droits de l’Homme) - Toulon

« Immigrés », « beurs », « musulmans »... ou comment les désigner ?

Benoit FALAIZE

Article issu du bulletin XYZep n°24, septembre 2006
XYZep est une publication du Centre Alain Savary (INRP)

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Les nouvelles inégalités

Que la question des inégalités apparaisse désormais comme un phénomène social majeur est en tant que tel révélateur d’un changement considérable. Autrefois, on aurait parlé d’exploitation, de domination. Ce changement de discours est à bien des égards paradoxal et c’est sans doute pourquoi nous avons tant de mal à en bien comprendre les causes et la nature profonde. Le paradoxe de départ est que l’on doive affronter comme un problème politique nouveau la hausse des inégalités, alors même que le grand espoir du XXe siècle était, à l’inverse, que l’État-providence et la scolarisation de masse parviennent à les réduire. Qu’elles aient pu s’accroître est en soi le grand désespoir de la fin du XXe siècle, au nom duquel le procès de la social-démocratie est engagé.

Ce texte est extrait de la revue Esprit, février 2004. Il a été présenté au cours d’un colloque organisé par « À gauche en Europe », le 22 novembre 2003.

Lire l’article sur le site de l’Observatoire des Inégalités

Il nous faut des repères

Toutes les histoires nationalistes du 19ème et du 20ème siècle étaient simplificatrices, linéaires. Elles coloraient le passé en noir et blanc. Or le passé comme le présent des hommes est opaque, complexe, contradictoire.

Revisiter notre histoire, c’est donc aussi déchirer, si nécessaire, les écrans qui nous masquent des vérités qui contredisent l’image d’une France identifiée au Droit et à la Justice. Attentat blasphématoire, comme aurait dit Freud, aux « totems » et tabous » de notre mémoire collective ? Ou nécessité vitale pour éviter quelques pièges du monde d’aujourd’hui et mieux affronter celui de demain ? "

Suzanne CITRON

Avant-propos de « L’histoire de France autrement »

Editions de l’Atelier / Editions Ouvrières (1992)

La scolarisation des élèves nouveaux arrivants non francophones

Note d’information n°08-06 (mars 2006)
Direction de l’Evaluation et de la Prospective du ministère de l’Education nationale
Lire la note (6 pages, 278 Ko, pdf)

L’invention française de la discrimination

Jusqu’alors disjointes, les problématiques du racisme et de l’inégalité trouvent désormais un lieu d’articulation, ce qui a des conséquences en termes à la fois de représentation du monde social et de conception des politiques publiques. Une réflexion critique sur les enjeux anthropologiques de cette innovation peut toutefois être formulée à trois niveaux : du point de vue des procédures d’objectivation, il existe un risque d’essentialisation des catégories utilisées ; sous l’angle des processus de subjectivation, la tension entre sujet de droit et sujet de souffrance favorise une victimisation des personnes ; dans la perspective de l’action enfin, la judiciarisation de la lutte contre la discrimination tend à se faire au détriment d’une approche historique et sociale des fondements racistes de l’inégalité. 

Didier Fassin

Consulter l’article sur le site de CAIRN

Lire la présentation de Didier Fassin sur le site de l’EHESS.

 

http://www.cairn.be/article.php?ID_...

 

De l’urbain au social : le « cycle des relations raciales »

Véronique De Rudder

Résumé :

C’est au regard de l’orientation et de l’état de la recherche sur les relations interethniques en France que l’auteur s’interroge sur les usages que l’on peut faire aujourd’hui des analyses, des concepts et des positions scientifiques des sociologues fondateurs de l’École de Chicago. En partant de la définition du " cycle des relations raciales ", formulée par Park en 1926, et des corrections qui lui ont été apportées par la suite, l’auteur discute du rôle des conflits interethniques, de celui des politiques et des institutions, du problème de la réduction du social à l’urbain et de la société à l’État national. La portée des concepts formés par et pour la recherche et celle de la distance du chercheur à son objet sont ensuite abordées dans une perspective épistémologique.

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L’histoire de l’immigration aujourd’hui. Quelques pistes de réflexion

" Du côté des nouveaux champs d’investigation, la question du rapport colonisation/immigration suscite un intérêt grandissant. Ce terrain est essentiel pour réactualiser, au sujet des migrations issues de l’ancien empire colonial, la question des liens entre nation et immigration.
En revanche, et en contradiction avec l’abondance de la littérature sociologique sur la question depuis la fin des années soixante, on ne dispose guère de travaux d’historiens sur les conditions d’insertion et d’intégration des dernières vagues d’immigration, notamment celles venues d’Afrique du Nord. Sur les Portugais, les travaux de Marie-Christine Volovitch-Tavarès ont apporté des éclairages que l’achèvement de sa thèse devrait compléter. Ces questions devraient ouvrir sur de nouvelles interrogations aujourd’hui à peine engagées sur les relations entre Etat-social, immigration et identité. "

Lire l’article sur le site de la revue électronique Actes de l’histoire de l’immigration


Voir la présentation de la revue et du site Clio-GRESH

Diversité culturelle et pratiques pédagogiques. Opinions et attitudes des nouveaux professeurs des écoles de l’académie de Créteil

Ville Ecole Intégration (VEI) Enjeux, n°129, juin 2002
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Florence LEGENDRE est chercheur à l’Institut Maghreb-Europe, enseigne la sociologie à l’université ParisVIII et à l’université d’Évry.

Construction sociale de l’ethnicisation

Ville Ecole Intégration (VEI) Diversité n°135, décembre 2003
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Jean Baubérot est président honoraire de l’École pratique des hautes études

Les élèves d’origine étrangère : le poids des difficultés sociales

A l’entrée en 6ème, les résultats obtenus aux évaluations nationales par les élèves dont les deux parents sont immigrés ou étrangers, se situent près de dix points au-dessous de la moyenne nationale.

Lire l’article sur le site de l’Observatoire des inégalités

Pour lire l’étude sur la perception du système éducatif et projet d’avenir des enfants d’immigrés, Caille J.-P., Education et formations n°74, avril 2007

 


De la diversité culturelle au dialogue interculturel

Elle exige ensuite que le dialogue interculturel soit une priorité déclarée de façon volontariste, notamment pour répondre aux préoccupations des citoyens européens confrontés à la réalité de plus en plus multiculturelle de nos sociétés et ébranlés dans leurs identités par les nombreuses et différentes manifestations de la mondialisation.La citoyenneté, voire l’identité européenne, se construisent ainsi autour de l’affirmation de ses propres racines, de la reconnaissance de l’héritage commun européen et de la pratique du dialogue.

Xavier Troussard 

Commission européenne - Direction générale “Education et culture” 
Conseiller pour les aspects internationaux et transversaux de la culture

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Pratiques de discrimination des professionnels et vécu de la violence en contexte ethnicisé


Ville Ecole Intégration (VEI) Diversité n°137 – juin 2004
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Vijé FRANCHI est psycohogue clinicienne (Université Paris VII - René Descartes)

L’école face à la diversité de ses publics

Ce sont les facteurs d’acculturation qui doivent être interculturels et non les objets culturels / témoins de la différence folklorisée. Sa mise en oeuvre doit articuler trois pôles d’activités : le domaine péri-scolaire, d’abord, sous l’égide de l’école et en concertation avec les collectivités territoriales locales ; l’école, ensuite, en adaptant ses programmes aux disciplines de l’altérité (histoire, anthropologie, lettres, etc.) ; l’enseignement des langues " maternelles " enfin, qui n’a d’avenir que si l’on parvient à assurer la continuité pédagogique dans l’ensemble du parcours scolaire et le débouché vers l’Université : la légitimation.

Altan GOKALP
"L’école face à la diversité de ses publics" (1989).
Revue Européenne des Migrations Internationales , Volume 5 , Numéro 1 , p. 63-74.
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http://remi.revues.org/document1006.html

La question de « l’ethnicité » dans l’École : essai de reconstruction du problème

L’article analyse ce processus d’opposition identitaire dans son contexte de confrontation entre les différents univers de socialisation des jeunes. Plusieurs idées de sens commun sur « l’ethnicité » sont ainsi déconstruites :
- la perception ethnicisée des difficultés scolaires n’est pas seulement le fait de jeunes issus de l’immigration, mais plus largement d’élèves de milieux populaires ;
- elle est moins un problème spécifique qu’une conséquence des difficultés d’appropriation des savoirs ;
- elle n’est pas seulement importée dans l’École : celle-ci participe à son émergence quand elle focalise l’attention sur la question de l’ethnicité, notamment en valorisant les « origines » des enfants et en ne proposant pas aux élèves d’autres catégories pour les aider à penser la distance qui les sépare de la culture scolaire ;
- « l’identité » des élèves n’est pas figée par les « origines », l’École contribue à son développement ;
- le rejet ethnicisé des apprentissages n’est pas une fatalité.

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La Revue d’Histoire de l’Enfance "Irrégulière" (RHEI) est la version électronique de la revue le Temps de l’histoire. Elle est animée conjointement par le CNFE-PJJ et l’Association pour l’histoire de l’éducation surveillée et de la protection judiciaire des mineurs (AHES-PJM).

De la discrimination du marché au marché de la discrimination, les fausses évidences de la « lutte contre les discriminations »

Si la logique de marché produit tendanciellement de la discrimination, la structure de ce marché spécifique rend visible la contradiction interne à une action publique organisée autour de la logique gestionnaire des problèmes sociaux. Une action publique contre la discrimination ne peut porter ses fruits qu’à la condition que la norme soit reconstruite collectivement et localement, en situation, à travers un processus qui conflictualise les tensions internes à l’action publique, et en particulier à l’action des intermédiaires de l’emploi.

Cet article, initialement écrit pour un numéro de la revue Raison présente sur les discriminations, jamais paru, a finalement été publié dans la revue Mouvements n°49, janvier-février 2007, pp.128-136.

Télécharger le document (12 pages, 131 ko) depuis la docuthèque du site de l’ISCRA

L’héritage d’Edward Saïd

Présentation et textes du numéro Hors-série de "POLITIQUE ET LITTÉRATURE", la revue des Anciens Élèves de l’ENA


sous la direction de Karim Emile BITAR

Décembre 2003

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Histoire de France : crise de l’identité nationale

"L’histoire de France - et les idées reçues - porteraient à croire que la France est une nation très ancienne, plus que millénaire. Mais quand commence-t-elle ? Vercingétorix, Clovis, Hugues Capet ?
En réalité, le mot nation au sens où nous l’entendons aujourd’hui est une invention de la Révolution française et son intériorisation par la médiation de l’école de la IIIème République est encore plus récente."

Texte publié dans Dialogues Politiques - revue plurielle de science politique, n°2, ,anvier 2003. 

Lire l’article sur le site de la LDH - Toulon

L’histoire de l’immigration en France : état des lieux des recherches, perspectives d’avenir

Lire l’article sur le site de la revue Hommes & Migrations

Gérard Noiriel est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) - Genèse et transformation des mondes sociaux.

Littérature et immigration turque

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La visibilité de l’émigration-immigration dans les littératures maghrébine, française, et de la « seconde génération » de l’immigration : quelle « scénographie postcoloniale » ?

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L’école face à la diversité des cultures. La pédagogie différenciée entre exigence d’égalité et droit à la différence

Sommaire
Unification de l’éducation et exigence d’égalité
Une pédagogie différenciée : vue d’ensemble
Une " discrimination positive "
La différenciation ne porte pas sur les objectifs
Contre le respect inconditionnel des différences
Ni une méthode, ni un dispositif particulier
Ne pas confondre différenciation et tutorat individualisé
Seule compte la fécondité des situations d’apprentissage
Une autre organisation du travail scolaire
Travailler en cycles d’apprentissage pluriannuels
Une observation formative et critériée
Situations-problèmes et objectifs-obstacles
Le temps n’est pas la solution
Aucun changement de curriculum n’annule les inégalités
Une formation pointue en didactique
Une différenciation pensée et mise en œuvre en équipe
Une solidarité entre élèves et entre familles
Pour conclure
Références

Lire l’article intégral sur le site de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation / Université de Genève

La créolité contre l’enfermement identitaire

 Lire l’article sur le site de la revue Multitudes


 


 


 


 


 

Le migrant nu. « Le déporté sur des frontières »

Lire l’article sur le site de la revue Multitudes

Place de l’histoire de l’immigration dans les programmes scolaires

"Souvent, l’immigration n’apparaît pas du tout dans les textes. Ce qui ne veut pas dire, bien entendu, que dans les pratiques de classe, l’histoire de l’immigration n’est pas abordée. Une étude menée dans le cadre de l’INRP est précisément en train de faire l’inventaire des pratiques effectives, parmi les plus quotidiennes ou les plus innovantes. Ici, c’est le prescrit qui nous intéresse. A ce titre, il peut être significatif qu’à certains niveaux de classe (notamment au collège) au moment de l’étude des XIXe et XXe siècles, aucune indication ne soit explicitement donnée aux enseignants, dans les instructions officielles, sur cette partie-là de l’histoire nationale."

Ce dossier est proposé par "Enjeux contemporains de l’enseignement en histoire-géographie" (ECEHG) sur le site de l’INRP (Institut National de Recherche Pédagogique).

Télécharger le dossier (5 pages, .pdf)


L’histoire de l’immigration dans les classes : entre reconnaissance politique et estime de soi

Cette pensée est surtout une remise en cause de l’universalisme, principalement sous sa forme française, qui nierait les particularismes et les aspirations ou réalités communautaires.

Lire l’article
sur le site de l’INRP.

Quêtes mémorielles et histoire nationale

"La bataille de la mémoire, les enjeux de l’histoire coloniale sont significatifs d’une crise de l’identité nationale dans son rapport au passé. Mais les mémoires meurtries de l’esclavage, de la colonisation ou de l’immigration ne guériront pas par l’inversion simpliste de l’histoire qui ferait de l’héritage victimaire le mythe fondateur d’une identité de groupe. Ces mémoires pourraient se pacifier si les grands mythes de « l’histoire de France » cristallisée en vulgate dans les manuels primaires de la IIIe puis de la IVe République, socle de marbre de l’identité nationale durant des décennies, étaient eux aussi reconnus et démystifiés. Le dévoilement progressif ou médiatique de faits occultés – rôle de Vichy dans la déportation des juifs, tortures en Algérie, face française de la traite et de l’esclavage des Noirs – a déjà conduit à des révisions, notamment de l’histoire du XXe siècle. Mais c’est le récit national « des origines à nos jours », mis en perspective au XIXe siècle, qui serait à reconsidérer."

Lire l’article sur le site de la LDH - Toulon

Suzanne Citron est historienne. Elle a notamment publié le Mythe national, l’histoire de France en question (éditions ouvrières, 1989).

Immigration : le fin mot de l’histoire

"Depuis quelques années, plusieurs facteurs permettent de penser qu’une histoire de l’immigration en France est enfin devenue possible. Les profondes mutations de la société française depuis vingt ans, mais aussi l’arrivée à l’âge adulte d’une « troisième génération » relativement nombreuse, expliquent que les intéressés commencent à pouvoir enfin parler eux-mêmes de leur histoire spécifique.
Ce n’est pas suffisant pour en produire la connaissance, mais on peut rêver d’une future collaboration qui associerait les chercheurs et ceux qui ont un savoir intime du problème. L’immigration, on le voit, peut aussi être « une chance pour l’histoire »."


Article paru dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, Année 1985, Volume 7 Numéro 7, pp. 141-150

Lire l’article sur Persée, le portail de revues scientifiques en sciences humaines et sociales (ministère de l’éducation nationale).

 

 

Un siècle d’immigration étrangère en France

" De ce double constat - assimilation apparemment aisée d’une immigration ancienne et problèmes aigus d’intégration posés par la nouvelle immigration -, découle la thématique de ce dossier, laquelle s’articule, nous semble-t-il, autour des questions suivantes. L’apparent rejet que nous constatons aujourd’hui est-il un phénomène absolument nouveau ? Ou au contraire le jeu de réflexes anciens ? Est-il ou non imputable au dépassement d’un éventuel « seuil de tolérance », régional ou national ? S’explique-t-il par la nature de l’immigration actuelle, originaire d’aires culturelles plus éloignées - à tous les sens du terme - de la nôtre que ne l’étaient, jusqu’au tournant des années soixante, ses homologues du passé ? Ou par de nouvelles conditions faites à l’immigré dans nos sociétés en pleine restructuration ? Ou encore, n’est-il que le produit de la crise mondiale et de ses implications françaises ?... "

Article de Pierre Milza paru dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, Année 1985, Volume, Numéro 7, pp. 3-18

Lire l’article sur Persée, le portail de revues scientifiques en sciences humaines et sociales (ministère de l’éducation nationale).

L’intégration contre l’égalité

1ère partie : les enseignements d’Abdelmalek Sayad
Lire l’article sur le site « Les mots sont importants »

2ème partie : le foulard comme analyseur
Lire l’article sur le site « Les mots sont importants »

Saïd Bouamama est sociologue à l’Institut de formation action recherche (IFAR) de Lille.

L’immigration en France et aux Etats-Unis : Historiographie comparée

"A partir du moment où l’immigration aux Etats-Unis est considérée comme l’un des fondements de sa différence, la découverte du même phénomène dans d’autres pays devrait amener une réévaluation de cette spécificité. Pour la France comme pour les Etats-Unis, poser la question de l’histoire de l’immigration, c’est commencer à répondre à celle de l’identité."

Article de Nancy L.. Green , paru dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, Année 1991, volume 29, numéro 29, pp. 67-82.

Lire l’article sur Persée, le portail de revues scientifiques en sciences humaines et sociales (ministère de l’éducation nationale).

La réussite scolaire en milieux populaires ou les conditions sociales d’une schizophrénie heureuse

C’est cette deuxième solitude que l’on pourrait contribuer à éliminer par un travail spécifique auprès de l’enfant, si l’on reconnaissait le caractère nécessairement complexe, multi-modal et global d’une politique de lutte contre l’échec scolaire.

Ville Ecole Intégration (VEI) n°114, septembre 1998

Télécharger l’article (6 pages, 15 ko, pdf) sur le site de VEI

Bernard LAHIRE est membre de l’Institut universitaire de France, professeur de sociologie à l’université Lumière Lyon-II.

Violence à l’école et ethnicité. Les raisons « pratiques » d’un amalgame.

Dans un contexte de développement du marché scolaire s’exacerbent chez les jeunes un sentiment d’injustice et une violence réactive.
Sortir de cette logique implique de réduire les ségrégations en départicularisant l’espace scolaire et en réconciliant démocratie et pluralisme.

Ville Ecole Intégration (VEI) Enjeux n°121, juin 2000


Lire l’article
en ligne sur le site de VEI

Lire la présentation bibliographique de Jean-Paul Payet

La coopération des parents et des maîtres. Une approche non psychologique

Ville Ecole Intégration n°114, septembre 1998

Lire l’article sur le site de VEI

Françoise Lorcerie est sociologue, chercheur à l’IREMAM (CNRS)

Les ambiguités de l’ethnicisation des relations scolaires. L’exemple des relations école-familles à travers la mise en place d’un dispositif de médiation

Ville Ecole Intégration (VEI) Enjeux n°121, juin 2000
Télécharger l’article (18 pages, 92 ko, pdf) sur le site de VEI

Joëlle PERROTON est maître de conférences à l’université de Bordeaux II, LAPSAC-CADIS.

L’histoire sociale dans l’enseignement secondaire

Article paru dans Actes de l’histoire de l’immigration (revue électronique), Volume 0, 2000, (repris de Us magazine, décembre 1999)

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Voir la présentation de la revue et du site Clio-GRESH

Un « New Deal » pour l’école

Que les jeunes révoltés s’attaquent à des cibles comme les écoles est symptomatique du sentiment de désespérance et d’abandon qui étreint beaucoup des habitants de ces banlieues reléguées, en particulier les moins âgés. Car on assiste à une sorte d’« apartheid scolaire ».

Lire l’article
sur le site du Monde diplomatique

Georges Felouzis et Joëlle Perroton sont sociologues, université Bordeaux-II, coauteurs avec Françoise Liot de L’Apartheid scolaire. Enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges, Seuil, Paris, 2005.

La notion de discrimination

Consulter le texte sur le site revues-plurielles.org

Le sommaire de la revue et des articles du numéro « Discriminations ethniques » sont également disponibles à la même adresse.

Danièle Lochak est chercheur au CREDOF (centre de recherches et d’études sur les droits fondamentaux) à l’Université de Paris X-Nanterre

Les jeunes primo-migrants : un rapport à la société distinct de celui des minorités ethniques

Lire l’article (10 pages, .pdf, 29 ko) sur le site de Ville-Ecole-Intégration

Du même auteur sur un sujet similaire

Les adolescents primo-arrivants au collège.
Les contradictions de l’intégration dans un univers en tension

Claire Schiff,VEI n° 125, juin 2001

L’adaptation sociale et scolaire des élèves migrants est un processus marqué par de multiples paradoxes, particulièrement dans les collèges des quartiers défavorisés. Outre le nécessaire apprentissage d’une langue nouvelle, ils doivent comprendre simultanément les codes de conduite de la communauté juvénile environnante et les exigences des enseignants. Ces logiques souvent contradictoires compliquent leur parcours d’intégration.

Lire l’article (11 pages, .pdf, 428 ko) sur le site de VEI

Le corps d’exception et ses métamorphoses, réflexions sur la discrimination raciste

Lire la première partie sur le site Les mots sont importants (LMSI)

Après avoir distingué les trois principaux modes d’existence d’un "corps d’exception" (corps invisible, corps infirme, et corps furieux) correspondant à diverses modalités du racisme (le mépris, le paternalisme, la phobie), il reste à comprendre comment, dans la représentation sociale, un corps d’exception passe d’un mode d’existence à un autre : comment un corps invisible devient visible, et comment un corps infirme devient un corps furieux.

Lire la deuxième partie de l’article

Carte scolaire : les migrations choisies ?

Alors que le gouvernement dénonce l’échec de la carte scolaire comme moyen d’assurer une certaine « mixité sociale » dans les établissements, les recherches des sociologues de l’éducation montrent que sa suppression entraîne bien souvent un renforcement des phénomènes de ségrégation. Quels sont les enjeux pédagogiques de ce débat, quelle politique de régulation pour limiter les effets des inégalités sociales croissantes sur le fonctionnement des écoles ?

Lire la suite de l’article sur le site des Cahiers Pédagogiques


Consulter la présentation du numéro 454
(juin 2007) et notamment l’éditorial " Prendre en compte la diversité des élèves ".

Jeunes de banlieue, entre communauté et société

L’incivilité et la délinquance des jeunes habitants des cités remettraient en cause les sociabilités les plus élémentaires. Les brutalités, les dégradations, les transgressions paraissent ne jamais devoir s’arrêter. Tous ces actes de violence restent « incompréhensibles » : 
« (...) Les soi‑disant préconditions (des phénomènes de violence) n’expliquent jamais le passage à la violence à tel endroit plutôt que tel autre et on a vu la surprise des pouvoirs publics lorsque les violences urbaines se sont produites dans les quartiers réhabilités. » (Bigo, 1993)

Lire l’article sur le site de la revue Socio-anthropologie.

Le numéro de la revue était consacré à " Communauté et/ou Ensemble populationnel ".

Des Sarrasins aux Beurs, une vieille méfiance

Les gens qui ont quelques connaissances historiques répondront : « Depuis les premières conquêtes coloniales, en 1830. » Les Français qui ont eu Vingt ans dans les Aurès dateront le phénomène de la guerre d’Algérie, à partir de 1954. Les jeunes Beurs des banlieues auront tendance à répondre : « C’est la faute à Le Pen ! ».
Chaque génération a, spontanément, la sensation que les débats d’idées commencent avec elle. Il lui faut faire un effort pour oublier l’immédiate actualité et remonter le passé afin de retrouver les lointaines racines des phénomènes contemporains.

Lire l’article sur le site du Monde diplomatique

Alain Ruscio
est historien, auteur notamment du Credo de l’homme blanc (Complexe, Bruxelles, 2002).

Jeunes maghrébins, un groupe sociologiquement pertinent ?

La question n’était donc plus de savoir si l’opposition entre l’origine nationale et l’origine étrangère était recevable mais de comprendre comment certaines caractéristiques sociales des élèves « immigrés », après les avoir identifiées, pouvaient être porteuses d’un tel effet.

Lire l’article en ligne (7 pages) sur le site Revues.

La « racaille » et les « vrais jeunes », critique d’une vision binaire du monde des cités

Les dernières phrases de notre livre évoquaient l’ampleur des discriminations subies par les jeunes Français issus de l’immigration et s’interrogeaient sur les conséquences sociales de l’impossible accès à l’emploi stable pour la majorité d’entre eux. Et le livre s’achevait par ces mots : « autant de bombes à retardement !... ».

Lire l’article
en ligne ou sous format pdf (7 pages, 163 ko) sur le site liens.socio, portail des sciences humaines.



Générations issues de l’immigration et espace public la citoyenneté paradoxale

Lire l’article extrait du n°89 "Droit de Cité" de la revue Ecarts d’identité

Abdelkader BELBAHRI est sociologue (CRESAL-CNRS, Université Jean Monnet de Saint-Etienne).

Influences des rapports sociaux de domination sur la construction de l’identité ethnique : l’exemple des descendants d’Algériens de France

Leur identité ne pouvant être justifiée par leur comportement culturel spécifique, qu’est-ce qui fait que des descendants d’Algériens se définissent comme Algériens, Arabes, Musulmans...?

Sur quels éléments se fonde cette identification, par ailleurs multiple ?
Que signifient ces identifications ethniques ?

Lire l’article en ligne (9 pages) sur le site de l’université de Haute-Bretagne Rennes 2

 

L’ethnicisation du lien social dans les banlieues françaises

Rappelant, par certains aspects, la période coloniale, l’usage du concept d’ethnicité a ainsi engagé la responsabilité des intellectuels et des politiques qui n’ont pas su reconnaître les effets discriminatoires de l’ethnicisation.

Lire l’article en texte intégral sur le site de la REMI (Revue europpéenne des migrations internationales)

Sommaire
- L’empreinte des stéréotypes
- Le masque de l’ethnicité
- Catégorisation et discrimination
- La force de l’identifiant ethnique
- Ethnicisation et violence

 

L’action associative des jeunes maghrébins, entre affirmation d’un droit de cité et pratiques urbaines

Pour ces générations, le cadre associatif reste cependant un instrument privilégié de la pluralisation des villes et des manières d’être citoyen.

Consulter l’intégralité de l’article (7 pages, pf) sur le site des ARU

Cet article s’appuie sur une recherche consacrée aux associations de jeunes issus de l’immigration maghrébine en région Rhône-Alpes, réalisée dans le cadre du programme d’étude 1995 du Fonds d’Action Sociale.

Enfants d’immigrés, enfants de harkis

Ils partagent à présent les mêmes taux d’échec, de réussite scolaire et de chômage, alors que leurs pratiques culturelles, morales et leurs stéréotypes sociaux sont davantage marqués par leur position sociale objective qu’en raison de la spécificité du passé migratoire de leurs parents. (...)

La Marche des beurs en 1983 a permis aux enfants de ces anciens ennemis de se rencontrer. Les associations comme sos-Racisme et France-Plus ont donné le goût et l’envie aux enfants d’immigrés ou de harkis de s’organiser et de participer à la vie politique de leur pays. Les plus jeunes parmi ceux qui sont nés en France, de parents ayant la nationalité française ou algérienne, ne connaissent que ce pays et en ont logiquement adopté les règles et les valeurs dominantes.

Lire l’article sur le site de la revue Confluences Méditerranée

La marche pour l’égalité

A travers le pays, les jeunes issus de l’immigration mais aussi de nombreux Français se sont identifiés aux marcheurs et rejoindront ce que l’on nommera un temps le mouvement beur. Désormais, les Beurs ne sont plus seulement les enfants d’immigrés invisibles, mais bien des acteurs à part entière de la société française. Cette nouvelle donne va bouleverser la perception de l’immigration et redessiner le paysage politique antiraciste.

Lire la suite de l’article sur le site du GISTI

La construction des « petits blancs » et les chemins du politique : les classes populaires et l’immigration, vingt ans après la Marche pour l’égalité

Toute une génération de militants des quartiers populaires a été marquée par la marche pour l’égalité. Des centaines d’associations sont issues de la « période des marches » même si peu d’entre elles subsistent aujourd’hui.

La période est également marquée par deux changements qualitatifs et de postures. Le premier est celui du passage de l’invisibilité sociale à la visibilité. (...) Le second est celui de l’accès au politique comme en témoigne les multiples tentatives des années ultérieures.

Lire la suite de l’article
sur le site LMSI (les mots sont importants)

Entre discrimination et désaffiliation, l’expérience des jeunes issus de l’immigration maghrébine

Le repli sur la communauté islamique ou l’investissement dans le travail au noir et les activités illicites comme le trafic de drogues permettent le mode de vie promis par l’école.

L’État républicain fait alors face au risque de voir se généraliser une infra-citoyenneté doublement activée par l’exclusion du marché du travail et de la communauté nationale
.

Consulter l’intégralité de l’article (10 pages, 247 ko) sur le site des ARU.

Carte scolaire, les enjeux d’un débat mal posé

Cette mixité scolaire apparaît de moins en moins réelle. Et la pression du chômage a accru l’anxiété des familles concernant l’avenir de leurs enfants.
Avec la publication à répétition du palmarès des établissements depuis les années 1980, chacun souhaite savoir – et pouvoir – « placer » sa progéniture dans une « bonne école ». Choisir son établissement, c’est aussi choisir un avenir professionnel et social, et donc investir pour l’avenir.

Lire la suite de l’article sur le site du Monde Diplomatique

Jean-Christophe François est Maître de conférences à l’université Paris-VII et Franck Poupeau est chercheur au Centre de sociologie européenne et auteur d’Une sociologie d’Etat. L’école et ses experts en France, Raisons d’agir, Paris, 2003.

Marseille, ville de migrations

La cité phocéenne a toujours occupé une place à part dans l’imaginaire national, prompt à assimiler - si l’on peut dire ! - l’immigration et l’insécurité, l’étranger et Borsalino.

Dans ce concert dissonant, l’historien a sa partition à jouer. Avant de plaider ou de prononcer les attendus, qu’avocats et procureurs prennent, en effet, le temps de consulter son dossier !

Lire l’article sur le site Persée

Revue d’histoire, Vingtième siècle, comme son titre l’indique, privilégie l’histoire contemporaine, de l’affaire Dreyfus à nos jours, et fait jouer le rapport entre présent et passé. Les auteurs, universitaires français et étrangers, entendent diffuser les acquis de la recherche auprès d’un public averti.

Marseille XXe siècle : de la dominante italienne à la diversité maghrébine

Mais c’est ailleurs, dans le renouvellement rapide et multiforme de ses diverses composantes, qu’il faut chercher l’originalité de l’évolution démographique à Marseille. En l’espace de trois générations, la population s’est transformée de façon prodigieuse. Des apports successifs et variés ont modifié non seulement les données numériques, mais aussi les comportements et les rapports sociaux.

Le mode d’occupation de l’espace, l’aspect de la cité, le fonctionnement des réseaux ne sont plus les mêmes que par le passé. Ces changements sont trop profonds et trop complexes pour que nous puissions les étudier ici dans le détail. Nous ne ferons donc qu’en esquisser les grandes lignes.

Lire l’article sur le site Persée

La Revue Européenne des Migrations Internationales (REMI) a pour vocation de publier les travaux de recherche empiriques et théoriques dans le domaine des migrations internationales.

 

La République et ses immigrés. Petite histoire de l’intégration à la française

Dans la ville d’Oldham, non loin de Liverpool, « les différentes communautés mènent des existences parallèles ». Commandés à la suite des émeutes de l’été 2001 en Grande-Bretagne, trois rapports viennent éclairer les ressorts de cette ghettoïsation. Tout ce qui pouvait favoriser la mixité sociale a été systématiquement abandonné par les pouvoirs publics. Ecoles religieuses et associations communautaires refermées sur elles-mêmes, services sociaux en déshérence, ségrégation par le logement et l’emploi, une police abandonnant certains quartiers à la délinquance, des médias qui attisent les haines et un parti d’extrême droite soufflant sur les braises.

Ainsi s’effondre le mythe d’une « société multiculturelle » longtemps opposé au « modèle républicain d’intégration » à la française. Mais qu’en est-il de ce dernier ? Ne repose-t-il pas, lui aussi, dans la pratique, sur le mythe historique d’une République française accueillante aux étrangers et soucieuse de promouvoir leur accession à la citoyenneté et à l’égalité ?

Article sur le site du Monde Diplomatique

Les inégalités territoriales sont plus élevées qu’on ne le dit

L’"égalité des possibles" est-elle une manière de sortir de l’opposition entre égalité d’une part et équité ou égalité des chances d’autre part ?

Eric Maurin : " Par égalité des chances, on entend généralement l’égalité de traitement des individus par les institutions d’évaluation et de sélection sociale que sont l’école ou l’entreprise par exemple. Dans un objectif de justice sociale, cette notion est insuffisante dans la mesure où elle oublie que les individus arrivent fondamentalement inégaux devant ces institutions.
Chacun d’entre nous est le produit d’une histoire personnelle plus ou moins heureuse, dont il n’est pas responsable et il est profondément injuste de le nier. Pour progresser vers davantage de justice sociale, le plus difficile est de définir les causes des inégalités dans la constitution même de chaque personne. C’est un processus de long terme qui commence dans la petite enfance et se poursuit au long de l’histoire familiale notamment. On ne règlera pas le problème de l’injustice sociale simplement en rendant les mécanismes de sélection moins inégalitaires. Il faut avant tout donner les moyens aux enfants et aux individus de se construire. D’où l’égalité des possibles. "

Eric Maurin, économiste, est chercheur au groupe de recherche en économie et statistique (Gregsta, CNRS). Il a notamment publié Le ghetto français, enquête sur le séparatisme social, dans la collection "République des idées", Seuil.

Lire l’entretien sur le site de l’Observatoire des inégalités

De la question sociale à la question spatiale

La question des « territoires » occupe une place de plus en plus importante dans la littérature académique comme dans l’agenda des politiques publiques. La question de l’inégalité spatiale tend ainsi à prendre le pas sur celle de l’inégalité sociale.
L’introduction de la dimension spatiale des phénomènes entraîne en effet une confusion qui est trop rarement soulignée. L’inégalité spatiale, pour prendre un thème lourdement chargé, est-elle simplement l’expression sur le territoire de l’inégalité sociale, comme on l’entend souvent ?
Non. Dans cette matière comme dans beaucoup d’autres, le « spatial » constitue une sorte de nuage de fumée conceptuel : l’inégalité, l’équité, la croissance économique et d’autres notions encore perdent l’essentiel du sens qu’on leur connaît quand on leur accole les adjectifs « spatial », « territorial » ou « local ».

Lire l’article sur le site de l’Observatoire des Inégalités

L’école ne rend plus visibles les ressorts de l’inégalité

Doit-on aujourd’hui poser le problème des inégalités sociales en termes nouveaux ?

Eric Maurin : " Les inégalités sociales ont changé de nature au sens où elles sont de moins en moins visibles et où elles se donnent de plus en plus comme l’expression d’une hiérarchie naturelle des talents. A partir de là, les individus tendent à les vivre davantage comme un échec personnel, ce qui augmente leur souffrance et diminue leur réceptivité à tout discours social. "

Economiste à l’INSEE, Eric Maurin a étudié les inégalités sociales dans son livre « L’égalité des possibles » (Édition du Seuil, 2002)

Lire l’entretien sur le site de l’académie de Versailles

Démocratisation ou accroissement des inégalités scolaires ?

En France, la question de la réalité et des limites d’une démocratisation de l’enseignement – à laquelle Population a consacré un récent dossier (Population, 55(1), 2000) – fait l’objet de débats passionnés dans l’opinion et suscite de nombreux travaux de sciences sociales.

Pour Pierre Merle, une grande part du débat entre ceux qui estiment que les inégalités scolaires se réduisent entre les groupes sociaux et ceux qui pensent qu’elles se maintiennent, voire se renforcent, résulte de différences dans le choix des indicateurs, des méthodes et des niveaux scolaires privilégiés dans l’analyse.

Dans le présent article, l’auteur s’appuie sur deux indicateurs rarement pris en compte en France, la durée des études et les coûts de la scolarisation, essentiellement supportés par la collectivité. En comparant les investissements faits sur les élèves les plus longtemps scolarisés et les élèves à la scolarité la plus courte, d’origine massivement populaire, il montre que les inégalités scolaires ont augmenté durant la décennie 1988-1998. La massification de l’éducation a déplacé les inégalités, mais ne les a pas atténuées.

Cet article a fait l’objet d’une communication au colloque « Démocratisation de l’enseignement : réalités, enjeux et concepts », Paris, Université Paris VIII, 16 juin 2001.

 

Portée et limites d’une évaluation des politiques et des pratiques éducatives par les résultats

Alors que les institutions éducatives consacrent une part importante de leur temps à l’évaluation des connaissances des élèves, l’évaluation des dispositifs et des réformes pédagogiques reste, particulièrement en France, une pratique peu répandue et souvent considérée avec quelque suspicion. Pourtant, l’évaluation des élèves elle-même pourrait ne pas être considérée seulement comme une mesure, en soi intéressante, de ce qu’ils savent à un moment donné mais aussi comme le résultat d’un processus pédagogique particulier.
On dépasserait ainsi “l’évaluation constat” pour une évaluation visant à éclairer la genèse du phénomène constaté, pour mieux en comprendre les ressorts, et orienter de manière adéquate les actions ultérieures à des fins de régulation.


Lire l’article sur le site CAIRN

Marie Duru-Bellat et Jean-Pierre Jarousse sont chercheurs à l’IREDU, Université de Bourgogne.


Réduire les inégalités scolaires, une utopie ?

Depuis toujours, l’école républicaine s’est efforcée de réduire les inégalités. Mais si le système scolaire évolue favorablement, certains modes d’organisation et des comportements subsistent, qui entretiennent, voire renforcent les clivages sociaux, parfois de manière insidieuse.

Y a-t-il encore une inégalite des parcours scolaires ?
Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui pensent que, tout le monde obtenant son bac, les diplômes sont largement distribués et que les inégalités n’existent plus. Malheureusement, elles existent toujours et tous les niveaux du système éducatif sont concernés. Dès le primaire, les élèves redoublent plus ou moins selon leur milieu social. Au collège et au lycée, les élèves ne fréquentent pas les mêmes troisièmes et n’obtiennent pas les mêmes baccalauréats. Dans les grandes écoles, les inégalités sont énormes.

Marie Duru-Bellat est sociologue de formation, et enseigne actuellement en sciences de l’éducation à l’université de Bourgogne.

Lire l’entretien sur le site de l’Académie de Rennes

Suppression de la carte scolaire : des effets programmés…

« A l’heure où la suppression de la carte scolaire est programmée, on n’en est plus aux conjectures quant aux effets que la « libéralisation » du choix de l’établissement pourrait très vite produire. Car, pour peu que l’on déplace le regard hors de l’Hexagone, les effets du choix sont clairs et parfaitement connus. Un texte récent d’un chercheur belge en apporte une nouvelle démonstration : il s’agit de l’étude de Nico Hirtt, « Impact de la liberté de choix sur l’équité des systèmes éducatifs ouest-européens », publiée en ligne sur le site de l’Appel pour une école démocratique (Aped, Bruxelles).. »

Lire l’article sur le site laviedesidees.fr, magazine gratuit d’analyse et d’information sur le débat d’idées.

Les parents "indignes" sont plus souvent submergés que démissionnaires

Violence scolaire + échec scolaire = démission des familles. Cette équation est à la mode et fortement portée par tout un courant conservateur.
Daniel Verba, sociologue, nous offre un autre point de vue : celui de service social scolaire, au contact quotidiennement avec les parents des milieux populaires. Un éclairage parfois dérangeant …

Lire l’interview sur le site du Café pédagogique

Daniel Verba est l’auteur de Echec scolaire : travailler avec les familles, Dunod, 2006.

La « proximité » entre école et familles populaires : une figure idéologique et une question pratique

La relation entre école et familles en contexte populaire demande à être resituée dans une double perspective urbaine et politique.
La difficulté réside dans la nécessité de se tenir entre un
discours de l’intérieur de l’institution, un discours indigène et un discours de l’extérieur, qui se situe dans une argumentation très générale sur les rapports entre l’école et la société, l’école et l’entreprise, l’école et la jeunesse, etc.
Il lui faut éviter tout à la fois l’adhérence au monde scolaire et la dissolution
du fait scolaire dans un propos global.
Résoudre cette double difficulté oblige à un processus
dialectique : d’une part déscolariser la réflexion sur l’école, d’autre part réidentifier la singularité d’un monde scolaire, de la vie, de la sociabilité, du travail dans un tel monde.
Il s’agit là d’une opération intellectuelle de déconstruction/reconstruction.

Télécharger l’article (pdf, 10 pages, pdf, 49 ko) depuis le site de l’Education Nationale dédié à l’éducation prioritaire

L’enfant entre école-Cité et école-Famille : une comparaison France-Angleterre

L’un des problèmes majeurs de nombreuses disciplines des sciences sociales est de ne pouvoir, contrairement aux sciences exactes, procéder à d’expérimentations rigoureuses comme on peut en faire dans un laboratoire. Difficile de prendre par exemple des élèves et des enseignants comme cobayes pour tester, à grande échelle et sur plusieurs années, des dispositifs scolaires différents afin de déterminer le plus efficient ! Dès lors, les chercheurs sont toujours confrontés au défi d’essayer de démêler les milliers de fils plus ou moins visibles qui relient un phénomène social avec son contexte, afin d’identifier d’une part ce qui tient à la dynamique propre de son objet d’étude (par exemple une pratique éducative) et d’autre part ce qui dépend plutôt du cadre social et culturel dans lequel il est imbriqué.

Suite sur le site de l’INRP


« Communautarisme », l’imaginaire nationaliste entre catégorisation ethnique et prescription identitaire

Plusieurs articles publiés sur LMSI dans cette même rubrique ont déjà analysé les pièges du discours sur le « communautarisme ».
L’article de Fabrice Dhume poursuit cette déconstruction sémantique, mais apporte en plus les résultats d’un travail historique et quantitatif sur les occurrences de ce terme dans les débats publics français : se trouve ainsi réfuté tout lien d’évidence entre un prétendu « repli communautaire » et l’apparition du mot.
Ce dernier participe plutôt d’une redéfinition du « modèle républicain d’intégration », qui conduit à faire porter toute responsabilité des problèmes sociaux sur les minorités.

Lire l’article sur le site Les mots sont importants (LMSI)

Cet article a été publié dans la revue VEI-Diversité n°150, septembre 2007

Contre la ségrégation scolaire, quelles régulations ?

À l’occasion des débats et projets de réformes actuels sur la question de la carte scolaire, Christian Maroy a accepté de donner son point de vue sur ce thème : analyse des phénomènes de ségrégation scolaire, mais surtout des possibles politiques de régulation...

Interview sur le site du CRAP - Cahiers Pédagogiques

A lire : Christian Maroy, École, régulation et marché. Une comparaison de six espaces scolaires en Europe. Paris, Presses universitaires de France, coll. Éducation et société, 2006.

L’Ecole relue et corrigée par les médias

« L’analyse des nombreux articles parus à l’occasion de la rentrée scolaire constitue un bon moyen de cerner, dans la monotonie des jugements cent fois proférés et des « débats » sans cesse réactivés, une des formes privilégiées du discours médiatique, consistant non à rendre compte mais à régler des comptes, cela par le biais d’une indignation morale savamment distillée.
Or, ce à quoi il s’agit de régler son compte ici, à travers la promotion d’une idéologie tout imprégnée de pessimisme élitaire, c’est à l’idée même de démocratisation scolaire.
On ne cherchera pas ici à réfuter l’interprétation de faits qui seraient par ailleurs bien fondés (il y aurait beaucoup à dire sur ce point), mais à décrire les principes de production et de diffusion de l’idéologie dominante en matière scolaire »

Lire l’article sur le site d’ACRIMED


L’histoire de l’immigration en France : note sur un enjeu

Dans la plupart des ouvrages concernant l’histoire de la France contemporaine, quand la question de l’immigration n’est pas purement et simplement passée sous silence, elle occupe quelques pages, voire quelques lignes, de préférence dans la rubrique « sociale », le plus souvent au paragraphe « aspects démographiques ».
Immanquablement, l’on y retrouve un résumé de ce qui constitue aujourd’hui encore le seul ouvrage approfondi sur la question et qui date de... 1932 (G. Mauco, Les étrangers en France, Paris, A. Colin, 1932).
Lorsqu’on sait qu’en France un habitant sur trois est d’origine étrangère à la première, la deuxième ou la troisième génération ; que dans les années 20 ce pays compte le taux d’immigration le plus fort du monde, avant même les USA, cette « amnésie » est pour le moins paradoxale.

Article sur le site Persée

Les enjeux d’une reconnaissance sociale des mémoires des immigrations

Un défi que la société doit relever : sortir de l’amnésie et reconnaître dans l’histoire commune et l’espace politique les mémoires de la France plurielle.
Depuis quelques années, on assiste en France au déferlement d’une "vague mémorielle" (Pierre Nora) qui se traduit notamment, par la progression des travaux de généalogie, des actions commémoratives ou encore de l’identification/institutionnalisation de lieux de mémoire, assortis de nouvelles recherches historiques. Cependant, force est de constater que dans cette perspective de mobilisation du passé, la réflexion comme les opérations mémorielles ou patrimoniales en lien avec l’histoire de l’immigration occupent bien souvent une place marginale.

Article sur le site Ecarts d’identité

Léla BENCHARIF est doctorante au CRENAM, Université Jean Monnet, Saint-Etienne.
Le texte est extrait du numéro 92 de la revue Ecarts d’identité : "Mémoire, récit de vie, autoboigraphie...Creuset de la reconnaissance"

1880, l’impact du suffrage universel et de la grande presse. Alors, l’immigré apparut...

Vingt ans après la parution du Creuset français, synthèse pionnière en histoire de l’immigration, Gérard Noiriel se penche sur les fondements de la xénophobie (Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle). Discours publics, humiliations privées, Fayard, Paris, 2007, 717 pages).
Une analyse précise des discours tenus par les « professionnels de la parole publique » pendant deux siècles lui permet de faire ressortir la constance de la stigmatisation qui frappe chaque vague de migrants.
De l’espion allemand de la fin du XIXe siècle au terroriste islamiste des dernières décennies, de la « racaille » de l’entre-deux-guerres au beur de banlieue, de l’Italien paresseux qui « vole [la] sueur » des ouvriers français au sans-papiers travaillant au noir, l’immigré a été présenté sous les traits de l’ennemi politique, social et économique.

Note de lectures sur le site du Monde Diplomatique

La République du mépris

Féminisme, laïcité, devoir de mémoire, liberté d’expression, droit au blasphème et à la critique des religions… De ces principes incontestables, la classe politique française, le microcosme intellectuel et les grands médias font aujourd’hui un usage particulièrement retors.

Au travers de « débats » mal posés – l’ « insécurité », les « tournantes en banlieue », le « problème du voile islamique », la « repentance coloniale », l’« impossibilité de critiquer l’Islam » – ils construisent un même ennemi, ou un même bouc émissaire : le jeune issu de l’immigration postcoloniale et de culture musulmane.

Lire la suite sur le site Les mots sont importants

Une nouvelle immigration ? Des Italiens aux Maghrébins, indésirables d’hier à aujourd’hui

Le développement de l’immigration de masse en France, depuis plus d’un siècle, suscite des jugements tranchés dans l’opinion. D’une manière schématique, celle-ci se partage en deux camps.
Les milieux progressistes, par esprit de fraternité internationale, les employeurs qui apprécient l’afflux d’une main-d’œuvre abondante et généralement docile, des intellectuels et certains modérés, par ouverture d’esprit, réservent un bon accueil aux nouveaux venus.
En revanche, l’extrême droite, xénophobe et parfois raciste par principe, beaucoup de salariés, de commerçants, de membres des professions libérales, hantés par la peur de la concurrence en période de chômage, des Français ordinaires, considérant les étrangers comme un danger social et culturel, des hommes politiques de droite ou même de gauche, désireux d’attirer à eux le capital électoral représenté par toutes ces anxiétés, expriment leur hostilité.

Lire la suite sur le site du CIEMI

Colonisation et immigration

La problématique des spécificités comparées du phénomène migratoire en Europe fait l’objet depuis quelques années d’études approfondies. Nous avons choisi pour cette contribution de partir du cas français en introduisant des regards comparatifs sur les situations d’autres pays de l’Union européenne.

Nous cherchons par cette démarche à élargir le champ de l’interprétation et à dégager à la fois les spécificités hexagonales sur la question — et l’on verra que, dans cette perspective, l’articulation entre colonisation et immigration demeure centrale — tout en établissant des passerelles qui permettent de mieux comprendre un phénomène dont les formes varient incontestablement

Lire la suite sur le site du CIEMI



Agir contre la discrimination : un défi et une opportunité pour l’école

Ce texte a été rédigé pour constituer le préambule du rapport du GIPIV (Groupe d’Initiatives pour l’Intégration dans la Ville) de la Ville de Lyon : Propositions relatives à la lutte contre les discriminations dans l’accès à l’éducation, janvier 2008.

Il s’attache principalement à pointer les éléments paradigmatiques constituant des obstacles à la reconnaissance des phénomènes de discrimination ethnico-raciale, notamment, au sein de l’école : prédominance du paradigme d’insertion qui a justifié une focalisation sur l’emploi, et sur une logique d’accès à… - que reproduit, en fait, le rapport du GIPIV - ; confusion avec le racisme et des positions idéologiques racistes ; croyances dans l’effet suffisamment performatif des normes formelles (mythe de « l’école sanctuaire républicain », formalisme des procédures, …), etc.

En définissant la problématique de la discrimination à partir d’une double approche en termes d’ethnicité et de droit, il apparaît que l’action publique sur la discrimination à l’école représente à la fois un défi – face aux résistances considérables, au déni et aux usages actuels -, mais aussi une opportunité de rouvrir la question de la justice scolaire, si déterminante aujourd’hui

Article en téléchargement (8 pages, pdf) sur le site de l’ISCRA.

La binationalité en procès : non-dits et hypocrisies d’un débat récurrent


L’affaire des quotas de “binationaux” suggérés par certains cadres de la Fédération française de football n’aura finalement surpris que ceux qui croyaient encore en une certaine “pureté” du champ sportif, censé être à l’abri des vents du racisme et des discriminations.
Il est vrai que, depuis 1998 — année de l’inoubliable victoire de l’équipe de France à la Coupe du monde — d’aucuns parmi les journalistes, les politiques, mais aussi les sociologues chantaient en choeur l’exceptionnelle tolérance du milieu sportif hexagonal, présenté comme un “modèle d’intégration” dans une France en panne d’imagination.



  Édito complet en téléchargement


Sommaire de Migrations-Société Vol. 23 - n°136 "Les états ambivalents de la citoyenneté" en téléchargement

La composition sociale des filières, de la 6ème aux prépas.

 

 

Les classes préparatoires des grandes écoles comprennent 54 % d’enfants de cadres supérieurs ou d’enseignants, alors que ces catégories ne représentent que 15 % des élèves de 6ème.

A l’opposé, les classes préparatoires comptent 15 % d’enfants d’ouvriers et d’employés, qui représentent pourtant près de la moitié des élèves de 6ème...

Lire l’article sur le site Observatoire des inégalités

Le niveau scolaire des catégories sociales

A l’entrée au CE2, les écarts de niveaux scolaires, suivant l’origine sociale des élèves, sont déjà importants : 9,2 points sur 100 entre les ouvriers et les cadres en français, 13,3 points en mathématiques.

En 6ème, vers l’âge de 11 ans, les écarts entre catégories sociales sont encore plus marqués : 14,5 points sur 100 entre les ouvriers et les cadres en français, 16 points en mathématiques.

L’inégalité entre milieux sociaux se construit dès le plus jeune âge et s’accroît par la suite. Elle résulte de très nombreux facteurs, qui vont du soutien direct des parents à la connaissance du système éducatif, en passant par les modes de vie (loisirs, pratiques culturelles, etc.).

Lire l’article sur le site Observatoire des inégalités

Les élèves d’origine étrangère : le poids des difficultés sociales

Les enfants d’étrangers ou d’immigrés réussissent moins bien à l’école. Surtout du fait de leurs origines sociales.

A l’entrée en 6ème, les résultats obtenus aux évaluations nationales par les élèves dont les deux parents sont immigrés ou étrangers, se situent près de dix points au-dessous de la moyenne nationale.

Lire l’article sur le site Observatoire des inégalités

Quatre formes de discrimination ethnique dans l’enseignement

Beaucoup d’études montrent que la sélection scolaire s’effectue, non pas sur base des capacités des enfants, mais sur base de leur origine sociale et ethnique (qui d’ailleurs se recoupent très souvent).

Cette inégalité frappe au premier chef les enfants issus de l’immigration. Quels sont éléments qui permettent d’en comprendre l’origine et de la combattre ?

L’article sur le site de l’APED (Appel Pour une Ecole Démocratique), Belgique

 

Xénophobie d’État, À propos des rafles, de la détention et des expulsions de sans-papiers

En dépit d’évolutions inscrites dans la longue durée, comment qualifier cette situation marquée par une inflexion substantielle qui fait du renvoi forcé des étrangers en situation irrégulière l’une des priorités nationales, assumée et exécutée par un ministère ad hoc dont la fonction est aussi de défendre une identité nationale « menacée », entre autres, par ces « flux migratoires », dit-on ?
A quel type de pratiques et de discours ressortissent celles et ceux qui viennent de retenir notre attention ?
De quoi sommes-nous aujourd’hui les témoins ?
De l’avènement d’une xénophobie d’Etat qui ne cesse de mettre en scène, et en discours, la peur de l’étranger contre lequel des dispositions exorbitantes du droit commun doivent être arrêtées, puis mis en œuvre par des pouvoirs publics mobilisés comme jamais pour combattre les dangers annoncés.
 (...)

L’article complet sur le site Les mots sont importants (LMSI)


Olivier Le Cour Grandmaison est historien spécialiste des questions de citoyenneté sous la Révolution française et des questions qui ont trait à l’histoire coloniale. Il est notamment l’auteur de Haine(s) : Philosophie et politique (PUF, 2002).

Comment agissent les discriminations à l’école

À l’école, il ne se passe pas un jour sans que nous soyons confrontées au racisme entre enfants. Entre tous les enfants. La victime du lundi sera le bourreau du mardi. Chacun s’insulte allègrement : « sa race, ses morts, nique la mère, la grand-mère et autre ». Dans les écoles en général, on ne pèse plus la charge de ces insultes. Certes, on intervient, on gronde, on exige des excuses, mais on en vient à penser que ce sont des insultes si banales que, finalement, les enfants les emploient « sans savoir vraiment ce que ça veut dire », comme si l’on disait « Pauvre imbécile ! » ou quelque chose comme ça. C’est pénible pour tous, mais bon, on fait avec !

Si banalisées qu’elle soient, les insultes disent des choses très profondes sur l’état d’une société, de son fonctionnement et de la construction de ses adultes. Le contact entre individus, entre groupes, ça ne se passe pas toujours dans la bonne humeur. Une certaine forme de violence est toujours présente dans une découverte d’un autre, surtout s’agissant d’enfants qui n’ont pas encore les codes de « bonne conduite ».

Cela dit, cela s’est toujours fait, partout, et ça se régule et ça se « gère » justement par l’apprentissage des codes d’approche.

Télécharger l’article sur le site meirieu.com

Discrimination à l’école

Jusque dans les années 1950, l’école devait encourager le sujet à s’émanciper en partageant une œuvre collective, en adhérant à des valeurs universelles et elle devait donc l’y aider en lui fournissant un encadrement très rigoureux.

L’école de la république était une école qui séparait en deux camps ; le primaire avec l’obtention du certificat d’étude était davantage réservé aux classes populaires, tandis que le secondaire avec l’obtention du bac et l’entrée vers des études longues étaient plutôt réservés à la bourgeoisie. Cette école n’était donc pas démocratique puisqu’elle était inégale. Mais l’école était cependant peu critiquée à cette période puisqu’elle entretenait l’ « idéologie du don » selon les termes de Bourdieu.

L’école démocratique apparait après les années 1960. Tout le monde a désormais accès à l’école.
On peut voir que de plus en plus de personnes sortent de l’école diplômées.
En effet, on s’aperçoit que de 1980 à 2000 ; le nombre de Sujets sortant sans diplômes ou certificat d’étude a chuté de moitié. Ce chiffre est à mettre en parallèle avec une importante augmentation de 200 % des personnes sortant avec un niveau d’étude supérieur long, et de 50 % sortant avec un niveau d’étude supérieur court, en 20 ans.

Lire l’article
 

Le mal logement en 2008

Beaucoup reste à faire pour que chacun dispose de conditions d’habitat dignes de ce nom, comme le rappelle chaque année la Fondation Abbé Pierre en publiant son rapport sur le mal-logement.

100 000 personnes n’ont pas de domicile, autant vivent en camping ou dans un mobil home toute l’année, près de 550 000 vivent dans des meublés (500 000 dans le rapport 2007)... Un million de personnes vit dans des logements exigus, fortement "surpeuplés", selon les normes de l’Insee, et un autre million ne dispose pas du confort de base (salle d’eau, WC, chauffage). La misère d’aujourd’hui n’est pas aussi dramatique que celle des années 50. Notre pays s’est enrichi et les conditions de logement se sont heureusement améliorées. Mais les associations d’aide aux plus démunis mettent en évidence les situations dramatiques dans lesquelles vivent des dizaines de milliers de personnes.

Le mal logement ne se réduit pas pour autant aux situations extrêmes. Une fraction considérable de la population au sein des couches modestes et moyennes (notamment chez les jeunes) loge dans des conditions qui ne répondent pas à ses aspirations : dégradations, mauvaise insonorisation, surface trop faible, quartier dégradé, etc.

L’idéal pavillonnaire, le rêve de nombreuses familles, est loin d’être la norme en France.

Lire l’article sur le site Observatoire des inégalités

Les immigrés et leurs descendants peinent toujours à trouver un emploi en France.

Les inégalités d’accès à l’emploi des immigrés et de leurs descendants restent d’actualité, comme le montre les conclusions d’une étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined) publiée dans les Documents de travail n°130.

La comparaison de la situation des immigrés et de leurs descendants par rapport à l’emploi à celle des personnes nées de deux parents nés en France, met en évidence d’importantes difficultés pour entrer sur le marché du travail. Elles sont notamment très marquées pour les personnes d’origine maghrébine, d’Afrique sub-saharienne ou de Turquie. Ainsi, un peu plus de 23% des hommes dont les parents sont d’origine algérienne sont au chômage contre 10 % des hommes nés de parents français.

Ces populations, étudiées dans ce rapport, sont également plus touchées par la précarité et dépendent beaucoup plus que les "natifs" d’emplois aidés, non stables. Outre les personnes d’origines italienne, espagnole et portugaise, toutes les autres connaissent un taux d’occupation d’emploi non stable supérieur à celui des natifs, que ce soient les hommes ou les femmes. Plus de 35% des femmes d’origine marocaine ou tunisienne et 28% de leurs filles ont un emploi précaire contre 19% des femmes nées de parents français.

Ces inégalités continuent de toucher les secondes générations d’immigrés.

Lire l’article sur le site Observatoire des inégalités

Les catégories sociales dans les regions

35 % d’ouvriers en Picardie, 18,2 % en Ile-de-France. Le paysage social des territoires est très différent.

Le paysage social de la France est aussi varié que son environnement naturel. Les régions du Nord et de l’Est, mais aussi la Haute-Normandie sont marquées par la tradition industrielle : la part des ouvriers y dépasse 33 % des actifs. Dans certaines zones, l’emploi agricole a quasiment disparu : L’Ile-de-France, bien sûr, mais aussi l’Alsace, et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur où les agiculteurs exploitants ne représentent guère plus de 1 % de l’ensemble.

La centralisation française persiste : l’Ile- de-France attire toujours les centres de décision : elle comprend plus de 20 % de cadres supérieurs. Les services sont relativement bien répartis sur le territoire : la part des employés et des professions intermédiaires, qui en constituent les gros bataillons, différe peu selon les régions.

Lire l’article sur le site Observatoire des inégalités

Combattre la discrimination à l’école

La nostalgie de l’école comme ascenseur social doit laisser la place à l’invention. A-t-on tout essayé ? Les Zep n’ont pas desserré la ségrégation par l’habitat, il faut prendre à bras le corps le défi de l’hétérogénéité sociale et culturelle.
Pour notre société, il est vital de rétablir les conditions d’un « vivre ensemble » qui rassemble les personnes, même si elles paraissent appartenir à des groupes sociaux contrastés voire antagonistes qui, quelquefois, se définissent ou sont définis comme des communautés.

Or notre école – comme d’ailleurs notre habitat ou notre emploi – est une école qui enregistre la ségrégation sociale et dispose de peu d’instruments pour lutter contre elle. Il ne s’agit pas d’incriminer les politiques : c’est notre société qui se complaît dans la ségrégation.
Nos discours sont traversés par un désir de République, inspirés par ce grand mythe universel qui affirme l’égalité principielle de tous, en feignant d’ignorer les discriminations de fait. Or celles-ci constituent la réalité quotidienne d’un nombre important d’individus, de familles ou de groupes sociaux, qui n’ont d’autres moyens que les solidarités actives qu’ils développent entre eux pour échapper à ce que Pierre Bourdieu appelait la « misère du monde ».

L’article sur le site du CERAS

Jean Hébrard est inspecteur général de l’Education nationale.

Éduquer contre le racisme

« Actuellement, on assiste à un certain effacement du discours des généticiens au profit des discours des philosophes et des sociologues qui valorisent la diversité culturelle, présentée comme une richesse, un apport au développement de la démocratie.
Par ailleurs, tout le monde a désormais compris l’inefficacité, voire le caractère contre-productif, d’un discours purement moralisateur et incantatoire contre le racisme. Quant à l’explication qui lie racisme et exclusion, elle est moins présente, car l’observation quotidienne montre que les gens exclus sont parfois autant victimes qu’auteurs de racisme.
Ainsi, on observe, dans les « quartiers sensibles », des manifestations violentes de racisme entre les jeunes eux-mêmes et entre les « communautés ».
Si la situation socio-économique favorise les processus de discrimination, le racisme est un phénomène plus complexe que le produit des inégalités sociales. »

Article sur le site CNDP

Jacqueline Costa-Lascoux est directrice de recherche au CNRS (intégration, discrimination, laïcité, citoyenneté) – Cévipof (Centre d’étude de la vie politique française), Paris.

La coopération entre enseignants et parents. Pourquoi ? Jusqu’où ?

« L’insuffisante collaboration entre enseignants et parents est unanimement regrettée par tous ceux qui, préoccupés par l’amélioration de l’école, sont soucieux de changement. Certes, beaucoup de travaux relèvent l’importance de l’intérêt des parents vis-à-vis de la scolarité, et les divers bénéfices du partenariat école-familles. Pour autant, toutes les formes de collaboration ne se valent pas au regard des effets qu’elles produisent, ce qui suffirait à justifier – avant d’aller plus avant dans cette voie – une interrogation des évidences sur ce sujet.
En quoi le partenariat est-il souhaitable ? Quels objectifs peut-il viser, mais aussi quelles limites éventuelles à ses « bienfaits » ? Au risque de contrarier le consensus sur cette question, je commencerai par développer quelques bonnes raisons de ne pas instituer trop de ponts entre les enseignants et les parents... pour le bénéfice des enfants eux-mêmes ! »

Texte complet sur le site du GFEN (Groupe français d’éducation nouvelle)

Ce document reprend une intervention de Jacques Bernardin au colloque de l’Association Européenne des Parents d’élèves « Formation des enseignants à la relation de partenariat avec les parents » qui s’est tenu les 6 et 7 octobre 2000 à Paris.
Il a été publié en janvier 2008 dans le numéro 127 de la revue Dialogue Parents, des liens à réinventer

 

Culture des institutions, cultures des familles : alliance ou malentendu ?

« … nous nous interrogerons d’abord sur la notion et les figures de la disqualification ; nous reviendrons ensuite sur la question de la culture, d’un point de vue sociologique, et plus particulièrement sur le discours récurrent relatif aux populations, aux jeunes qui seraient "entre deux cultures" discours qui semble faire lieu commun et pose néanmoins problème, tant dans ses fondements que dans ce qu’il implique en terme d’intervention publique.
Enfin, nous évoquerons ce que pourrait être alors une approche en termes de reconnaissance, ou mieux de "politique de reconnaissance". »

Présentation de l’intervention et texte en téléchargement
(pdf, 9 pages) sur le site Ressources Jeunesse de l’INJEP (Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire)

Ce texte reprend l’intervention de Bernard BIER lors de journées " De la disqualification à la reconnaissance " organisées par le DERPAD

Quelques interrogations sur le mot d’ordre d’« implication des familles dans l’école »

« S’il est possible de conclure, sur une question aussi vaste et aussi présente dans les établissements des quartiers populaires, voici ce qu’on pourrait proposer, presque sous forme de « thèses », qui restent à discuter dans le débat qui va venir :

1) Il pourrait bien être pertinent de distinguer l’ouverture aux parents et l’injonction à l’implication.

2) Les rapports entre les parents de milieux populaires et l’école sont toujours, de fait, des rapports entre des agents sociaux situés socialement dans des positions différentes, et engagés sur des trajectoires différentes aussi. Les rapports entre des instances, l’instance scolaire et l’instance familiale, sont nécessairement des rapports entre des membres de classes sociales différentes. Ils sont profondément, et parfois secrètement, modelés par les rapports de domination, à l’insu et parfois contre la volonté des agents eux-mêmes. C’est normal et c’est le contraire qui serait étonnant. Mais, dans une perspective d’action sur le terrain, il peut être utile d’en repérer les conséquences.

3) L’association volontiers opérée aujourd’hui entre échec scolaire et non-implication des parents pourrait bien n’être qu’un avatar de la thèse du « handicap socio-culturel », conduisant à rejeter en dehors de l’école les « causes » de l’échec scolaire.

4) Les familles populaires, parce qu’elles en dépendent davantage que les autres, placent un espoir important dans le service public de l’école, qui doit selon elles être le premier à assurer les charges de la réussite scolaire. »

Texte en téléchargement (pdf, 7 pages) sur le site Education prioritaire du minitère de l’Education nationale
Cette communication est issue du séminaire DEP-IREDU " Les familles et l’école : apports de la recherche, points de vue de praticiens "

Utilité et limites des actions de « parentalité » en ZEP et ailleurs

Depuis une quinzaine d’années, l’investissement accru des pouvoirs publics dans des dispositifs visant à préparer, soutenir, voire suppléer les parents dans leurs soins et leurs tâches éducatives auprès de leurs enfants est ainsi particulièrement manifeste. Il s’observe dans un nombre croissant de domaines : protection de l’enfance, santé publique, politiques éducatives, familiales, de prévention et de lutte contre la délinquance juvénile. (…)
Alors même que ces nouveaux dispositifs, relativement intrusifs dans la vie des familles, se développent, leur plus-value en matière de bien-être et d’insertion sociale des jeunes générations n’est pas toujours démontrée.

  • Un diagnostic d’insuffisance des seules solutions institutionnelles face aux problèmes sociaux et éducatifs de l’enfance et de la jeunesse
  • Une réévaluation par les sciences humaines et sociales de l’impact du lien affectif et de l’éducation familiale sur le devenir de l’enfant
  • Un renouveau des dispositifs d’accompagnement des parents et d’aide à la parentalité sous influence anglo-saxonne

Article et analyse complète sur le site de l’Observatoire des Zones Prioritaires (OZP)

Ce texte est extrait de « La note de veille du Centre d’analyse stratégique » du 11.12.07 : Quelles politiques d’accompagnement des parents pour le bien-être de leurs enfants ? Une perspective internationale.

Ecole et familles populaires

« À partir de nos recherches sur les relations entre les familles et l’Ecole dans les quartiers populaires, nous proposons ici quelques éléments d’analyse permettant de mieux comprendre les familles, leurs pratiques et de mieux comprendre les contradictions ou les problèmes rencontrés avec ces familles. »

  • Introduction
  • Une confrontation inégale entre logiques divergentes
  • Le mode d’autorité
  • Le rapport à la scolarité
  • L’ambivalence des parents...
  • Des appropriations hétérodoxes
  • Pour conclure

L’article en téléchargement (5 pages, pdf) sur le site du Centre Alain Savary de l’INRP (Institut national de la Recherche Pédagogique)

Lire également L’accompagnement scolaire, l’école et les familles, interview sur le site Education prioritaire de l’Education nationale

Daniel Thin est l’auteur de Quartiers populaires : l’école et les familles, Presses universitaires de Lyon,1998.

Plan de lutte contre les discriminations

" La discrimination est un phénomène massif et banalisé, dans les pratiques et dans l’expérience. Dans beaucoup de situations, c’est le respect du droit qui est l’exception, et les pratiques d’arrangements contraires au droit qui dominent.
Aucun service ou aucune activité n’est préservée de cette question ; toutes les institutions et organisations, publiques et privées, sont susceptibles de discriminer.
La discrimination n’est pas le problème des "publics" de l’action, mais le problème des pratiques des acteurs publics et privés, et celui du fonctionnement des institutions.
Cette question n’est pas "sensible" en soi, c’est notre rapport au tabou (du racisme, notamment), ainsi que les peurs des acteurs qui font craindre d’ouvrir cette question. Le déni et la dénégation des situations discriminatoires conduisent à nous rendre insensibles au problème.
L’action contre la discrimination suppose des transformations longues à mettre en œuvre.
Le Plan de Lutte de Saint Priest contre les discriminations œuvre dans le sens de la promotion, du soutien, de l’accompagnement et de l’évaluation des acteurs et des actions. Il favorise la mise en place d’action permettant de diffuser la connaissance, la sensibilisation et la réaction aux discriminations. "

Plan et Charte sur le portail du REP Saint Priest 1 (document rédigé par Fabrice Dhume, formateur ISCRA, et Olivier Pipard, chef de projet DSU Saint-Priest Bel-Air)

Les voies de la démocratisation scolaire

La fameuse théorie du « handicap socioculturel » ne saurait rendre compte de l’échec massif aujourd’hui des jeunes d’origine populaire. L’action scolaire peut bénéficier même à ceux qui ne disposent au départ que du parler populaire des cités. Et l’on ne saurait davantage imputer leurs difficultés d’apprentissage à une absence de « motivation » : toutes les enquêtes montrent que le désamour du travail intellectuel et des savoirs de l’école n’est pas la source, mais la conséquence de difficultés scolaires précoces vécues comme insurmontables.
Démocratiser l’école paraît donc un objectif tout à fait réaliste. Et même urgent, à mesurer les dégâts sociaux provoqués par l’échec de masse. Mais comment s’y prendre ?
(…)
Vouloir une école démocratique apparaît ainsi comme un objectif à la fois réaliste et très difficile à réaliser. Socialement, le maintien des choses en l’état peut faire l’objet d’un consensus tacite entre les classes dominantes et les classes moyennes, qui tirent plus ou moins leur épingle du jeu. Même si elles représentent près des deux tiers de la population active, les classes populaires qui auraient, elles, intérêt à changer les règles du jeu, se sentent beaucoup moins autorisées à intervenir.

Article complet sur le site de l’Observatoire des inégalités

Des mots pour le dire

Des travailleurs immigrés aux sans-papiers, la terminologie a-t-elle évolué et que couvre-t-elle ? Le discours sur les autres renseignant d’abord sur soi-même, que révèlent les glissements de terminologie ? Qu’en est-il de la confrontation, à travers le vocabulaire sur l’immigration, des idéologies de droite et de gauche ?
(...)
Les pertes de contact entre la réalité somme toute modeste de l’immigration et les mots pour en traiter sont permanentes. Comment l’évolution des mots accompagne, en s’en écartant sensiblement, en sacrifiant aux fantasmes, celle des données réelles ?
On a parfois l’impression que le vocabulaire est tellement piégé qu’on ne sait plus comment parler des étrangers et des immigrés.

 Entretien conduit par Robert Bistolfi et Régine Dhoquois-Cohen sur le site de la revue Confluences Méditerranée

Simone Bonnafous est linguiste et professeur en Sciences de l’information et de la communication. Elle est l’auteur de L’immigration prise aux mots, publié en 1991 aux Editions Kimé et de nombreux articles sur ce sujet, notamment dans la revue Mots qu’elle anime.

Les mots de l’immigration et l’ethnicisation des rapports sociaux. Le cas des débats télévisés français sur l’immigration

Examiner une mise en mots de l’immigration exige de prendre en compte le contexte politique et social afin de mesurer la portée des débats publics dans les différentes sphères du champ social.
Une analyse lexicométrique, effectuée sur un corpus de sept débats télévisés aussi varié que Le Cercle de Minuit, Bouillon de culture, Le Monde de Léa, Dimanche Soir, La Marche du Siècle ou Public (soit plus de huit heures de programmes), étudie les modalités discursives d’ethnicisation de l’Autre, à partir d’une forme d’essentialisation de la différence, en particulier cultuelle, géographique ou liée à la couleur de la peau.
L’étude de ces sept débats confirme les propos de Jean Leca et d’Abdelmalk Sayad, à savoir que lorsque l’on parle « d’immigration » en France on parle d’autre chose.
Il est question de certains groupes, de caractéristiques physiques, culturelles ou cultuelles. La situation en France est caractérisée par une politisation de l’immigration et de l’appartenance.

Lire l’article sur le site de CAIRN

Christine BARATS est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 5 - René Descartes

Immigration : carrefour de la suspicion (discours présidentiels et juridiques)

L’une des principales constructions liées au traitement contemporain de « l’immigration » dans les champs politique et juridique est ce qu’on pourrait appeler un consensus de suspicion.
Comment des étrangers (en particulier non européens) deviennent suspects, comment la mise en doute de la légalité de leur séjour en France est devenue dominante et consensuelle ?C mment la suspicion nait-elle de la fermeture des frontières et de la lutte contre l’immigration dite clandestine ? Comment tout étranger devient-il suspect car « clandestin » en puissance ? Comment ce consensus se construit-il à partir d’un impératif de suspicion ?
Avec la mise en forme de l’impératif de suspicion à partir des années 1980, c’est la première fois depuis la seconde guerre mondiale que des processus de stigmatisation juridiques et discursifs se manifestent dans le champ politique défini comme relevant à la fois du discours et de l’élaboration de normes.

Lire l’article sur le site Persee

Christine BARATS est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 5 - René Descartes

La fonction sociale des préjugés ethniques

En psychologie sociale, de nombreux travaux ont proposé une explication des préjugés ethniques basée sur le rôle de divers facteurs individuels habituellement de nature négative.
Selon ces travaux, les préjugés ont pour fonction de restaurer l’image de soi suite à un échec, une frustration personnelle ou une privation.
Des recherches expérimentales suggèrent, au contraire, que le succès, la prospérité économique ou la gratification relative, l’inverse de la privation relative, conduisent également à l’adoption de préjugés ethniques et confirment l’hypothèse selon laquelle la fonction sociale des préjugés est de légitimer des privilèges économiques et sociaux.
Dans ce contexte, de nouvelles perspectives en matière de lutte contre les discriminations peuvent être envisagées.

L’article sur le site des Cahiers de l’URMIS

Serge Guimond est professeur des Universités et chercheur au laboratoire de psychologie sociale et cognitive (CNRS) à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand

De « l’autre » au préjugé. Le poids des stéréotypes dans les relations interculturelles

Entre réalité et fantasme, les préjugés occupent une part prépondérante dans la construction de la discrimination : générateurs d’attitudes, éléments déformateurs, miroirs grossissants du rapport à l’Autre.
Le racisme et la discrimination s’expriment principalement à partir de présupposés partagés, reposant bien souvent sur des argumentaires qui s’avèrent faux, fallacieux ou irrationnels. Mais ce sont des phénomènes complexes qu’il faut absolument appréhender à plusieurs échelles et à plusieurs degrés.
Si l’on s’en tient au seul vingtième siècle, le rejet, fondé sur des préjugés raciaux a pu prendre la forme extrême de génocide. Des sociétés entières, aveuglées par les systèmes de propagande reposant sur une information massivement diffusée, ont pu basculer dans le racisme de masse.
Lorsque l’on s’attache à analyser les attitudes de l’opinion publique française, il n’est pas suffisant de poser les problèmes économiques comme base de la discrimination. C’est une explication « nécessaire » mais certainement pas « suffisante », et il faut évoquer des éléments supplémentaires qui tiennent à des aspects culturels, religieux et historiques pour comprendre les phénomènes discriminatoires dans leur pleine dimension.

L’article sur Aula Intercultural

Yvan Gastaut est Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Nice et chercheur au Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine (CMMC).


La France hostile. Histoire de la xénophobie en France au XIXe siècle

Cette recherche porte sur l’histoire sociale de la xénophobie, ce terme de “xénophobie” ayant été préféré à d’autres, notamment à “racisme”, dans la mesure où il renvoie avant tout au clivage national/étranger.

Son point de départ est l’analyse des manifestations hostiles envers les ouvriers non nationaux, mais elle ne s’y limite pas. Il s’agit, en effet, de comprendre comment l’étranger, dans le dernier quart du XIXe siècle, devient, avec le thème de la “protection du travail national” un enjeu politique lié en grande partie à l’installation et à la solidification de la République ; comprendre aussi une partie du système complexe de représentations qui s’articulent autour de la figure polymorphe de l’étranger.

Cette socio-histoire de la xénophobie - qui est aussi une histoire de la notion d’étranger -, invite à réfléchir sur ce qui constitue l’identité française au XIXe siècle (le rapport à l’étranger est un rapport spéculaire riche d’enjeux identitaires, et constitue donc un prisme par lequel on peut observer la lente cristallisation d’une identité française plurielle).

Résumé de la thèse sur le site de la Revue d’histoire du XIXe siècle

Laurent Dornel est agrégé d’histoire, docteur en histoire

Les enfants roms à l’école française. Hôtes et cultures en présence

« C’est peut-être ici que le projet d’une hospitalité ouverte et réfléchie aurait trouvé tout son sens, au service d’une didactique sereine des langues-cultures. Dans la situation ordinaire, l’hôte-enseignant est certain que l’hôte-élève reste un autre lui-même dont il attend une attitude conforme à la pratique des rites de contact, de communication et d’échanges symboliques inscrits dans l’ensemble du projet scolaire. Un écart important déstabilise cet équilibre. En ce qui concerne le rapport avec les enfants roms, l’écart était tellement extra-ordinaire qu’un malaise s’est rapidement propagé chez la plupart des enseignants.
(…)
Nous espérions que cet objet complexe produit par le présence des enfants roms à l’intérieur des écoles favoriserait une réflexion analytique et prospective plutôt que normative, non seulement en ce qui concerne la progression particulière des enfants de ce groupe mais encore pour tout ce qui touche à l’évolution de l’enseignement vis-à-vis des élèves à besoins pédagogiques particuliers. Un travail spécifique d’information des familles sur l’école et son projet, d’alphabétisation et d’intégration scolaire utilisant des techniques inédites – aiderait aussi chacun à s’interroger sur les finalités profondes de la scolarité en France, et notamment sur l’accès à la citoyenneté et l’égalité des chances. Les pratiques liées à la didactique des langues faciliteraient l’innovation pédagogique dans des champs disciplinaires souvent défendus comme des châteaux forts et dont la transversalité évidente n’était pas suffisamment mise en pratique par des équipes pluridisciplinaires. »

Article en téléchargement (5 pages, pdf) sur le site de Ville-Ecole-Intégration

Michaël Rigolot est enseignant-formateur au CASNAV de l’académie de Besançon, centre de linguistique appliquée.

Structures, environnement et basculement dans le jihadisme

Comment expliquer l’attrait pour le courant jihadiste de certains jeunes musulmans en France ?

Les étapes de la radicalisation commencent par la prise de conscience d’un monde musulman assiégé et agressé par l’Occident puis par la découverte du drame qui frappe les civils musulmans enfin par le devoir de jihad afin de leur venir en aide.

Cette aide prend deux formes : soit par le recours au jihad défensif en partant en Irak ou en Afghanistan ; soit par le jihad offensif en acceptant de frapper ici même l’agresseur, en occurrence un pays occidental. Il reste à aider les candidats potentiels à surmonter l’interdit de tuer des civils. L’environnement dans lequel ils évoluent met à leur disposition une infrastructure qui permet de solutionner un certains nombres d’inquiétudes. Bien évidemment chaque candidat potentiel appréhende le basculement dans la violence à partir de ses connaissances et de son expérience.

L’article sur le site de la revue Cultures & Conflits

Luis Martinez est directeur de recherche au CERI-Sciences Po. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages : La Guerre civile en Algérie, Paris, Karthala, 1997 ; The Libyan Paradox, Londres, Hurst, 2007 et The Enigma of Islamist Violence, Blom A., Bucaille L. (eds), Londres, Hurst, 2007.

Ces Roms qui font peur à l’Europe

Depuis les années 1990 et l’effondrement du bloc communiste, quelques milliers de Roms ont quitté l’Europe de l’Est. Leur arrivée à l’Ouest, notamment en France et en Italie, a suscité de vives réactions de rejet – et cela n’est pas simplement lié à leur pauvreté ou à leur mode de vie.

Non sans rapport avec les conditions d’entrée et de séjour des étrangers, la « question rom » est aujourd’hui au cœur des politiques européennes et nationales.

L’article sur le site

Jean-Baptiste Duez est docteur de l’EHESS en anthropologie sociale et ethnologie et titulaire d’un DESS de documentaire audiovisuel. Depuis 2007, il mène un travail de terrain avec les Roms en Seine-Saint-Denis. Il enseigne actuellement à l’université de Lille 3

 

La diversité culturelle dans les programmes scolaires

Diversité et programmes

Deux textes du BOEN (n° 23 du 8 juin 2006 et n° 19 du 10 mai 2007) rappellent que l’éducation au développement et à la solidarité internationale fait partie de l’éducation pour un développement durable. La diversité culturelle constitue un des grands thèmes d’actualité traités aux Nations unies et à l’UNESCO. L’éducation au développement et à la solidarité internationale constitue (…) une composante pérenne et fondamentale de la formation des jeunes […] Elle s’inscrit donc au cœur des missions de l’école et participe résolument de l’éducation à la citoyenneté. Elle peut s’effectuer dès le plus jeune âge. Elle trouve sa place dans l’ensemble des matières et des disciplines enseignées dans les établissements scolaires […] Elle privilégie la démarche pédagogique dans la durée et contribue ainsi à faire évoluer les mentalités et les comportements de chacun dans le but d’œuvrer à un monde plus solidaire.
Un nouveau texte du BOEN (n° 25 du 19 juin 2008) rappelle ces objectifs en les liant à la campagne sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et rappelle que au développement et à la solidarité internationale est "partie prenante de trois des sept composantes du socle commun de connaissances et de compétences que tous les jeunes doivent avoir acquis à l’issue de leur scolarité obligatoire (“la culture humaniste” ; “les compétences sociales et civiques” ; “l’autonomie et l’initiative”)."
2008 est l’année européenne du dialogue interculturel : le BOEN n° 11 du 13 mars 2008 et le texte souligne l’importance de l’éducation artistique et culturelle qui "doit favoriser l’appréhension par les élèves de la diversité culturelle comme facteur d’enrichissement mutuel. "
La Cité nationale de l’histoire de l’immigration est citée "dans sa triple mission culturelle, éducative et citoyenne" comme étant "au cœur des thématiques de la diversité culturelle et du dialogue interculturel" parmi les quatre axes envisagés, on pourra mettre l’accent sur le second, soit l’aide à la mise en œuvre de l’enseignement de l’histoire de l’immigration (soutien à l’élaboration de stages de formation continue, conception de ressources en ligne) ;

Voici quelques extraits non exhaustifs de préconisations institutionnelles tant dans le 1er que dans le 2nd degré qui se rattachent à la diversité culturelle.

1. Ecole maternelle
• Education civique
- Ouverture à l’autre et respect de la différence
- Relation de fraternité et de solidarité
- Débat contribue à l’élaboration de relations de respect mutuel et de coopération réfléchie

• Langues vivantes
Découverte de faits culturels propres aux pays dont a langue est apprise

• Langage au cœur des apprentissages
Contes, grands thèmes de la littérature orale, grands mythes : significations universelles
Diversité des langues et des cultures

• Apprendre à se servir du langage pour évoquer des événements en leur absence : événements passés, à venir, imaginaires
Ne pas oublier les traditions orales régionales ainsi que celles des aires culturelles des enfants étrangers ou d’origine étrangère qui fréquentent l’école. Au travers de cette diversité, il est possible d’effectuer des rapprochements qui manifestent le caractère universel de cette culture.

• Premier contact avec une langue étrangère ou régionale
Familiarisation avec la diversité des cultures et des langues

2. Ecole élémentaire
Cycle 2
• Vivre ensemble : éducation à l’altérité
Dépasser l’horizon de l’école : sortir de l’école et s’ouvrir au monde - Montrer à la fois la diversité des cultures du monde et l’unité de l’humanité, conduisant à de premières formes de solidarités qui dépassent l’horizon étroit du groupe.
• De l’espace familier aux espaces lointains : décrire la diversité des milieux et des modes de vie (habitat, nourriture, vêtement, moyens de transport…) en mettant en valeur ressemblances et différences.
• Langues étrangères ou régionales : familiarisation avec la diversité des cultures et des langues

Cycle 3
• Education civique
Ecouter l’autre est une première forme de respect et d’acceptation de la différence.
• Histoire
Le Moyen-Âge (476-1492) : établissement de l’islam, qui crée une nouvelle et brillante civilisation dominant le sud de la Méditerranée.
Points forts : en Méditerranée, une civilisation fondée autour d’une nouvelle religion, l’Islam. Entre chrétiens et musulmans, des conflits mais aussi des échanges.
Du début des temps modernes à la fin de l’époque napoléonienne : élaboration de textes fondateurs (déclaration des droits de l’homme et du citoyen et Code civil). Mais la même période a vu le massacre des Indiens d’Amérique, la traite des Noirs…
Points forts : le temps des découvertes et le mouvement des Lumières… aspiration à la liberté et à l’égalité, réussites et échecs.
Accessibilité de la planète, mais apparition d’une nouvelle forme d’esclavage
19ème siècle (1815-1914) : de grands mouvements affectent désormais l’Europe. C’est le siècle de l’émigration et de l’expansion coloniale.

3. Socle commun (1)
Axe 5 - La culture humaniste :
Connaissances
Connaître les différentes périodes de l’histoire de l’humanité : mise en relation des événements fondateurs et des faits politiques, économiques, sociaux, culturels, religieux, scientifiques et techniques, littéraires et artistiques
Connaître les textes majeurs de l’Antiquité
Comprendre l’unité et la complexité du monde par une première approche de la diversité des civilisations, des sociétés, des religions ainsi que du fait religieux en France, en Europe et dans le monde en prenant notamment appui sur des textes fondateurs (Bible ; Coran) dans un esprit de laïcité respectueux des consciences et des convictionsAttitudes
- Cultiver une attitude de curiosité : productions artistiques, patrimoniales et contemporaines, françaises et étrangères ; autres pays du monde
- Développer la conscience que les expériences humaines ont quelque chose d’universel.

Axe 6 : Les compétences sociales et civiques
A - Vivre en société : Attitudes

La vie en société se fonde sur le respect des autres (civilité, tolérance, refus des préjugés et des stéréotypes) ;

B - Se préparer à sa vie de citoyen
Connaître le principe de laïcité

4. Au collège
6ème
• Histoire
Histoire ancienne (l’Égypte ; le peuple de la Bible : les Hébreux ; la Grèce ; Rome ; les débuts du christianisme)

• Géographie
Paysages urbains et ruraux ; Paysages de faible occupation : étude du Maghreb (exemples)

• Éducation civique
Nationalité ; Dimension de l’identité personnelle ; Etre ou devenir français

• Français
Parmi les œuvres préconisées par l’accompagnement des programmes, on notera :
- Contes : Andersen & Grimm ; 1001 nuits ; contes traduits de l’anglais et de l’américain, de l’arabe, du chinois, de l’hindi, de l’italien, du persan, du russe & du tamoul
- Bible & Coran
- Poésie : Hassan Massoudy
- Romans et récits : littérature africaine (Hampaté Ba), anglaise, allemande, américaine, bengali, polonaise, portugaise, turque.
5ème
• Histoire
Moyen Age : empire byzantin - monde musulman
(“L’essentiel est de présenter Mahomet, le Coran et la diffusion de l’Islam et de sa civilisation. On insistera davantage sur cette dernière et son rayonnement, abordés à partir de l’exemple d’une ville, que sur les constructions politiques qui résultent de l’expansion").
Documents d’étude : extraits du Coran, étude d’une mosquée.

• Géographie
L’Afrique, l’Asie et l’Amérique : diversité de l’Afrique ; Maghreb
(“On insiste sur l’appartenance au monde méditerranéen et au monde musulman, sur les liens avec l’Europe…")

• Éducation civique
Refus des discriminations ; Dignité de la personne

4ème
• Histoire
L’expansion européenne de 1815 à 1914 : partage du monde
("La comparaison de cartes du monde en 1815 et en 1914 permet de mettre en évidence le phénomène colonial, sans entrer dans les détails chronologiques, mais en évoquant les multiples raisons qui rendent compte de l’expansion mondiale des puissances industrielles, les formes diverses de cette expansion et les tensions internationales qu’elle suscite.”)

• Français du cycle central (5ème ; 4ème)
Poésie traduite de l’allemand, de l’anglais, du polonais, du russe, du turc, du yiddish
Romans : littérature traduite de anglais, de l’allemand, de l’américain, du brésilien, de l’espagnol, du grec, de l’hébreu, du japonais, du russe, du serbo-croate, du suédois, du turc.

• Géographie
Diversité de l’Europe ; Etude d’un état de l’Europe méditerranéenne

• Éducation civique
Libertés individuelles et collectives ; Droits de l’homme ; L’Europe : valeurs communes ; identités nationales ; citoyenneté européenne

3ème
• Histoire-Géographie
La France depuis 1945, puissance européenne et mondiale : relations entretenues par la France à travers les mouvements migratoires, échanges, mobilité des hommes, inégale répartition de la richesse, urbanisation ("L’accroissement de la circulation des hommes et des biens est étudié à l’échelle mondiale").
Les principales étapes de l’évolution des relations internationales depuis 1945 : décolonisation ("aux exemples de l’Inde et de l’Afrique française")

• Éducation civique
Citoyenneté ; valeurs, principes et institutions de la République ; Union européenne

• Français
Parmi la fiction des auteurs de littérature étrangère : littérature, allemande, anglaise, américaine, espagnole, italienne, russe, turque.
Dans les Bandes dessinées, Bourgeon (Les Passagers du vent) et Ferrandez (Carnets d’Orient)

5. Au lycée
• Français
Des auteurs étrangers de romans ou théâtre : Borgès, Calvino, Chraïbi, Gao Xingjian, Semprun, Swift, Orwell, Primo Levi, Philip Roth, Sweig, Chaïm Potok, Tahar Ben Jelloun, Buzzati, Pirandello, Calderón de la Barca, Goldoni, Dante, Lorca…
Des objets d’étude : La rencontre avec l’autre

2nde
• Histoire
Naissance et diffusion du christianisme ; La Méditerranée au XIIème siècle : carrefour de trois civilisations
("Il est souhaitable d’en souligner les fondements religieux et politiques. Le cœur de la question est bien l’idée de carrefour de civilisation. A l’aide d’un petit nombre d’exemples et de documents librement choisis, il s’agit de mettre en valeur la diversité des contacts que développent ces différentes civilisations : affrontements guerriers (croisades, Reconquista, etc.), échanges commerciaux (comptoirs), influences culturelles (syncrétisme).")

1ère
• Histoire
Le monde, l’Europe, la France du milieu du XIX siècle à 1945 : L’Europe et le monde dominé : échanges, colonisations, confrontations.
("On s’interroge sur les causes de l’expansion européenne et de la diversité de ses formes (économiques, politiques, culturelles, …) … Cette expansion est un phénomène complexe : elle rencontre des résistances, elle nourrit des échanges et influe sur les cultures européennes.")

• Géographie
Qu’est-ce que l’Europe ? L’Europe des Etats : mobilité des hommes à l’échelle de l’Union européenne et de la France, migrations à caractère économique ou politique, internes et externes.

• ECJS
Exercice de la citoyenneté ; République et particularismes ; Exercice de la citoyenneté et devoirs du citoyen : "déviances/délinquances, stigmatisation, étiquetage, marginalité".

• SES
L’organisation sociale : structure sociale (rapports sociaux, hiérarchie, domination, classes sociales)
La culture : transmission et construction collective (intégration, acculturation, sous-culture, conflits culturels).
L’organisation politique : citoyenneté (contrat social, participation, représentation)
Régulation et cohésion sociale : (normes, règles, contraintes, sanctions ; conformité et déviance ; délinquance, stigmatisation, étiquetage, marginalité)
Régulation sociale et conflits (négociation, mouvements sociaux)

Terminale
• Philosophie

Notions Universel/général/particulier/singulier
Le sujet : Autrui
La culture : Religion ; Histoire
La politique : Société et échanges

Repères
En fait/en droit
Identité/égalité/différence

• Histoire
Le monde, l’Europe, la France de 1945 à nos jours
Mondialisation de la culture ; tiers-Monde : indépendances, contestation de l’ordre mondial, diversification.
("A partir de la fin des années 1970, l’affirmation de l’islamisme, sous différentes formes, constitue un autre fait majeur")

• Géographie
L’espace mondial : Unité et diversité des Sud ; Interface Nord/Sud : La Méditerranée
("qui constitue un espace de clivage en même temps que de contacts entre l’espace méditerranéen les pays du Nord et ceux du Sud... Dans ce cadre géographique, on étudie les écarts de développement, la mobilité des hommes (migrations, déplacements touristiques), les échanges économiques, financiers et culturels.")

• ECJS
Citoyenneté et exigences renouvelées de justice et d’égalité ; citoyenneté et formes de la mondialisation
"Mondialisation, évolutions sociales et culturelles, acculturation, différenciation culturelle" et de "Inégalités, conflits et cohésion sociale" (idéal démocratique et inégalités ; la cohésion sociale et les instances d’intégration)

• SES
- Inégalités, conflits et cohésion sociale : la dynamique sociale
- Intégration et solidarité : cohésion sociale et instances d’intégration ; protection sociale et solidarités collectives
Notions : lien social, socialisation, intégration, exclusion, universalisme/communautarisme
Mondialisation, évolutions sociales et culturelles et régulation
Notions : acculturation, différenciation culturelle

Enseignement de spécialité : Lien social et intégration : ‘‘Intégration et solidarité’’

___________________

(1) Voir BOEN n° 29 du 20 juillet 2006 :
http://www.education.gouv.fr/bo/2006/29/MENE0601554D.htm

 

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Les anarchistes italiens dans les Alpes-Maritimes et le Var à la fin du XIXe siècle : le choix de la marginalité ?

L’engagement politique peut être un facteur d’intégration mais aussi de marginalisation et d’exclusion pour certaines catégories de migrants. Les Italiens qui choisissent, au XIXe siècle, de s’engager dans les rangs de l’anarchisme en font l’expérience. L’idéologie défendue ou encore les modalités d’organisation du mouvement participent d’un processus de marginalisation. Le recours à l’action terroriste accentue le phénomène et suscite de nombreuses expulsions. Si les départements des Alpes-Maritimes et du Var ne sont pas touchés par la violence politique des anarchistes, les migrants italiens sont victimes des craintes qu’elle suscite dans l’opinion et auprès des autorités. Dans ces conditions, leur activité se déploie dans le cadre d’une marginalité à la fois choisie et attribuée.

Article sur le site revues.org

Marseille cosmopolite après les décolonisations : un enjeu identitaire

Le cosmopolitisme permet tout d’abord aux différentes communautés de coexister dans un espace urbain, puis dans un deuxième temps, de se rencontrer voire de se mélanger. La ville de Marseille a connu ces deux temps du cosmopolitisme. Après la décolonisation, au début des années 1970, la ville s’affiche ouvertement raciste, puis, à la fin des années1980, Marseille jouit d’une image positive, lieu de solidarité et de pacification interethnique. Entre rejet et accueil, le cosmopolitisme devient un élément important de la construction identitaire de la ville.

Article sur le site revues.org

Cosmopolitisme et xénophobie : les luttes entre français et italiens dans les ports et docks marseillais, 1870-1914

À la fin du XIXe siècle, le terme cosmopolitisme prend une connotation péjorative : le cosmopolitisme devient l’ennemi de la patrie. La cohabitation entre les individus n’est plus pacifique. Cette étude traite de l’opposition violente entre Français et Italiens à la fin du XIXe siècle, dans une ville hautement symbolique Marseille, et plus particulièrement dans le milieu professionnel du port et des docks. Ce rejet du cosmopolitisme a néanmoins donné naissance à une autre forme de cosmopolitisme qui est l’internationalisme.

Article sur le site revues.org

Solidarités formelles et informelles : les associations d’Italiens en France depuis 1945

Les associations d’Italiens connaissent en France un essor notable après la Seconde Guerre mondiale. Le ministère italien des Affaires étrangères recense, en 1980, 322 associations dans l’hexagone dont 233, soit 72,4 %, ont été créées depuis 1945
L’importance du phénomène est à mettre en relation avec la forte présence de l’immigration transalpine qui, jusqu’en 1962 constitue la première nationalité étrangère en France et se maintient, en 1975, au quatrième rang.
Des études sur l’associationnisme des migrants italiens, menées principalement pas des sociologues dans le cadre d’une approche socio-politique du fait migratoire, ont mis l’accent le lien entre cette croissance numérique et l’évolution socio-économique de l’immigration italienne.

Article sur le site revues.org

La crise de la main d’œuvre italienne à Nice dans les années vingt et trente

Présente depuis de longues années à Nice, la main d’œuvre immigrée italienne ne posait pas de problèmes particuliers. Mais dans les années 1920-1930, les problèmes économiques liés à la crise entraînent du chômage et les travailleurs français s’insurgent contre cette présence d’étrangers qui occupent les postes de travail essentiellement dans l’industrie hôtelière. Les réactions des ouvriers français se font de plus en plus violentes et vont jusqu’à la xénophobie.

Article sur le site revues.org

Manifeste pour les “produits” de haute nécessité

" C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. (...)

Par cette idée de " haute nécessité ", nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en oeuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie.
Alors que mettre dans ces " produits " de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le coeur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.
D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé. (...)

Alors voici notre vision :
Petits pays, soudain au coeur nouveau du monde, soudain
immenses d’être les premiers exemples de sociétés postcapitalistes, capables de mettre en oeuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant.
"

Manifeste dans son intégralité en téléchargement sur le site de l’Institut du Tout-Monde

 Le site de l’Institut

Vers un ministère de l’invasion territoriale, de l’identité nationale... et de la délation "sociale" ?


Approches Cultures & Territoires a le plaisir d’accueillir dorénavant les éditoriaux de la revue Migrations-Société avec l’aimable autorisation du CIEMI, Centre d’information et d’études sur les migrations internationales. Ce partenariat n’est qu’une première étape d’une collaboration qui est appelée à se développer.

« Brice Hortefeux peut partir heureux. Il apparaît incontestablement comme l’élève le plus méritant de la classe gouvernementale, ayant scrupuleusement respecté la feuille de route sécuritaire fixée par son chef : près de 30 000 éloignements de “clandestins” réalisés en 2008, c’est mieux que l’objectif initial qui était de 26 000. Mais, il éprouve également une autre satisfaction davantage inattendue : c’est un homme issu des rangs de la gauche républicaine, Éric Besson, qui lui succède à la tête de son « ministère de la honte », venant ainsi lui donner a posteriori une sorte de caution à la fois éthique et démocratique. …
On aurait pu penser que l’ancien humaniste de gauche, qui fut longtemps responsable de la prospective au Parti socialiste, éprouverait tout de même quelques scrupules à épouser en bloc la logique “identitariste” et hygiéniste de son nouveau ministère, cherchant à la découpler de la question de l’immigration. Mais là aussi, le nouveau promu au « ministère de la honte » semble se rallier à la conception “ethno-nationale” de l’identité française, combinant une forme de multiculturalisme conservateur à une vision essentialiste de la nationalité. …
Et, à la question, « Éric Besson est-il un traître ? », nous répondrons clairement par la négative. Car, le “cas Besson” apparaît moins comme le symptôme d’une “rupture” ou d’une “trahison” que celui d’une étonnante convergence au sommet entre la “nouvelle génération” de droite UMP et les “jeunes loups” socialistes. … »

Édito en téléchargement

Sommaire de Migrations-Société Vol. 21 - n° 121 « Vers un droit à la mobilité ? » en téléchargement

Présentation et bon de commande sur le site Revues plurielles

 

 

Pour une politique de traduction en Méditerranée

Ce n’est pas parce que la Méditerranée est devenue le sujet central d’un discours politique français fondé sur l’approche nationale et sur le déni des enjeux politiques que les intellectuels, les chercheurs, l’ensemble des acteurs de la société civile doivent se détourner de cette région et ses problématiques.
Depuis plusieurs décennies, le Bassin méditerranéen est la scène exacerbée de fractures majeures, dont on vient à douter qu’elles puissent un jour être réduites au nom du droit international et par celui-ci. Pourtant, nul ne peut aujourd’hui se détourner du défi politique qu’elle pose.
(...)
N’est-ce pas à une « fausse fraternité » que nous expose le motif du « dialogue interculturel », dès lors qu’il se déploie dans l’esquive totale des langues et des imaginaires, avec leurs richesse hybride, densité, complexité, hétérogénéité, et dans l’ignorance de ce qui peut à la fois les nourrir et les relier entre elles : la traduction, la transmission, la mise en circulation effective ?

Article sur le site de la revue en ligne Asylon(s)

 

 

Des histoires à l’histoire, ou comment faire de l’histoire avec des petits ?

« Les entretiens qui suivent témoignent du lent chemin de clarification qu’appelle le regard sur le passé pour des petits. La « découverte du monde » fait partie des programmes officiels des deux premiers cycles, et le troisième entame une véritable pratique de l’histoire à l’ école primaire.
On trouvera donc ici, à travers trois exemples de projets pédagogiques portant sur l’histoire, une mise à distance critique des étapes qui mènent à l’intelligence du passé et à l’objectivation, par les élèves, d’une histoire qui n’est plus seulement de l’ordre de l’intime mais qui tend à dessiner une approche évènementielle et chronologisée de leur monde. »

Article complet sur le site des Cahiers pédagogiques

Cet article est tiré du dossier "Apprendre l’Histoire ", in Cahiers pédagogiques n°471, mars 2009

 

 

Diaspora arménienne et patrimonialisation d’une mémoire collective : l’impossible lieu du témoignage ?

L’étude des « enjeux d’une patrimonialisation de la mémoire collective » s’inscrit dans la continuité de nos travaux sur les diasporas autour du thème de l’imaginaire national. Cet imaginaire national construit en situation d’exil témoigne d’un passage de la conscience de minoritaire à une conscience de la dispersion suscitant des capacités organisationnelles. Discutant la pertinence du modèle des diasporas dans le champ des sciences sociales, nous avons mis en évidence l’importance des enjeux de l’auto-désignation par la collectivité arménienne nommant une réalité d’existence transnationale sous le terme spiurk (dispersion) qui connote de nos jours l’existence d’un projet identitaire élargissant la définition de la diaspora à la seule réalité migratoire de grande ampleur.

Texte intégral

Martine Hovanessian, CNRS-URMIS (Unité de Recherches Migrations et Société)

 

Les Cahiers de Framespa

 

Voile identitaire versus francité intégrale

On pouvait légitimement s’y attendre : le débat sur l’identité nationale a dérapé et pas sur n’importe quel sujet : l’islam et les musulmans ! Et, contrairement à une idée reçue, la charge xénophobe n’est pas venue exclusivement des citoyens ordinaires de la "France d’en bas" — ces rares individus "volontaires" qui ont accepté de débattre en préfecture — mais bien de la "France d’en haut", à savoir les élites de la majorité gouvernementale qui ont donné "l’exemple", en se focalisant de manière obsessionnelle sur la présence musulmane dans l’Hexagone. Aux premiers rangs de ces "ténors", Nadine Morano, secrétaire d’État chargée de la Famille et de la Solidarité, et Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire de Marseille (UMP) , qui ont établi un lien plus que douteux entre la crise identitaire qui traverserait notre société française et le « mauvais comportement citoyen » de nos compatriotes de culture et/ou de religion musulmane.
Pourtant, derrière ce qui peut apparaître comme des dérapages verbaux ou de simples "gaffes" de quelques politiciens égarés se profilent aussi des tendances lourdes qui structurent de plus en plus notre champ politique : l’hégémonie d’une conception substantialiste de l’identité française qui tend à opposer deux « essences irréductibles », l’une supposée être l’émanation naturelle de notre substrat historique (la francité), l’autre perçue comme une sorte de "tumeur cancéreuse" sur notre corps national (l"’islamité"), qu’on essaye d’éradiquer, avec plus ou moins de succès, par une "chimiothérapie identitaire". Mais la métaphore médicale s’arrête là. Car le traitement s’avère nécessairement pire que le mal, et on peut même se demander s’il n’est pas directement à l’origine de la "maladie de l’identité" que connaît notre société en général et notre système politique en particulier.

 

Edito complet en téléchargement

 

Sommaire de Migrations-Société Vol. 22 - n° 127 « Genre, filières migratoires et marché du travail » en téléchargement

Des Guantanamo aux portes de l’Europe ? L’externalisation au secours de nos “amis” les dictateurs

"Alors que le président des États-Unis, Barack Obama, vient d’annoncer la fermeture prochaine du “camp de la honte”, l’on peut se demander si l’Union européenne n’est pas en train d’installer aux portes de l’Europe des “mini Guantanamo”, à la différence qu’ils ne seraient pas gérés directement par la puissance donneuse d’ordre mais par des supplétifs, à savoir ces dictateurs de l’autre rive, appelés à jouer un rôle clef dans le processus actuel d’externalisation.
En clair : l’Europe a trouvé dans les régimes autoritaires d’outre-Méditerranée d’utiles vigiles qui, après avoir fait leurs preuves dans la lutte contre le terrorisme, devraient s’illustrer avec brio dans la répression contre les migrants et les demandeurs d’asile. Car, la réussite de l’externalisation tant souhaitée par les États européens — on ne le dit pas assez — fait très largement appel aux savoir-faire sécuritaires des dictateurs du Sud qui, il est vrai, ont acquis une solide expérience en matière de détention arbitraire et de “service après vente” (humiliations, mauvais traitements et tortures sur les personnes interpellées et incarcérées).
Sur ce plan, les Ben Ali, Kadhafi et Moubarak ont accumulé les prix et les récompenses internationales, laissant loin derrière les “apprentis caudillos” de nos démocraties européennes. La lecture des rapports d’ONG sur l’état du système pénitentiaire des pays de la rive sud de la Méditerranée ne laisse d’ailleurs planer aucun doute sur les “compétences et talents” de nos partenaires".

Edito completen téléchargement

Sommaire de Migrations-Société Vol. 21 - n° 122 « Modèles d’intégration et intégration des modèles ? Une étude comparative entre la France et les Pays-Bas » en téléchargement

Présentation et bon de commande sur le site Revues plurielles

 

Frantz Fanon, la négritude et l’émancipation

Des Antilles à l’Algérie ... Pour Frantz Fanon, dont la Martinique natale est aujourd’hui en ébullition, la libération des opprimés et des peuples colonisés ne pouvait « être le résultat d’une opération magique, d’une secousse naturelle ou d’une entente à l’amiable ». Humaniste, tiers-mondiste, révolutionnaire, il œuvra au développement de la conscience noire, sans se laisser enfermer dans l’essentialisme, c’est-à-dire une identité unique et figée.

Article complet sur le site du Monde diplomatique

Biogaphie et bibliographie de Frantz Fanon sur le site dédié

 

 

 

La volonté de non-savoir

" Par bonheur, les œillères dogmatiques qui aveuglaient ceux qui faisaient profession de scruter le monde social mieux que d’autres sont tombées au fur et à mesure que s’effritaient les idéaux d’émancipation, atteints de plein fouet par le discrédit puis l’effondrement des régimes, des partis et des doctrines qui passaient à tort pour les incarner. Enfin libérés des grilles conceptuelles et des corsets théoriques qui bridaient leur réflexion, les chercheurs pourraient désormais s’intéresser aux « mutations » du monde urbain contemporain sans devoir pour autant porter sur elles un regard soupçonneux voire hostile devenu hors de saison.
L’ère serait donc révolue où le géographe comme l’historien, le sociologue comme l’économiste tendaient « moins à dire ce qui est que ce qu’il faut en penser ». Renouant avec la vocation de sa discipline, chacun aurait aujourd’hui pour seule préoccupation de faire connaître ce qu’il sait et non plus ce qu’il croit. Pourtant, à confronter ces proclamations et ces professions de foi aux résultats de leurs travaux, les chercheurs en sciences sociales donnent plutôt l’impression, aujourd’hui comme hier, de dire surtout ce qu’ils croient savoir. Et, chose nouvelle, de rester sciemment muets, désormais, sur ce qu’ils préfèrent ignorer. "

Article en intégralité sur le site de la revue Agone

Plan de l’article

  • Du soupçon à l’acquiescement
  • Marxisme & commande publique
  • La longue marche de la petite bourgeoisie intellectuelle dans les institutions
  • Une « classe régnante »
  • Une science du cacher
  • Nouveaux mots d’ordre
  • Nouveaux poncifs
  • Affaiblissement des luttes urbaines
  • Trajet professionnel et trajet intellectuel

Villes et résistances sociales, numéro 38-39 de la revue Agone, est intégralement en ligne

Un monument musical à la mémoire des ancêtres esclaves : le maloya (île de la Réunion)

" Afin de désamorcer une histoire douloureuse trop longtemps niée et d’éviter ainsi une augmentation de la fracture sociale, le maloya participe pleinement, en se faisant entendre en des lieux de plus en plus divers – notamment aux oreilles des Zorey –, à la reconnaissance d’un « share fate » c’est-à-dire, des interdépendances entre anciens colonisateurs et colonisés. (...)
Or, à La Réunion ces souvenirs contradictoires cohabitent bien souvent dans un même individu qui a donc le choix de favoriser tel ou tel héritage autant que d’en concilier plusieurs. On peut se demander dans quelle mesure, parmi les descendants d’esclaves, la tendance très moderne d’un retour à une africanité quelque peu mythifiée et en partie débranchée de la réalité, ne va-t-elle pas contre la culture créole elle-même. Rappelons ici que cette dernière n’a jusqu’à présent jamais été un projet des classes populaires, mais une réponse donnée à la hâte par celles-ci à des décisions politiques menées à leur encontre.
Cette radicalisation de la culture ne serait-elle pas alors, comme nous invitait à le concevoir Roger Bastide, le résultat d’une énième manipulation de la société de consommation de masse incorporant le descendant d’esclave ? A cet égard et comme d’autres anciens empires coloniaux, La France a élaboré un mode particulier de gestion des différences culturelles qu’il convient de questionner sans cesse. "

Article en ligne et en téléchargement sur le site de la revue

La Terre promise ... mais pas pour tout le monde

D’abord, la fiction : tourné en 2003, Le voyage de James à Jérusalem, du réalisateur israélien Ra’anan Alexandrowicz, raconte l’histoire d’un jeune Africain qui, pour des motifs à la fois mystiques et économiques, décide de tenter l’aventure en Terre sainte. Mais son épopée migratoire se transforme rapidement en cauchemar, James étant confronté aux dures réalités de la société israélienne en ce début de XXIe siècle : exploitation professionnelle, précarité sociale, vexations policières, racisme banal des citoyens ordinaires, etc. En dépit de ces humiliations quotidiennes, le jeune homme poursuit l’aventure, finissant par nouer des contacts avec des interlocuteurs israéliens. Lors de sa sortie nationale en France, en février 2004, le film de R. Alexandrowicz, pourtant primé dans de nombreux festivals internationaux, était passé presque inaperçu, probablement parce qu’en dehors des représentations apologétiques vantant le « seul modèle démocratique au Proche-Orient » ou, au contraire, radicalement critiques dénonçant le sort tragique des Palestiniens, la société israélienne n’intéresse pas grand monde. Aujourd’hui, malgré l’actualité, le film israélien n’a pas davantage gagné en notoriété.
Mais la fiction semble avoir été rattrapée par la réalité.


 Édito complet en téléchargement

Sommaire de Migrations-Société Vol. 24 - n°141-142 "Être étranger chez soi : les jeunes d’origine immigrés en Italie" en téléchargement

Urbain des bois, l’apprenti charbonnier

Un peu partout en Europe vont se multipliant les fêtes de pays ayant pour thème les anciens métiers de la forêt. L’auteur ayant été directement impliqué dans quelques unes de ces manifestations organisées dans le massif préalpin du Vercors, se propose, à partir d’une relecture critique du film des événements, d’essayer de mieux comprendre l’intrigue de ce nouveau « théâtre de verdure » mettant en scène la mémoire des charbonniers italiens de Bergame. On montrera que ce type de fête joue un rôle symbolique et politique en qualifiant un lieu : la clairière en forêt, devenue pour la circonstance une sorte d’Agora. La fête des charbonniers favorise ainsi la mise en récit d’une histoire des « gens du lieu » qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.

Texte intégral

Philippe Hanus, Parc Naturel Régional du Vercors

 

Les Cahiers de Framespa

Les « communautés » imaginées de l’immigration dans la construction patrimoniale.

Evoquer la notion de patrimoine en parlant d’immigration aurait longtemps pu paraître incongru dans un pays qui fonda symboliquement et politiquement le patrimoine en même temps qu’il « inventait », entre 1789 et 1794, la nation moderne. Né de la volonté de consolider la toute jeune République, le patrimoine tel que nous l’avons connu pendant près de deux siècles fut pensé par les élus du peuple comme un outil destiné à réinscrire le pays dans la grandeur de l’histoire. D’une certaine manière, il n’y avait de patrimoine historique que national et tout ce qui renvoyait à des identités particulières ne pouvait être intégré qu’en tant que déclinaison d’une matrice commune à tous. Durant deux siècles le patrimoine, en France, a servi à construire et à renforcer, suivant ce mouvement inaugural de la Révolution, « l’imaginaire national » suivant une histoire désormais bien connue et qui s’est étendue ensuite à bien d’autres régions du monde.

Texte intégral

Michel Rautenberg, Professeur d’ethnologie, Université de Saint-Etienne

 

Les Cahiers de Framespa

Délinquance humanitaire ? Du “délit de solidarité” au “devoir de délation”

Depuis plusieurs mois, un bras de fer s’est engagé entre le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, Éric Besson, et les principales organisations de soutien aux sans-papiers et aux réfugiés et demandeurs d’asile, lesquelles se sont largement mobilisées, parvenant à rassembler au bas d’une pétition les signatures de plus de 300 acteurs collectifs et plus de 20 000 personnes physiques. L’objet du conflit ? L’article L 622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) qui, selon les associations signataires — sous prétexte de combattre les réseaux de passeurs et la traite des êtres humains — sanctionne un véritable « solidarité », conduisant à pénaliser et à criminaliser l’aide bénévole et/ou non lucrative aux étrangers en situation irrégulière.

 

 

Edito complet en téléchargement

 

Sommaire de Migrations-Société Vol. 21 - n° 123-124 « Transmissions familiales en migration » en téléchargement

 

Les ouvriers français sont des Arabes comme les autres

Lorrains, Alsaciens, ils travaillent par dizaines de milliers dans les pays frontaliers comme ouvriers et employés. À leur tour, ces Français devenus « immigrés » subissent des discriminations. Car le racisme n’est pas tant lié à la culture ou à la religion qu’à la question sociale (...) :

« Le Lorrain, d’où il vient ? Il descend du train. » Le proverbe du cru rappelle que des générations d’Italiens, de Polonais, d’Ukrainiens, de Portugais, de Maghrébins se sont succédées dans les mines et les usines lorraines. À leur arrivée, tous ont enduré le racisme de ceux qui les précédaient. Le combat social a permis aux premiers de se fondre dans le creuset ouvrier. Derniers arrivés et premiers frappés par la récession industrielle qui dure depuis trente ans, les ouvriers d’Afrique du Nord et leurs enfants subissent toujours la xénophobie.

Mais, qu’ils soient lorrains de longue date ou non, les travailleurs frontaliers sont considérés comme une main-d’œuvre étrangère par les employeurs du grand-duché. (...)

Article en ligne sur le site du mensuel Le Plan B

 

De l’éducation populaire à la domestication par la « culture »

" En France, quand on prononce le mot « culture », chacun comprend « art » et plus précisément « art contemporain ». Le mot Culture, avec son singulier et sa majuscule, suscite une religiosité appuyée sur ce nouveau sacré, l’art, essence supérieure incarnée par quelques individus eux-mêmes touchés par une grâce — les « vrais » artistes. La population, elle, est invitée à contempler le mystère.

Entamée dès les années 1960 sous l’égide du ministère des affaires culturelles, la réduction de la culture à l’art représente une catastrophe intellectuelle pour tout homme ou toute femme de progrès. Si « culture » ne veut plus dire qu’« art », alors ni l’action syndicale, ni les luttes des minorités, ni le féminisme, ni l’histoire, ni les métiers, ni la paysannerie, ni l’explication économique, etc., ne font plus partie de la culture.

Entre cette dernière et la politique s’instaure un rapport d’exclusion. Et la gauche a un problème. Tel n’a pas toujours été le cas. Il fut un temps — pas si éloigné — où un petit groupe de militants nichés au cœur des institutions françaises tentait de faire rimer culture — populaire — et politique. "

Article en ligne sur le site du Monde diplomatique

 

La gestion des frontières sert bien d’autres intérêts que ceux qu’elle prétend défendre

Rappelant que l’inflation des contrôles migratoires, la démultiplication des barrières va et les politiques européennes en la matière ont une « efficacité » très marginale en matière de flux migratoires (ils n’empêchent nullement les candidats au passage de tenter leur chance), la cofondatrice du réseau Migreurop, par ailleurs juriste au Gisti, développe dans cet ouvrage essentiel les trois fonctions principales des murs érigés aujourd’hui. La première est économique : se barricader n’est pas donné (à Melilla, le lifting du mur frontière après les événements de 2005 a coûté la bagatelle de 32 millions d’euros) et le marché de la sécurité frontalière est désormais saturé d’acteurs privés aux dents longues. Le second objectif est idéologique : construire des murs est la meilleure manière de jouer sur cette peur de l’ « invasion » qui se révèle immanquablement un outil politique puissant. La dernière fonction est d’ordre géopolitique : au niveau européen, le contrôle des frontières passe désormais par une externalisation tous azimuts. En tissant des relations avec des pays « bon élèves » en la matière, comme le Maroc, la Turquie ou l’Ukraine, l’UE étend son champ d’action.


La gestion des frontières sert bien d’autres intérêts que ceux qu’elle prétend défendre
Entretien avec Claire Rodier
Article 11, 16 février 2013

À lire sur le site d’Article 11.

Xénophobie business.
À quoi servent les contrôles migratoires ?

La Découverte, 2012

Présentation et table des matières sur le site de l’éditeur

De l’héritier au forçat : les élèves face à l’évaluation

Ce n’est pas du côté de l’entreprise privée qu’il faut chercher le foyer originel de l’évaluation contemporaine, mais au cœur du service public : à l’école. Règne du chiffre, culture du résultat, individualisation des performances : c’est bien la notation scolaire qui nous plie, depuis l’enfance, à cette manière d’être gouverné. Enquête sur la manière dont les élèves y consentent, en jouent, en souffrent.

Article en ligne sur le site de Vacarme

Anne Barrère est sociologue, spécialiste des questions scolaires, au sein du Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS).

Vacarme est une revue trimestrielle publiée sur papier et archivée en ligne, qui mène depuis 1997 une réflexion à la croisée de l’engagement politique, de l’expérimentation artistique et de la recherche scientifique.
Site de la revue

Qui veut gagner... l’identité nationale ?

 Les membres du Conseil scientifique de Migrations Société, l’une des principales revues francophones dans le domaine des migrations, éditée par le CIEMI depuis 1989, ont pris acte de la volonté du ministre Eric Besson de lancer un « grand débat  » sur l’identité nationale française. En tant que chercheurs, universitaires, responsables associatifs ou experts, nous n’entendons pas esquiver ce débat, mais, au contraire, nous y impliquer pleinement, en faisant valoir notre point de vue critique.
Déjà en 2007, au moment de la création officielle du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement (intitulé initial), nous avions clairement souligné les risques de confusion qui consistaient dans le fait de juxtaposer dans un même intitulé ministériel des notions telles qu’« immigration » et « identité nationale », laissant supposer qu’il s’agissait de deux essences irréductibles, censées s’opposer ad vitam asternam, alors que l’identité nationale renvoie précisément à une construction collective sans cesse recommencée.



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Sommaire de Migrations-Société Vol. 21 - n° 126 « La crédibilité des politiques d’immigration à l’épreuve des sans-papiers. Regards croisés sur les corps à corps migratoires » en téléchargement

 

Les autochtones viennent-ils toujours d’ailleurs ?

De façon récurrente, les questions liées aux migrations et aux migrants font la une, comme on vient de le constater ré-cemment en France à l’occasion de la tentative gouvernementale de démanteler un campement de fortune installé dans la région de Calais, regroupant des centaines de migrants — dont nombre de réfugiés potentiels — désireux de se rendre au Royaume-Uni. Aussi a-t-on beaucoup parlé de la « fermeture de la jungle de Calais ».
Une fois de plus, nous sommes là plongés au coeur de l’absurdité linguistique ressassée sans gêne, sans sens critique et jusqu’à la nausée. “Commodité” de langage, fausse connaissance de l’anglais et sans doute aussi manipulation inconsciente, voire consciente…


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 21 - n°125 "Les nouvelles figures de migrants en Espagne" en téléchargement

 

Discriminations ethnico-raciales. Chantier urgent à multiples facettes

Comment penser la difficulté de réfléchir la question discriminatoire (notamment ethnique) dans le cadre d’une politique scolaire ? Le premier obstacle est lié à une tradition historique : afin de pérenniser l’existence de la République et pour construire l’unité nationale, l’École publique de la fin du XIXe siècle a dû combattre les particularismes culturels ou linguistiques. L’École a ainsi enseigné l’universel au nom de la diffusion d’un savoir perçu comme émancipateur en soi. (...). Les effets d’une telle conception, démultipliés par la massification scolaire, ont été beaucoup commentés : de nombreux travaux sociologiques ont ainsi démontré, dès l’après-guerre, le rôle effectif de l’École dans la reproduction des inégalités sociales.

Or, en France, la question sociale recoupe en grande partie la question migratoire, et donc la question ethnico-raciale. Des auteurs comme Robert Castel ou Gérard Noiriel ont donné à voir que la question migratoire en France est un écran projectif des mutations du monde ouvrier depuis les vagues migratoires voulues par l’État au cours des Trente Glorieuses. (...) La rationalisation ethnique a donc joué le rôle d’écran sur la réalité des rapports sociaux de domination ; le motif ethnique cachant ainsi souvent la réalité de la question sociale.

Le motif ethnique, souvent sur la base du fantasme de la « distance culturelle » ou de la variété culturelle des techniques éducatives parentales sont autant d’exemples des catégories folkloristes et ethnocentriques qui peuvent servir de clé d’analyse auprès de certains professionnels intervenant en milieu dit sensible. Des travaux de recherche issus de l’anthropologie des relations interethniques donnent pourtant à voir depuis longtemps en quoi la « distance » culturelle est avant tout sociale, négligeant par ailleurs les situations réelles d’acculturation et d’invention culturelle en situation migratoire.

Article sur le site de la revue Les idées en mouvement

 

La dimension ethnique de la stigmatisation d’une école et de son territoire

" La présente communication propose une présentation des premiers résultats issus d’une recherche en cours concernant les rapports entre des structures éducatives et les familles d’"origine maghrébine visible". Menée au sein d’une Zone Urbaine Sensible d’Aix-en-Provence, le quartier du Jas de Bouffan, la recherche se propose d’aborder la configuration familles-structures éducatives-quartier du point de vue des rapports aux familles et au quartier des acteurs de l’institution scolaire et des dispositifs d’accompagnement à la scolarité, comme de celui des familles au quartier et à ces structures. Une attention particulière est portée sur l’éventuelle inclusion d’une dimension ethnique dans les discours des acteurs considérés. "

Cet article reprend la communication faite au colloque Education et territoire (Digne, novembre 2007), publiée ensuite dans la revue VEI Diversité n°155 en déc 2008

Article en téléchargement (15 pages)

Sommaire de la revue

 

 

Les décolonisations africaines en musique : 1957-1960 / 1960-1990 / Afrique-du-Sud

" Il y a un demi-siècle, 18 colonies d’Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui ont mené aux indépendances.
Il s’agit du premier volet d’une série d’articles. Le 2ème épisode est consacré à la période 1960-1990 et le troisième épisode au cas particulier de l’Afrique du Sud). "

Articles et sélections audio sur le blog Samarra

Bande-son 1957-1960

1 et 2. Propagande coloniale
3. Lord Kitchener : "Birth of Ghana"
4. "Oui ou non"
5. Bembeya Jazz National : "République de Guinée"
6. Joseph Kabasele et l’African Jazz : "Independance cha cha"
7. Joseph Kabasele et l’African Jazz : "Table ronde"
8. Philos : "Indépendance 28 novembre"

Bande-son 1960-1990

1. Bob Marley : "War"
2. Super Mama Djombo : "Alma"
3. Sam Mangwana : "Moçambique oyé"
4. Mirol : "Independancia"
5. David Ze : "Guerrilhero"
6. Sonny Okosun : "Fire in Soweto"
7. Thomas Mapfumo : "Nyarai"
8. Bob Marley : "Zimbabwe"

Bande-son Afrique-du-Sud

1. Ras Menelik : Chant down apartheid"
2. Sonny Okosun : "Fire in Soweto"
3. Tribe called Quest : "Steve Biko (stir it up)"
4. Super Diamono de Dakar : "Soweto"
5. Specials : "Nelson Mandela"
6. Johnny Clegg et Savuka : "Asimbonanga"
7. Youssou N’Dour : "Nelson Mandela"
8. Discours de Nelson Mandela lors de sa libération suivi de commentaires de l’historien Elikia MBokolo. 

Universalisme, différence et invisibilité. Essai sur la notion de race dans l’histoire de la France contemporaine

" L’auteur, conscient d’aborder un thème très sensible de l’identité française, s’interroge sur la difficulté des historiens français à prendre en compte l’importance de la réflexion raciale comme dimension de leur histoire nationale. Pourtant, affirme-t-il, à partir de la domination par la France de populations noires dans le cadre des colonies, la question de la dimension raciale de l’identité française s’est trouvée posée et elle est présente au sein de toutes les pensées du social des Lumières à l’époque contemporaine. Stovall met notamment en évidence les liens étroits qui se sont noués sous des formes diverses, entre l’idée de nation et celle de race, notamment dans ce qu’il appelle le « paradoxe du républicanisme impérial ». Puis il suit les étapes des expressions nouvelles et l’impact social des distinctions de race à travers les grands heurts de l’histoire française du xxe siècle, guerres mondiales, expansion coloniale, immigration des Trente Glorieuses, difficultés de la jeunesse dite de « seconde génération » aujourd’hui. "

Article en ligne et en téléchargement sur le site des Cahiers d’histoire / Revues.org

Les descendants d’immigrés : des « citoyens anormalement normaux »

Après la tempête politico-médiatique qui vient de souffler sur le champ des sciences sociales à propos du rôle de la "culture" dans les processus d’intégration des populations issues des migrations subsahariennes, la publication des premiers résultats de l’enquête Trajectoires et Origines réalisée conjointement par l’INED et l’INSEE contribue à apporter une forme de sérénité dans le débat, bien que cela ne soit certainement pas le but premier de ses auteurs. Leur objectif est tout autre : « Combler une lacune dans les connaissances statistiques concernant ces populations minoritaires qui ont, certes, fait l’objet d’enquêtes ces dernières années, mais jamais avec ces tailles d’échantillon et un questionnaire couvrant autant de domaines de la vie sociale » . Et, il est vrai que l’ampleur des moyens déployés est presque inédite dans le champ des recherches et de l’expertise sur les questions migratoires : 21 000 individus interrogés entre septembre 2008 et février 2009, parmi lesquels des personnes immigrées, natives d’un département d’outremer (DOM), descendantes d’immigrés, descendantes d’originaires d’un DOM, natives de France métropolitaine dont aucun parent n’est immigré ou originaire d’un DOM.


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 22 - n°132 "Migrants, minorités ethniques et internet" en téléchargement

 

Théâtre : dire le présent combatif

" Les années 1970 témoignent de la pluralité des formes et des propositions du théâtre militant, à l’époque, en grande partie révolutionnaire. On transforme les pratiques (hiérarchiques, spécialisées), on s’adresse à de nouveaux publics, et on cherche les moyens (théâtraux) pour montrer combien et comment le monde est transformable.
Armand Gatti révolutionne le langage dramatique, Benedetto poursuit la quête d’un théâtre matérialiste, épique, la Troupe Z, la Carmagnole, Al Assifa réinventent l’agit-prop autour de Lip, du Larzac, des luttes féministes ou de sans-papiers. Tous partagent, aussi incomparables soient leurs démarches, peu ou prou la conviction que le théâtre, à l’instar de la littérature définie par Lénine, peut être « une petite vis dans le grand mécanisme de la révolution ».
Aujourd’hui ils sont peu à penser leur travail en ces termes. La situation est brouillée. Massivement, le théâtre dit politique oscille entre un humanitaire encombré de religiosité (centré sur des corps anonymes, déshistoricisés, souffrants) et le « théâtre social » (celui du constat, plus ou moins mortifère, de « ce qui est »). "

Article sur le site du mensuel Regards

Olivier NEVEUX est maître de conférences en arts du spectacle à l’université Marc-Bloch, Strasbourg.
Il est notamment l’auteur de Théâtres en lutte. Le théâtre militant en France des années 1960 à aujourd’hui (La Découverte, 2007).

 

 

Être né en France d’un parent immigré

" En 2008, 3,1 millions de personnes âgées de 18 à 50 ans, nées en France métropolitaine, sont enfants d’immigrés. La moitié d’entre elles ont moins de 30 ans. 50 % ont deux parents immigrés, 20 % sont descendants d’immigrés uniquement par leur mère et 30 % uniquement par leur père.
La moitié des descendants directs ont un parent immigré né en Europe et quatre sur dix sur le continent africain, essentiellement au Maghreb. Les descendants les plus jeunes ont des parents d’origines plus variées et plus lointaines. Les enfants d’immigrés de 18 à 30 ans ont une fois sur deux une ascendance africaine.
La répartition régionale des descendants s’écarte peu de celle des immigrés. Ainsi, un tiers des descendants âgés de 18 à 50 ans sont franciliens.
Près du quart des descendants ayant la nationalité française ont au moins une autre nationalité.
Pour la grande majorité des descendants, la langue française a été transmise dans leur enfance par au moins un de leurs parents. À la génération suivante, les descendants devenus eux-mêmes parents parlent français avec leurs enfants vivant en France, dans 99 % des cas. "

Publication en ligne sur le site de l’INSEE

Sommaire

  • 3,1 millions de descendants directs d’immigrés entre 18 et 50 ans en 2008
  • Les descendants directs d’immigrés : une population jeune
  • Les descendants les plus âgés sont majoritairement issus d’une immigration européenne
  • Des origines au-delà de l’Europe pour les parents des jeunes descendants
  • Pour la moitié des descendants, seul un parent est immigré
  • Un tiers des descendants d’immigrés vivent en Île-de-France
  • Naître ou devenir Français
  • Le français en héritage

Asiatique travailleur versus arabe fainéant ? De l’essentialisme présidentiel à la réversibilité des mythologies migratoires

Une fois n’est pas coutume. À l’occasion de la fête du Nouvel An lunaire selon le calendrier chinois, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a reçu au palais de l’Élysée, le 16 février, les représentants de la “communauté asiatique” de France, ainsi que les ambassadeurs des “pays d’origine” en poste à Paris. On retiendra surtout de cet événement le discours présidentiel sur le caractère exemplaire de l’intégration des populations asiatiques à la société française, célébrées comme des “modèles” de réussite sociale et professionnelle…

Pourtant, derrière cet éloge sarkozyen des vertus intégrationnistes de la “communauté asiatique” de France, il faut y voir aussi une lecture essentialiste des réalités sociales et migratoires en France qui n’est pas exempte de dérives racialistes : d’une part, parce que tout mythe positif comporte indubitablement son versant négatif, son “double maléfique” en quelque sorte (ici le “péril jaune”) ; d’autre part, parce que le fantasme du “modèle” induit nécessairement celui du “contre-modèle”, censé être incarné par d’autres migrations ou d’autres “communautés”, dont la trajectoire socioprofessionnelle dans la société française est jugée néfaste pour la cohésion nationale. 

 

 

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Sommaire de Migrations-Société Vol. 22 - n°128 "Genre, filières migratoires et marché du travail" en téléchargement

 

L’espace public, au défi de l’altérité

Dans ce texte, base d’une intervention le 12 mars 2010 à Paris, Bernard Bier estime notamment que :

« La construction de la Cité passe par la reconnaissance des différents collectifs existants comme légitimes à exister dans l’espace public, mais aussi à participer à celui-ci comme étant un espace public de débats et de délibération.

Elle passe aussi par l’action des différents acteurs associatifs, politiques, mais aussi éducatifs (les animateurs par exemple) pour construire du collectif, du « vivre-ensemble » en s’appuyant sur l’existant (...), mais aussi en aidant à construire, à instituer des formes nouvelles de collectifs, de projets communs.

D’où l’importance des instances associatives et des professionnels ou bénévoles qui jouent les facilitateurs, les accompagnateurs, les passeurs. Et de ne pas occulter la réflexion sur les valeurs au nom desquels on intervient, qui appellent la construction d’une posture éducative et politique : quel homme veut-on construire pour quelle société ? quelle société veut-on pour quel homme ? »

Texte en téléchargement sur le site Ressources Jeunesse de l’INJEP, Institut National pour la Jeunesse et l’Education Populaire

 

Sur la France et ses littératures. Une approche interculturelle

L’histoire des littératures de la France et des francophonies hors de l’Hexagone, lorsqu’on l’envisage dans l’optique des études interculturelles, révèle l’opposition de deux discours présents en filigrane depuis plusieurs siècles et s’exacerbant au cours du XXe.
Le premier discours insiste sur la normalité et la modernité d’une culture française s’identifiant à un héritage richissime de valeurs universelles, alors que le deuxième dénonce une longue tyrannie exercée par cette même culture portant l’empreinte d’une centralisation excessive.

Or, il semble qu’une historiographie littéraire s’inspirant de l’interculturel et refusant à la fois les partis pris d’ignorance et les polémiques faciles, peut faire apparaître les textes et leurs contextes sous un jour nouveau et de plus, apporter une contribution importante aux recherches d’autres sciences humaines qui s’interrogent sur la façon dont les communautés humaines organisent leur mémoire et construisent leur identité.
C’est en évoquant l’exemple de quelques « grands auteurs » des littératures française et occitane que l’on tâchera de rendre compte de la façon dont deux productions de textes s’éclairent mutuellement.

Article complet en ligne et en téléchargement sur le site de la revue Loxias (Université de Nice)

Politiques du spectateur

" Que pourrait être aujourd’hui un théâtre politique « efficace » ?

Devrait-il, par exemple, loin des « créateurs de plateaux » subventionnés s’adonnant à des jeux formels à destination d’un public cultivé, devenir, comme le soutient Gérard Noiriel dans Histoire, théâtre et politique, un théâtre « informé », c’est-à-dire un théâtre se faisant avant tout la chambre d’écho des résultats des sciences humaines, afin de rendre possible une certaine « prise de conscience » de la part du spectateur ?

Ou bien est-ce là oublier que, comme nous le rappelle Jacques Rancière dans Le Spectateur émancipé, le contrôle de la réception est impossible ? "

Article sur le site de la revue internationale des livres et des idées

Théâtre : dire le présent combatif, interview d’Olivier Neveux sur le site du mensuel Regards

 

Enseigner Pierre Bourdieu dans le 9-3 : ce que parler veut dire

« Je voudrais ici témoigner d’une expérience sociale et pédagogique déroutante, bien que courante car institutionnalisée et consacrée par les programmes officiels, à savoir l’enseignement de la théorie de la domination et de la reproduction de Pierre Bourdieu aux élèves des séries ES dans le bassin du 93. J’y ai en effet enseigné les SES de 2004 à 2010, dans 4 lycées différents, mon statut de TZR dans la zone de remplacement de Bobigny m’ayant ainsi conduit à travailler dans un nouvel établissement pratiquement chaque année.
A chaque fois, le moment « Pierre Bourdieu » a été un temps fort dans l’année, un moment de remise en question collective, pour la classe comme pour le professeur, et un virage particulièrement délicat à négocier. »

  • 1. Lycéens dans le 93
  • 2. Que faire ?
  • 2.1. Acceptation et identification
  • 2.2. L’impossible déni
  • 3. Des vertus du déterminisme
  • 4. Faire mentir les statistiques : « yes you can »
  • 5. Ce que parler veut dire

Article complet en ligne ou en téléchargement sur le site de Socio-logos, revue de l’association française de sociologie

 

L’Etat et la culture des immigrés

" L’histoire des politiques françaises d’immigration est restée jusqu’à présent silencieuse sur la relation de l’Etat français aux cultures des immigrées. Or, l’Etat s’est montré soucieux d’intervenir dans l’intégration culturelle des immigrés à travers la mise en œuvre de politiques spécifiques dès le milieu des années 1970. L’article retrace les différentes étapes de la prise en compte des besoins culturels spécifiques des immigrés : de la valorisation des cultures d’origine à l’invention d’une politique culturelle d’intégration. Il met en perspective la création d’un modèle français d’intégration. "

Article en ligne ou téléchargement sur le site de la revue Histoire@Politique

La genèse d’une question culturelle de l’immigration, 1974-1981

  • La contestation culturelle
  • Préserver la culture du pays d’origine dans la perspective du retour au pays

L’invention d’une "politique culturelle d’intégration", 1981-1984

  • Le parti socialiste, une autre manière de penser la culture des immigrés ?
  • Accepter une société pluriculturelle
  • Mise en forme d’une doctrine de l’interculturel

Conclusion : la genèse d’un modèle (1984-1991)

L’Europe au miroir des Roms

« À l’heure où le gouvernement français multiplie les déclarations injurieuses et les opérations ignobles de « démantèlement » à l’encontre des « Roms », il nous a paru utile de publier le chapitre édifiant qu’a consacré le collectif Cette France-là à la discrimination et à la violence étatique que subissent, en France de manière particulièrement spectaculaire et brutale, mais plus largement dans toute la « Communauté européenne », des populations qu’en bonne logique, on accuse en même temps de tous les maux. »

1ère partie : Nom pluriel, destin singulier

2ème partie : Les politiques européennes depuis 1989

3ème partie : L’argument « social »

4ème partie : les " villages d’insertion ", un exemple d’antiphrase

5ème partie : La stigmatisation des Roms : une politique européenne

Ce texte est paru initialement sous le titre « Circulation entravée, installation découragée. La construction européenne au miroir des Roms », dans le recueil Cette France-là n°2.
Sur le sujet, voir également le dossier documentaire R(r)oms et Tsiganes, les exclus de l’intérieur

Des milieux populaires entre déception et défection

" Qu’entend-on au juste par « classes populaires » ? La question n’est pas étrangère à leurs difficultés à se considérer comme telles. Statistiquement, les choses pourraient sembler limpides. On regroupe dans cette catégorie le « salariat d’exécution » composé des ouvriers (23,2 % de la population active au recensement de l’Insee] de 2006 et des employés (28,6 %). Ainsi définies, les classes populaires demeurent majoritaires en France et représentent 51,8 % de ceux qui travaillent.
Cet agrégat n’est pas purement formel. Le sociologue Olivier Schwartz définit les catégories populaires à partir de trois critères : petitesse du statut social et professionnel, étroitesse des ressources économiques et enfin éloignement par rapport au capital culturel.
(...) Evitement plutôt qu’affrontement. Quel que soit son degré de réalité, l’impact du phénomène dans le débat public est symptomatique de l’obsession d’un rang à maintenir. Il semble bien que nos sociétés, tout en niant le conflit de classes, aient un sens de plus en plus aigu de la position de chacun. "

Article en ligne sur le site du Monde diplomatique

Sur le même sujet, l’ouvrage Le Descenseur social. Enquête sur les milieux populaires (Philippe Guibert & Alain Mercier, Plon, 2006) est en téléchargement sur le site de la fondation Jean Jaurès

 

De contradictions en effet d’annonce, un sombre bilan

Au terme des cinq années de la présidence de Nicolas Sarkozy, un retour analytique sur la manière dont le thème de l’immi­gration et de la diversité a occupé les affaires de l’Etat n’est pas inutile pour envisager l’avenir d’un sujet placé au centre de la vie publique depuis le milieu des années 1980, voire depuis la fin des années 1960.
S’il ne s’agit donc pas d’une originalité particulière par rapport à ses prédécesseurs Jacques Chirac ou François Mitterrand, c’est la densité qui peut surprendre. En effet, démultipliée et déclinée dans des dimensions toujours plus élargies, la "question de l’immigration" ne cesse de nourrir l’agenda politico-médiatique.
À l’inévitable politique d’immigration, de contrôle des frontières, d’intégration des populations immigrées, de gestion de la politique de la ville et des "banlieues" s’ajoutent l’inattendu des polémiques, la multiplication des petites phrases, incidents ou faits divers qui ani­ment la vie publique. Entre stratégie et "idéologie" sarkozyste, la thé­matique de l’immigration, centrale pour le nouveau pouvoir installé en 2007, s’est élaborée également en fonction de ces aléas.


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 24 - n°140 "Terres et gens de frontières" en téléchargement

Etre ou n’être pas (français) : est-ce la (bonne) question ?

Parmi les questions récurrentes qui hantent la société française depuis des décennies déjà, il en est une – la politique migratoire de l’Etat – dont l’importance n’est pas évidente pour tous, car en apparence elle ne concerne directement qu’un nombre de personnes relativement faible par rapport à la population totale : les immigrés eux-mêmes et ceux qui leur sont proches. En réalité cependant, les débats en la matière devraient profondément intéresser la majorité écrasante de la population, sinon sa totalité, et ce pour trois raisons majeures qui interagissent et qu’il serait vain de tenter de hiérarchiser.

 

 

 

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Sommaire de Migrations-Société Vol. 22 - n°131 "Action publique et discrimination ethnique" en téléchargement

Du cas d’école au sentiment d’abandon : la laïcité comme déni du politique

La laïcité, corrélée au projet méritocratique a été l’instrument d’une construction politique d’un Mit-Sein aujourd’hui en crise. Cette laïcité comme principe de gouvernement raisonnable des hommes, n’a exclu ni les solutions violentogènes, ni les représentations naturalistes des trajectoires scolaires. Or, l’école est aujourd’hui confrontée au « temps du pluriel », à une demande croissante de pluralité culturelle et cultuelle. Et l’école démocratique massifiée sous son apparente neutralité sociale et politique renverse le rapport au sentiment d’injustice sociale : plus l’école est en apparence ouverte au plus grand nombre, plus l’échec scolaire est perçu comme productions singulières des individus, d’où ce sentiment récurrent de déshonneur individuel, voire même familial et social. Ce cas d’école est à saisir au travers du prisme du déni du politique par l’institution scolaire.

Article en ligne et en téléchargement sur le site Cairn.info

Béatrice Mabillon-Bonfils et Laurent Saadoun sont enseignants à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, et directeurs éditoriaux de la revue Dialogues politiques.

Les vergers de l’enfer ou l’enfer des vergers

A l’heure où vous recevrez cette nouvelle livraison de Migrations Société, nombreux d’entre vous seront peut-être déjà en vacances, à la mer, à la campagne ou à la montagne, en train de savourer les fruits et les légumes de saison, dont le Forum civique européen a l’insigne mérite de nous rappeler qu’ils ont tout de même un « goût amer ». En effet, depuis les émeutes racistes et sanglantes qui ont eu lieu à El Ejido (Espagne) en février 2000, personne ne peut feindre d’ignorer le sort dramatique fait aux saisonniers étrangers, déclarés ou non, qui tendent à incarner la figure du soutier du XXIe siècle, subissant des conditions d’exploitation inhumaines qui n’ont pas grand-chose à envier aux récits zoliens. C’est l’autre facette de l’Andalousie, région de mythes et de légendes : l’Alhambra ressemblerait davantage ici à Alcatraz, à un « apartheid sous plastique » , où des milliers de bras étrangers, femmes et hommes, ramassent nos fruits et légumes pour une bouchée de pain, sous des serres surchauffées, au profit des nouveaux managers européens de l’agriculture intensive.
Mais l’"enfer andalou" ne se limite pas au sud de l’Espagne. Un peu partout en Europe — et ce depuis de très nombreuses années — les grands propriétaires opèrent des recrutements massifs de main-d’œuvre étrangère bon marché, dont le statut de "saisonnier", en partie fictif, n’a d’autre but que de les maintenir dans une situation de dépendance totale à l’égard de patrons peu scrupuleux. La France n’est pas en reste, et les sages de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) ont eu à se prononcer récemment sur de nombreux abus .

 

 

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Sommaire de Migrations-Société Vol. 22 - n°129-130 " Mineur isolé étranger : une nouvelle figure de l’altérité " en téléchargement

Le discours idéologique républicain a anesthésié toute culture de la révolte

Rares les entretiens qui mijotent autant avant qu’on ne les publie. En avril dernier, on rencontrait Alèssi Dell’Umbria chez lui, en son repère marseillais. Depuis, le texte fait des aller-retours, bourgeonne : révolte de 2005, tropismes marseillais, banlieues qui craquent... L’auteur (entre autres) d’une belle Histoire universelle de la cité phocéenne ne mâche pas ses mots.

1ère partie : Le discours idéologique républicain a anesthésié toute culture de la révolte

Aux grands maux les grands remèdes. Intarissable et passionnant, Alèssi Dell’Umbria, auteur de C’est de la Racaille ? Eh bien, j’en suis !, poursuit ici le fil de ses réflexions sur la saine colère et la juste révolte, les artifices étatiques et le (toujours plus) malsain ordre des choses. Les cocktails Molotov se confectionnent aussi avec des mots…

2ème partie : Patience, ils sont tous en train de se tirer une balle dans le pied

 

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Marseille ou l’Orient à domicile !

Molière fait se lamenter le bon père de famille : « Mais qu’allait-il faire dans cette galère ! » Combien sont-ils, depuis des lustres, à avoir franchi la porte d’Orient dans les deux sens, allers et retours ?

C’est dire si le Turc, le Sarrasin, le Maure et le Barbaresque nous posent problème depuis longtemps. Notre imaginaire, nos fantasmes et la peur de l’Autre se sont construits sur une histoire plus fausse que la vraie, nourrie par les voyageurs et les marchands des deux rives, par la littérature (Pierre Loti et Gérard de Nerval, surtout) et les peintres orientalistes et locaux (regardez le tableau d’Horace Vernet : sur le port de Marseille, il y a autant de calots que de turbans !) – et aussi par les souvenirs des officiers des affaires indigènes, des militaires des guerres coloniales, des « rapatriés », des « pieds-noirs » d’origine italienne, maltaise, espagnole, des juifs maghrébins, des Vietnamiens, des Comoriens, citoyens français polygames, des Sénégalais et des enfants issus de l’émigration de la énième génération…

Marseille s’est enrichie de tout ce commerce, y compris des transports des personnes. Mais elle a subi également les effets psycho-pathologiques de l’effondrement de l’Empire colonial. Aussi, bien que multiculturelle et très diversifiée ethniquement, la ville (la société civile et la population : pas la mairie !) semble souffrir de la visibilité de l’Islam et manifeste quelques difficultés à digérer (alors qu’elle les gère plutôt bien) certains aspects des drames de la décolonisation, depuis le génocide arménien jusqu’à la guerre d’Algérie. Or, en dépit de plusieurs siècles de relations avec le monde musulman, et en dépit du progrès des sciences sociales et de la communication, de l’ouverture des archives et des travaux des savants, les historiens ont le plus grand mal a rectifier cette image négative.

Article en ligne et en téléchargement sur le site Cairn.info

Site de la revue la Pensée de midi

 

Pour le Malien (Une vie = une vie)

Il n’a pour nous ni nom, ni visage, ni femme ni enfants, ni frères ni sœurs, ni père ni mère, ni ami-e-s en deuil. Les premières dépêches l’ont appelé « un Malien », les suivantes l’ont appelé « le Malien ». Certains journalistes l’ont ensuite appelé, encore plus salement, « le forcené », parce que son « gabarit » – seule information à laquelle nous avons eu droit – était « impressionnant », dixit la sacro-sainte « source policière », et parce qu’avec un marteau il avait « blessé légèrement » quatre policiers qui tentaient, à coups de gaz et de décharges électriques, de le « neutraliser » – c’est comme ça qu’on parle dans la France de 2010.

Article et chanson du MAP sur le site Les mots sont importants

Le Malien, comme nous devons l’appeler, comme il a été décidé que nous devions l’appeler, est mort le mardi 30 novembre 2010 à l’âge de 38 ans, « à la suite d’une interpellation policière ». Plus précisément, on nous dit que la police cherchait à l’interpeller, au départ, pour une altercation avec un voisin, puis qu’il s’est avéré, circonstance aggravante, être un sans-papiers sous le coup d’un « arrêté de reconduite à la frontière ».

Le « forcené » risquait donc, tout bonnement, l’expulsion forcée – et par conséquent, en voulant à tout prix échapper à la police, et en n’hésitant pas pour cela à blesser légèrement quatre policiers, il n’a eu qu’une réaction parfaitement humaine et compréhensible, que chacun-e d’entre nous aurions pu avoir à sa place.

Cela, personne ne l’a souligné, ni dans les brèves dépêches qui ont « couvert l’événement », ni dans les quelques « réactions politiques » que ledit événement a suscitées. Trois jours ont passé et le débat est clos. Le Malien est aux oubliettes. Tout au plus une partie de la gauche – grosso modo celle qui est à la gauche du Parti socialiste – demande une enquête, voire un moratoire, sur les effets du « taser », dont les décharges de 50000 volts sont peut-être bien pour quelque chose dans la mort brutale d’un homme qu’on nous décrit par ailleurs comme robuste. Fidèles à une longue tradition, les syndicats policiers plaident sans le moindre fondement la « légitime défense » tandis que les plus hautes autorités de l’État – en la personne du ministre Brice Hortefeux – couvrent l’homicide en nous expliquant qu’il n’y avait pas d’alternative, sinon « les armes à feu ».

Quant à la Justice, par la voix du procureur chargé de l’enquête, elle nous dit prudemment qu’aucune « conclusion définitive » ne peut être tirée quant à l’origine du décès, même si l’autopsie tend à privilégier l’hypothèse d’une mort par « asphyxie », liée à l’absorption massive de gaz lacrymogènes et attestée par des traces de sang dans les poumons du défunt.

L’événement ne pose en somme pas d’autre question que celle, purement technique, des modalités les plus adéquates d’une mise à mort : vaut-il mieux gazer, électrocuter ou simplement abattre, à l’ancienne, ces « Maliens forcenés » qui vont jusqu’à « blesser légèrement » des policiers pour échapper à une expulsion ?

La question qui n’est pas posée, même par celles et ceux qui ont raison d’appeler à l’arrêt de l’usage des « tasers », est celle beaucoup plus vaste, profonde et ancienne, de la violence policière, plus précisément du permis de tuer hors légitime défense dont bénéficient de facto les policiers, du permis de tuer une certaine population en tout cas , et des politiques étatiques qui rendent ces homicides non seulement possibles, mais plus que cela : nécessaires [1]. Il est évident en effet que le taser est une invention abjecte, et il est peu douteux, même s’il s’avérait que c’est l’asphyxie qui au final « a entraîné la mort », que l’usage dudit taser n’a rien arrangé, mais ce n’est pas la première fois que la police, avec ou sans armes, tue un sans-papiers, un immigré ou un « jeune de cité », en essayant de le « neutraliser ». Et si ces mises à mort engagent la responsabilité individuelle de chaque agent qui accepte d’honorer à ce prix les missions qu’on lui confie, elles engagent aussi, et il serait bon d’en parler, les ministres qui conçoivent lesdites missions et font, du « chiffre » en général et en particulier de l’« objectif chiffré » de « 25000 reconduites à la frontières par an », un impératif catégorique au regard duquel la vie humaine – ou en tout cas malienne – ne vaut pas grand chose.

Si tel n’était pas le cas, si une vie malienne valait une vie bien française et bien blanche, il serait évident pour tout le monde que, face à un sans-papiers fuyant une expulsion – autrement dit : un homme désarmé ne mettant en danger la vie de personne – l’alternative aux décharges électriques de 50000 volts n’est ni l’arme à feu, ni l’asphyxie par le gaz, ni (comme ce fut le cas pour d’autres « bavures ») l’étranglement. Il serait évident qu’en ces circonstances, des « gardiens de la paix » dignes de ce nom, dans une « démocratie » digne de ce nom, n’ont rien de mieux à faire que de le laisser s’enfuir. Si cet « abandon », cette « abdication », ce « laxisme » vous choque, s’il vous indispose plus que la possibilité – maintes fois actualisée – d’une mort d’homme, c’est bel et bien que la chasse aux sans-papiers est devenue un impératif catégorique, une fin qui justifie tous les moyens, et que cette mort d’homme ne vaut pas d’autres morts d’homme – ou, pour le dire autrement, que cet homme ne vaut pas d’autres hommes, ne vaut pas non plus le chien ou le chat dont la mort nous désole, ne vaut en fait à peu près rien.

Ces mots offensent, je le sais d’expérience. Comme je sais d’expérience, même si j’ai beaucoup de mal à le comprendre, que même à gauche j’offense beaucoup de monde si je conclus qu’il y a un racisme d’État et que ce racisme est meurtrier, et si je précise que la police exécute, que l’État commandite et qu’il y a trois jours, un homme a été tué soit par gazage soit par électrocution, soit les deux. Ces mots tellement « excessifs » et « inacceptables » vont indigner, scandaliser, révolter des gens que n’a pas vraiment indignés, scandalisés, révoltés la mort « du Malien », et qui n’ont pas jugé « inacceptables » les mots « neutraliser », « forcené » ou « légitime défense », et cette hiérarchie des indignations résume à elle seule la barbarie dans laquelle s’enfoncent nos pays « civilisés ».

De cette mise à mort barbare tout juste déplorée le mardi 30 novembre à 20H20 et oubliée dès le lendemain, il importe donc de se souvenir. Il importe de rappeler que ce n’est pas d’un « forcené malien » qu’il s’agit mais d’un homme, qui n’était pas que malien et qui n’était pas du tout « un forcené ». Qu’il n’a pas été « neutralisé » mais tué. Qu’il n’est pas « mort d’asphyxie » mais a été gazé et électrocuté. Que le coupable ne se nomme ni « Pas de chance » ni « Taser » mais Police nationale, Hortefeux, Sarkozy, et surtout « Maîtrise des flux migratoires ». Que sont en cause non seulement « 50000 volts » mais aussi « 25000 reconduites à la frontière ». Que ce n’est pas un « fait divers » mais une affaire d’État.

Il faudra du temps et des luttes pour imposer ces mots, rétablir cette vérité, rendre justice. Dans l’immédiat, que repose en paix le Malien sans nom et sans visage, et à ses parents et ami-e-s sans existence médiatique, toutes nos condoléances.

Pierre Tévanian

Relégation urbaine, stigmatisation scolaire : un enchaînement inextricable

En octobre 2010, à l’initiative de la revue Diversité, un séminaire se tenait au siège de la Délégation à la politique de la ville et à l’insertion sociale de la Ville de Paris. L’intitulé de ce séminaire laissait toutefois quelque peu perplexe, « La ville et l’école : les conséquences de la crise ». En dépit de l’article qui la définit, en effet, on pouvait se demander de quelle crise il s’agissait.

1° partie : de la relégation urbaine à la stigmatisation scolaire

D’un côté, l’écart, le contraste, la contradiction entre les inégalités réelles et l’égalité de principe proclamée dans les constitutions et par les institutions est devenu patent. De l’autre, les justifications traditionnelles produites par un « État social » sinon socialiste ont fait long feu : l’égalité réelle serait synonyme d’uniformité, d’inefficacité et d’atteinte à la liberté de l’individu. Une situation qui laisse la place au renouvellement du discours dominant.

2° partie : l’« égalité des chances » contre l’égalité des conditions

Présentation, bibliographie, articles et conférences en ligne de Jean-Pierre GARNIER

Les Aygalades en marchant

 

Titre : « Les Aygalades en marchant », in Marseille, revue culturelle de la ville, n° 104

Support : Revue

Lieux : XVème, Les Aygalades

Editeur(s) : Marseille, revue culturelle de la ville

Date : 2001

Localisation : Bibliothèque de l’Alcazar, cote 905 mars mars

Accès : Consultation sur place

Cachez ces réfugiés que je ne saurais voir ! La messe serait-elle dité ?

Le 20 juin dernier, à l’initiative du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), pour la treizième année consécutive a été célébrée la journée mondiale du réfugié. En cette année 2013, le HCR a choisi comme slogan pour la campagne accompagnant l’événement la phrase « Une seule famille déchirée par la guerre, c’est déjà trop » et a lancé un appel aux dons dans lequel on peut lire : « Prenez une minute pour venir en aide à une famille déracinée. En une minute, une famille peut être déchirée par la guerre, un enfant peut être séparé de ses parents, une vie de travail peut être réduite à néant. Pourtant, en une minute, nous pouvons également agir — par le regroupement familial, la protection de l’enfance, la fourniture d’un abri ».
Moins d’un mois avant, du 22 au 24 mai, s’était déroulée à Rome la vingtième session plénière du Conseil pontifical de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes, laquelle avait pour thème « La préoccupation pastorale de l’Eglise dans le contexte des migrations forcées ». Les participants se sont penchés sur le document Accueillir Jésus-Christ dans les réfugiés et les personnes déracinées de force. Orientations pastorales, rendu public à cette occasion sous la double signature de ce même Conseil pontifical et du Conseil pontifical Cor Unum, pour la promotion humaine et chrétienne.


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 25 - n°147-148 "Des jeunes comme les autres ? Vécu de la jeunesse et du devenir adulte des descendants de migrants" en téléchargement

L’indésirable rapport : pourquoi les analyses de Thierry Tuot dérangent-elles autant ?

En 2000, Thierry Tuot, conseiller d’État et ancien directeur du Fonds d’action sociale (FAS), publiait sous le pseudonyme de Jean Faber un ouvrage critique sur les politiques françaises d’inté¬gration intitulé Les indésirables : l’intégration à la française. Par ce titre fort, l’auteur entendait parler de « tous ceux qui sont perçus et désignés comme "immigrés". J’essaye de me mettre dans leur peau, et je pense qu’ils ont le sentiment d’être indésirables. On n’a pas souhaité qu’ils viennent en France, on ne souhaite pas vraiment qu’ils restent, et s’ils le font, on veut qu’ils soient le moins visibles et le moins "immigrés" possible ».
Treize ans plus tard, Thierry Tuot récidive, mais cette fois sous son vrai nom et à la demande du Premier ministre, dans un rapport intitulé La grande nation : pour une société inclusive. Le qualificatif d’"indésirable" décrivant son objet, l’immigration, semble désormais devoir s’appliquer à son auteur, ou plutôt à son œuvre, car le moins qu’on puisse dire est que son dernier rapport a reçu un accueil mitigé, voire franchement hostile, à droite comme à gauche, y compris chez ses commanditaires. Au regard des rares commentaires recensés dans la presse et les médias audiovisuels, le rapport Tuot dérange, au point d’avoir suscité une forme de "consensus du silence" consistant à ne plus en parler. D’aucuns diront que c’est le sort naturel réservé à tous les rapports officiels : annoncés en grande pompe, ils finissent toujours au fond des tiroirs des ministères ou servent à caler les bureaux des hauts fonctionnaires.
Le rapport a bien sûr déclenché les foudres de l’extrême droite radicale et parlementaire présentant Thierry Tuot sous les traits d’un « islamophile » et d’un« immigmtionniste » qui chercherait à détruire la France en favorisant l’importation du « virus immigré ». Le site d’extrême droite Euro-Reconquista a même orchestré sur internet une campagne de menaces et d’intimidations à l’encontre du conseiller d’État.


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 25 - n°146 "Droit de vote des étrangers. Où en sommes nous ?" en téléchargement

Immigration, nationalisté, solidarité : l’Église a-t-elle encore quelque chose à dire ?

 Les 18 et 19 janvier, le CIEMI organisait au Collège des Ber­nardins à Paris un colloque intitulé Les catholiques et les migrations : histoire, actualité, perspectives, en présence d’universitaires, de politiques, de responsables de l’Église catholique et de représen­tants des principaux cultes présents en France (protestant, ortho­doxe, musulman, juif et bouddhiste). Au-delà du succès incontestable de ce colloque qui a réuni plus de 200 auditeurs appartenant majori­tairement aux réseaux associatifs chrétiens - catholiques en par­ticulier - au-delà de la richesse des analyses et de la densité des débats, l’on peut légitimement se demander si le thème n’apparaissait pas décalé, voire poussiéreux, sur un sujet hautement polémique dont l’essentiel des enjeux se déroule désormais au sein des arènes institu­tionnelles (gouvernement, Parlement, administration, etc.), politiques (partis et clubs) et associatives laïques (organisations sécularistes œuvrant dans le domaine des migrations).


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 25 - n°145 "Les migrations au regard des récits de vie" en téléchargement

Une réforme, encore une : l’asile entre principes et pratiques

Une nouvelle modification de la législation relative au droit d’asile se profile à l’horizon .
S’il est vrai que tous ceux qui s’intéressent à la question considèrent que le système d’asile a besoin d’être réformé, les raisons de ce constat et les propositions qui en découlent ne sont pas les mêmes pour tous.
Nous ne reviendrons pas ici sur tous les "dysfonctionnements" - contentons-nous de cet euphémisme - qui minent l’exercice du droit d’asile en France (et plus généralement en Europe) depuis plus de 30 ans. Le sujet a maintes fois fait l’objet d’analyses approfondies dans les pages de notre revue, et nous nous permettons de renvoyer le lecteur à ces divers textes, certains anciens, d’autres récents, mais tous toujours pertinents, ainsi qu’aux textes de référence qu’ils répertorient .
Nous voudrions seulement attirer l’attention sur les dangers qui se profilent à l’horizon après la lecture du rapport supposé devoir servir de base au projet de loi visant à la modification de la législation française sur l’asile .

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Sommaire de Migrations-Société Vol. 26 - n°151 "Ecrans et migration maghrébine en France depuis les années 1960" en téléchargement

Le culte et le bâton : l’étonnante continuité ministérielle dans la gestion du culte musulman

S’il y a un mot qui revient sur toutes les lèvres pour qualifier les premiers pas de Manuel Valls au sein de son ministère, c’est sûrement celui de continuité. Car, en effet, le nouveau ministre de l’Intérieur, en dépit de quelques mesures emblématiques saluées par les organisations des droits de l’homme et les associations de soutien aux travailleurs immigrés, paraît rester fidèle à la doctrine de l’humanisme sécuritaire, marque de fabrique des gouvernements français, de droite comme de gauche, depuis plus d’une vingtaine d’années : réprimer les uns pour faire le bonheur des autres. Le ministre l’a d’ailleurs lui-même théorisé par une formule qui semble tout droit sortie de l’imagination d’un stratège d’une agence de communication : « fermeté et humanisme », tel un slogan de campagne électorale pour un homme dont les ambitions politiques ne s’arrêtent probablement pas aux grilles en fer forgé de l’Hôtel Beauvau, si monumentales soient-elles.


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 24 - n°143 "Du Maroc à Bahreïn, des migrations en zones de Turbulences" en téléchargement

L’Estaque ou les dernières joutes marseillaises

 

Titre : L’Estaque ou les dernières joutes marseillaises

Support : Article de revue

Resumé : La joute sur mer est une tradition marseillaise ancienne. Aujourd’hui, seul le petit port de l’Estaque la poursuit et attire connaisseurs, amateurs et curieux par milliers.

Thèmes : Traditions

Lieux : Estaque

Descriptif technique : Article de la revue culturelle de la ville de Marseille n° 231 de décembre 2010 "Traditions"

Auteur(s) : Michel METENIER

Editeur(s) : Direction de la Communication et des relations publiques Ville de Marseille

Date : 2010

Public : Adultes

Localisation : Bibliothèque de Saint André

Accès : Prêt

Avec vous, mais pas chez nous !

Depuis le début des événements dramatiques qui secouent la Syrie et qui ont fait à ce jour près de 100 000 morts et plusieurs centaines de milliers de blessés, la France officielle se présente volontiers comme la protectrice des populations civiles, arguant de ses liens historiques avec la société locale. En tant qu’ancienne puissance mandataire (1920-1946), elle se sent investie d’une mission quasi prophétique vis-à-vis d’un peuple qui, même s’il n’est plus que marginalement francophone (l’usage du français a quasiment disparu au sein de la population syrienne), reste assez largement francophile en raison des positions prises par Paris dans les différents conflits régionaux, apparaissant ainsi comme un contre-feu aux entreprises géopolitiques " américano-israéliennes".
En juin 2000, Jacques Chirac avait été le seul chef d’État "occidental" à se rendre aux obsèques de Hafez Al-Assad, assistant en direct à sa succession héréditaire par son fils Bachar, ce qui avait été parfois interprété comme une caution française à la "continuité dictatoriale". Si ce capital de confiance dont jouit la France lui a surtout permis de normaliser ses relations diplomatiques avec le régime baasiste, Bachar Al-Assad ayant été reçu en grande pompe à Paris, en juillet 2008, par Nicolas Sarkozy, depuis le début du "soulèvement populaire" (printemps 2011) ce capital de confiance a aussi constitué un atout majeur dans le rapprochement entre le quai d’Orsay et les différentes factions de l’opposition syrienne, et notamment le Conseil national syrien (CNS) et sa branche armée, l’Armée libre syrienne (ALS). De ce fait, les attentes à l’égard de la France sont particulièrement importantes dans certaines franges de la population syrienne qui voient en elle non seulement un allié précieux face à la répression sanguinaire exercée par le régime, mais aussi une possible terre d’accueil pour les nombreux réfugiés.


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 25 - n°149 "Migrations chinoises internes et internationales" en téléchargement

Révolutions et migrations : faut-il avoir peur des démocraties arabes ?

L’accueil réservé aux révolutions tunisienne et égyptienne par les médias, les leaders d’opinion et les politiques européens est symptomatique d’un regard profondément ambivalent sur le monde arabe. À l’euphorie des premiers jours face aux scènes de liesse de la « rue arabe » (représentation orientaliste par excellence) et aux revendications démocratiques des manifestants, accompagnant la chute des dictateurs Zine El Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak, ont très vite succédé des interrogations angoissées, révélatrices d’un rapport anxiogène à cette partie du monde.

La fin des dictatures ne va-t-elle pas libérer les pulsions destructrices des forces obscurantistes in­carnées par les islamistes ? La déstabilisation des systèmes politiques de la rive sud de la Méditerranée, certes « autoritaires », mais ô combien « efficaces », ne risque-t-elle pas d’entraîner un déferlement de « hordes de clandestins » sur nos côtes européennes ? C’est presque à se demander si certains gouvernants européens ne regrettent pas aujourd’hui la figure du « despote éclairé », dont Moncef Marzouki a pourtant montré, dans un ouvrage au titre prémonitoire, qu’elle n’existait que dans l’imaginaire de certaines de nos élites occidentales : « L’ineptie occidentale est telle qu’elle continue à analyser la situation de sociétés complexes, qui ont déjà arraché le droit à l’auto-organisation et à la liberté d’expression [...] avec les œillères du mépris des anciens colonisa­teurs. C’est avec ces représentations surannées qu’ils construisent des poli­tiques et prétendent bâtir des stratégies pour le futur  ».


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 23 - n°134-135 « Immigration en Catalogne : politiques et société » en téléchargementRetour ligne manuel

Carton rouge au « black-blanc-beur »

Hourra ! En battant l’équipe nationale d’Ukraine par trois buts à zéro, les "Blacks-Blancs-Beurs" viennent d’assurer la qualification de la France pour la phase finale de la Coupe du monde de football qui se déroulera en 2014 au Brésil. Quel beau symbole de voir cette équipe multicolore défendre les couleurs nationales au cœur du pays qui est lui-même considéré comme l’emblème international du multiculturalisme et du métissage ! Telle est l’image idyllique que d’aucuns auraient aimé promouvoir au lendemain de la victoire des Bleus, comme pour mieux se rassurer sur les vertus et les performances de notre "modèle français d’intégration" tant décrié aujourd’hui.
Nous voilà rassurés : les footballeurs "sauvageons" et "voyous" d’hier (ceux de la Coupe du monde de 2010 et de l’Euro 2012) sont réhabilités par les gardiens du temple de l’identité française pour leur capacité à rentrer dans le rang et faire "corps national", démentant ainsi les pronostics de ceux qui les considéraient comme "irrécupérables", tristes produits d’une société française à la dérive, travaillée par le vers de l’individualisme prébendier et du communautarisme larvé. Pourtant, contrairement aux attentes, les chantres du "modèle français d’intégration" se sont fait plutôt discrets, et la grande messe multiculturelle de 1998 n’a pas été rééditée en 2013, probablement par prudence sportive (il est vrai que le match France-Ukraine ne constituait qu’une simple étape de qualification et non une victoire finale), mais aussi parce que le mythe performatif d’une équipe "Black-Blanc-Beur" a perdu sa magie mobilisatrice. A priori, l’on pourrait se satisfaire de ce reflux des tentatives d’instrumen-talisation politique et idéologique d’un événement sportif à des fins de « réassurance nationale » : le sport investi d’une fonction d’intégration sociale, promu comme « morale en acte » et considéré comme vecteur de consensus national (« faire France »).


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 25 - n°150 "Mariages et migrations : l’amour et ses frontières" en téléchargement

Chrétiens d’Orient, musulmans d’Occident : du devoir de solidarité à la critique salvatrice des “puristes” de l’identité.

 

Le 4 janvier 2011, le journal Le Monde publiait à sa une les résultats d’un sondage réalisé par l’Institut français d’opinion publique (IFOP), avec un titre alarmiste : « Islam et intégration : le constat d’échec franco-allemand ». Selon ce sondage, 68 % des Français estiment que les musulmans « ne sont pas bien intégrés dans leur société » et 42 % considèrent la présence d’une communauté musulmane « plutôt comme une menace » pour l’identité du pays. Nous ne reviendrons pas sur les interprétations biaisées de ce sondage, dont nous avons montré qu’il enregistrait moins l’intégration objective desdits “musulmans” aux sociétés européennes que les représentations majoritaires à leur égard qui, elles-mêmes, étaient souvent influencées par des questions binaires, appelant des réponses tranchées et caricaturales. À cela s’ajoute, bien sûr, le climat anxiogène suscité par le contexte international marqué par une recrudescence des actions terroristes conduites par des groupuscules radicaux se réclamant de l’islam politique, visant notamment les minorités chrétiennes, perçues à tort comme des “greffes occidentales” dans un univers musulman.

 

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Sommaire de Migrations-Société Vol. 23 - n°133 "Migrations, racismes, résistances" en téléchargement

Les Vikings et les Coréens menacent-ils l’identité française ?

La mise en suspicion de la "francité" d’un certain nombre de nos concitoyens est devenue un sport national chez les "élites" françaises , notamment en cette période pré-électorale. Il est vrai que le "Tribunal de l’identité", si souvent convoqué par des personnalités de droite et d’extrême droite, parfois de gauche, fait figure de juridiction d’exception. Oui, mais une exception de plus en plus récurrente dans le débat public au regard de l’inflation des déclarations anxieuses et anxiogènes qui prétendent traquer les "déviants" et les "délinquants" de l’identité française. Une parole de trop, un geste mal interprété ou tout simplement une origine nationale ou une appartenance religieuse supposée "suspecte", et les foudres des procureurs-inquisiteurs de l’identité nationale viennent s’abattre sur vous.
Jusqu’à présent, ce sont surtout les Français issus des migrations postcoloniales qui étaient sur le banc des accusés : leur arabité, leur maghrébinité, leur africanité, leur "noircité", leur islamité, etc., sont régulièrement mises en accusation, à un tel point que l’on a tendance à les considérer comme les uniques boucs-émissaires de la xénophobie hexagonale.


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Sommaire de Migrations Société, Vol. 23 - n°137 "Migrations et sport : des mémoires en "mouvements" en téléchargement

Il y a le monde, et il y a les indésirables au monde

" Ce que le mouvement associatif appelle la guerre aux migrants est, du côté des pouvoirs publics, enrobé dans le langage de la sécurité et de l’humanitaire, ce sont les deux postures privilégiées du monde occidental en la matière. Il émerge également une forme de langage hygiéniste, qui relève du champ sécuritaire et qu’on trouvait déjà dans le regard et la gestion coloniaux des populations et des espaces. Sa finalité est simple, celle de délivrer un message : il ne faudrait pas souiller notre monde par une simple présence d’étranger indésirable. Comme si l’on faisait face à une humanité inférieure, un peu moins humaine...

Notre société a beau agiter les termes de pluralité et de diversité culturelle, il semble que l’on ne considère plus automatiquement un être humain comme faisant partie de l’humanité. C’est la contrepartie d’une vision identitaire et stéréotypée de l’humain, un humain « correct » en quelque sorte, dans un « monde » tout aussi unique et correct, une représentation homogène du monde et de la personne qui « produit » intellectuellement un reste. "

Entretien en ligne sur le site Article XI

Présentation et bibliographie de Michel Agier sur le site du CEAf/EHESS

 

Simone Weil et la question de l’éducation ouvrière

Nombreuses sont les études qui interrogent la dimension pédagogique de la pensée de Simone Weil. La question éducative y apparaît en effet si ce n’est centrale, du moins transversale. Elle se prolonge et résiste tout au long d’une œuvre pourtant marquée par des renoncements et des revirements, et ce, jusqu’aux ultimes lignes tracées quelques temps avant sa mort, saisissante synthèse de ses multiples engagements : « Enseigner ce que c’est que connaître (au sens scientifique). » L’éducation, pour elle, n’a jamais été un pur sujet de spéculation. C’est une pratique concrète qu’elle a expérimentée personnellement : au sein de l’institution – même si ce fut de manière brève et chaotique (à peine plus de quatre années, du fait de ses nombreux problèmes de santé) – mais aussi en tant que militante syndicaliste, dans les cercles d’études et les universités ouvrières.

Article et bibliographie en ligne / téléchargement sur le site de N’Autre École
 

Countourner ou affronter ? Quelle question !

Septembre 2012 : deux sondages d’opinion relatifs au droit de vote des étrangers non ressortissants d’un pays de l’Union européenne annoncent un « renversement de tendance » au sein de l’ « opinion publique » française, une majorité de plus de 60 % des sondés se prononçant négativement dans les deux cas, alors qu’un sondage d’octobre 2011 avait conduit La Lettre de la citoyenneté à titrer « Les Français plus que jamais favorables au droit de vote des étrangers », le pourcentage des sondés favorables à ce droit s’élevant alors à 59%. Deux mois après, alors que la campagne en vue de l’élection prési¬dentielle démarrait, un nouveau sondage avait confirmé la tendance avec un pourcentage quelque peu inférieur (55 %).
Au-delà de la prudence que requiert le maniement des sondages et indépendamment des différences de formulation des questions posées dans les divers sondages cités, il semblerait que l’"opinion publique", telle qu’elle est reflétée par cette sorte d’enquêtes, se soit retournée en un laps de temps relativement court, alors que les ré¬sultats de même nature depuis de longues années indiquaient une tendance à la hausse, malgré quelques baisses conjoncturelles qui paraissent être corrélées à des attentats terroristes (New York en 2001, Madrid en 2004).

 Édito complet en téléchargement

Sommaire de Migrations-Société Vol. 24 - n°144 "Migrations ouest-africaines en Côte d’Ivoire" en téléchargement

Colère Vérité et Puissance, à l’école aussi !

Dans certains milieux, à l’école ou ailleurs, quand on parle « mixité sociale », « partage », les mots « pauvres – riches », on ne les aime pas. Creuser la question de qui n’aime pas et pourquoi serait, sans doute, très intéressant.
Mais encore plus intéressant est de se demander comment il se fait qu’aujourd’hui les mots pauvres, précarisés, fragilisés, défavorisés, démunis, allocataires sociaux sont tellement présents. Alors que classes sociales, condition et position de classe, conscience de classe, rapports de classes, rapports de force, dominants, dominés, classe ouvrière, laborieuse (même si aujourd’hui labeur rime avec pertes d’emploi et débrouille) et lutte de classes ont quasiment disparu du vocabulaire courant. Ces outils de pensée qui sont utiles pour une lecture sociologique, en termes de rapports sociaux, ne sont ni diaboliques ni obsolètes. Pourquoi ne s’en sert-on plus ?

Carte blanche sur le site de CGé, mouvement socio-pédagogique belge

 

Les approches interculturelles dans le système scolaire français : vers une ouverture de la forme scolaire à la pluralité culturelle ?

" Alors que l’école française visait à inculquer les valeurs républicaines et un savoir basé sur le rationalisme, elle a tenté d’assumer un rôle d’insertion professionnelle, puis constatant son incapacité à tenir celui-ci, elle est revenue à sa fonction première : amener chaque enfant à devenir un citoyen porteur d’une culture fondée sur des valeurs communes. Les questions de citoyenneté et de laïcité réapparaissent dans les politiques éducatives. L’achèvement de la période « industrielle » et l’installation durable des immigrés vont favoriser des réflexions sur le pluralisme et une société française différente. Le modèle républicain de l’institution scolaire va être mis à l’épreuve par des mesures parfois contradictoires et souvent assez limitées qui relèvent, dans une certaine mesure, de l’éducation interculturelle. "

Article en texte intégral sur le site de la revue Socio-logos (Revues.org)

Plan

  • L’intégration des élèves immigrants : dérives essentialistes et stigmatisation
  • Vers une ouverture de l’éducation interculturelle à l’ensemble des élèves et une reconnaissance de la diversité culturelle ?
  • Les risques de la marginalisation ou de la reconnaissance des cultures minoritaires
  • L’indifférence aux différences et la discrimination positive
  • De la question immigrée à l’éducation à la citoyenneté

Migrants à l’écran... Notes sur deux éléments d’un dispositif de lutte pour la reconnaissance

" Des migrants tenus en laisse par des policiers dans un sketch à la télé. Un jeune Afghan qui tente de traverser la Manche à la nage dans un film au cinéma. Les migrants, le plus souvent socialement invisibles, semblent plus visibles que jamais sur nos écrans.

D’où vient alors cet intérêt médiatique ? Et surtout quel en est l’impact social ? Quel lien existe-t-il entre tel ou tel emballement médiatique et le mouvement de « lutte pour la reconnaissance » des migrants dans notre société ? "

Article en texte intégral sur le site de Contretemps

 

Le « modèle français » d’immigration

" Puisque TF1 a omis d’en parler, je livre en exclusivité aux lecteurs de ce blog, le texte de l’intervention que j’ai faite à la séance de clôture de l’audit sur la politique d’immigration, d’intégration et de codéveloppement organisée par plusieurs parlementaires et par les membres de l’association « Cette France-là » "

 « Vous m’avez demandé de participer à cette audition consacrée à la question de l’immigration en me posant deux grandes questions : Comment s’est construit le clivage entre nationaux et étrangers en France ? Comment s’articule la construction du « modèle républicain d’intégration » et l’émergence de l’Etat Nation ?

 Pour tenter d’y répondre, je dois commencer par préciser que le clivage entre nationaux et étrangers s’enracine dans un clivage plus fondamental et plus général, fondé sur l’opposition entre « eux » et « nous », clivage que l’on rencontre dans toutes les sociétés et à toutes les époques de l’histoire. Ce qui a changé au cours du temps, ce sont les formes prises par ce clivage et aussi le fait qu’à partir du XVIIIe siècle, il ait été dénoncé au nom de la raison et de l’universalité de la condition humaine.

  Les grandes lignes du « modèle républicain », si tant est que cette expression ait un sens, ont été fixées dès le début de la Révolution française, comme une mise en œuvre contradictoire de la philosophie des Lumières. Cette contradiction apparait clairement dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Dans la logique républicaine en effet, la citoyenneté se définit comme participation à la vie de l’Etat national. Par conséquent, l’étranger ne peut pas avoir les mêmes droits politiques que le citoyen, ce qui contredit l’article 1er de la Déclaration stipulant que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». C’est cette contradiction fondatrice qui explique qu’aujourd’hui encore des discours les plus opposés sur l’immigration puissent se réclamer des « valeurs républicaines », les uns privilégiant la sécurité des citoyens et les autres l’universalité des droits de l’homme.

Texte intégral de l’intervention sur le blog de Gérard Noiriel

 

Il existe déjà un code de la laïcité

Depuis 2004, on n’entend plus parler que de laïcité. Les groupes féministes qui ont l’oreille des médias la mettent au centre de leurs revendications. Les manifestations du 8 mars défilent, depuis 2004, derrière des banderoles proclamant « laïcité ». Or, ceci qui est devenu banal, est pourtant nouveau, remonte à quelques sept ans tout au plus. Avant 2004, la laïcité était inconnue du vocabulaire féministe, et à vrai dire, du vocabulaire politique en général. Aujourd’hui elle est centrale, elle fait partie des « éléments de langage » obligés de tous les partis, UMP, PS, Front National. Pourquoi ?

Pourquoi sinon parce qu’elle a été l’arme, l’excuse invoquée pour mettre les Musulmanes au ban de la nation ?

C’est que c’est en son nom qu’a été menée la bataille pour voter la loi de 2004 contre le foulard « islamique ». Puis celle de 2010 contre la « burqa ». Au nom de laïcité et du « droit des femmes ». Car les deux sont aujourd’hui tenus pour synonymes. Les mêmes féministes qui scandaient en 1970 « Pas de libération des femmes sans révolution » scandent aujourd’hui : « pas de droit des femmes sans laïcité ».

Article en texte intégral sur le site Contretemps

Christine Delphy est sociologue, directrice de publication de Nouvelles Questions Féministes et l’auteur notamment de L’Ennemi principal, Économie politique du patriarcat (Syllepse, 1998) et Classer, dominer, Qui sont les "autres" ? (La Fabrique, 2008)

 

Traîtres à la Nation ?

Knysna le retour. Après le choc, voici -peut-être- venu le temps de la réflexion et de relativiser ce qui s’est produit. Ou tout du moins de comprendre comment le banal crash d’une équipe moyenne, peu motivée et sans inspiration, dont seul l’entraîneur abandonné au milieu du naufrage a suscité un vague intérêt, a pu traumatiser un pays et surtout sa classe politique, dans une sorte de prémisse footballistique à l’actuelle vague Marine qui submerge la France.

Stéphane Beaud, sociologue, enseignant à l’Ecole normale supérieure (ENS), auteur de nombreux ouvrages sur la classe ouvrière, a donc saisi la plume pour relever le gant. Car nous sommes plus proches de “La sociologie est un sport de combat” de Pierre Carles que du docu “Les yeux dans les bleus”. Et sans surprise, c’est l’ensemble du corps social qu’il ausculte, notamment une certaine représentation de la jeunesse issue des quartiers populaires et/ou de l’immigration qui s’est cristallisée à ce moment précis et de manière particulièrement violente. Extension du domaine de la discrimination ?

Interview par Nicolas Kssis-Martov sur le site du mensuel SoFoot

Voir également le blog Never trust a marxist in football !

Traîtres à la nation ?
Stéphane Beaud et Philippe Guimard
La Découverte, mars 2011
18 €

Journée du 8 mars : Christine, Kim, Aïcha ... mêmes coups, mêmes combats ?

Tel un rituel républicain, la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars s’est progressivement imposée comme un événement majeur de notre vie publique hexagonale, combinant logiques commémorative, festive et revendicative. En même temps, ce processus d’officialisation du 8 mars - dont l’origine est déjà ambivalente si l’on en croit les historiennes du féminisme - a entraîné un "dessèchement" de sa tonalité contes-tataire et subversive au profit d’une institutionnalisation et d’une médiatisation, en partie déconnectées des mobilisations féminines "par le bas".
Force est d’admettre que la "Journée des femmes" revêt de plus en plus le registre d’un « féminisme d’Etat » , avec son cortège de discours et de commémorations en tout genre, digne parfois des organisations nationales de femmes dans les régimes tiers-mondistes à parti unique. D’ailleurs, en France, son officialisation en 1982 par la ministre des Droits de la femme, Yvette Roudy, a été loin de faire l’unanimité chez les militantes de la "cause" : « Nous auons voulu expliquer à Yvette Roudy qu’elle mettait les pieds dans un mythe, se souvient Françoise Picq, pionnière du Mouvement de libération des femmes, mais ce que l’on avait analysé du mythe convenait à Yvette Roudy : un mythe qui célébrait la lutte des femmes dans la lutte des classes » .

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Edito complet en téléchargement

Sommaire de Migrations-Société Vol. 26 - n°152 "Tsiganes, catégorisations et politiques publiques" en téléchargement

Sembene Ousmane et « La Noire de… »

C’est après trois courts-métrages qu’ Ousmane Sembène réalise en 1966 son premier long métrage, La Noire de.... Adapté d’une nouvelle de son recueil Voltaïque, et qui évoque l’expérience tragique d’une femme sénégalaise en France, cette histoire s’inspire d’un fait divers, qui s’est déroulé à Antibes en 1958. Mais le film a également une résonance autobiographique. Car Sembène résidera durant douze ans à Marseille. Il y sera docker jusqu’au jour où un grave accident de travail ne l’immobilise. C’est durant cette période d’inactivité qu’il écrit son premier roman, Le docker noir, qui est est entre autres un précieux témoignage, sur la présence, et les conditions de vie de l’immigration africaine à Marseille.(...)

Suite aux vents des décolonisations, ce que l’on appelle alors le Tiers-Monde, voit l’émergence de cinéastes qui vont venir contester l’exclusivité du regard occidental, le plus souvent incarné par l’ethnographe. Ils ont pour nom Mohammed Lakhdar-Hamina, Satyajit Ray ou encore Ousmane Sembène. Ce nouveau regard, est évoqué en 1965, dans une discussion avec Jean Rouch, et lors de laquelle Sembène explique pourquoi il n’aime pas les films ethnographiques de ce dernier : « Parce qu’on y montre, on y campe une réalité mais sans en voir l’évolution. Ce que je leur reproche, comme je le reproche aux africanistes, c’est de nous regarder comme des insectes [… ] Ce qui me déplaît dans l’ethnographie, excuse moi, c’est qu’il ne suffit pas de dire qu’un homme que l’on voit marche, il faut savoir d’où il vient, où il va ». C’est contre cette décontextualisation et la miniaturisation de cet Autre réifié, que Sembène va concentrer une partie de ses efforts.

Chronique et extraits vidéos sur le site La Rumeur Mag


La binationalité en procès : non-dits et hypocrisies d’un débat récurrent

L’affaire des quotas de "binationaux" suggérés par certains cadres de la Fédération française de football n’aura finale­ment surpris que ceux qui croyaient encore en une certaine "pureté" du champ sportif, censé être à l’abri des vents du racisme et des dis­criminations. Il est vrai que, depuis 1998 — année de l’inoubliable victoire de l’équipe de France à la Coupe du monde — d’aucuns parmi les journalistes, les politiques, mais aussi les sociologues chantaient en chœur l’exceptionnelle tolérance du milieu sportif hexagonal, pré­senté comme un "modèle d’intégration" dans une France en panne d’imagination.

Le champ sportif était ainsi érigé en véritable laboratoire sociétal de l’intégration "à la française" capable d’insuffler aux autres secteurs de la société un nouveau souffle régénérateur, où la République allait pouvoir enfin se réconcilier avec elle-même. Le sport en général et le football en particulier devinrent ainsi les symboles d’une France « ouverte à la diversité  », censés montrer l’exemple et servir de sources d’inspiration à la promotion d’un modèle de bonne gouvernance, conciliant le dynamisme néolibéral et le multiculturalisme sociétal. Il s’en est fallu de peu pour que la formule faussement généreuse « Black-Blanc-Beur » devienne la nouvelle devise de la République médiatique. Alors que, précisément, elle constituait déjà, selon nous, le symptôme patent d’une forme d’ethnicisation larvée de notre société qui n’est pas sans relation avec la "tension discriminatoire" que connaît aujourd’hui le champ sportif. L’apologie des "minorités visibles" sur les terrains de football contient en creux la stigma­tisation des "minorités nuisibles", tant les mythes politiques sont éminemment ambivalents et réversibles, comme nous l’ont appris les spécialistes de l’imaginaire national.


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Sommaire de Migrations-Société Vol. 23 - n°136 « Les états ambivalents de la cytoyenneté » en téléchargementRetour ligne manuelRetour ligne manuel

Émeutes urbaines, sentiments d’injustice, mobilisations associatives

Cet article a pour objectif l’appréhension des répertoires de mobilisations politiques des jeunes dits « des cités ». Pour cela, il faut nous intéresser aux modes de vie de ces jeunes structurés depuis plus de trente ans maintenant autour du chômage et de la précarité et des nouvelles formes de ségrégation.
Cette situation engendre chez les jeunes une certaine frustration sociale se manifestant sous la forme d’un sentiment d’injustice plus ou moins diffus.
Si les émeutes urbaines constituent le mode d’action le plus médiatique, un certain nombre de jeunes adultes originaires « des cités » réagissent à travers un ensemble d’initiatives associatives nationales et locales comme le montrent les dernières échéances électorales.

Article en ligne et téléchargement sur le site de la revue SociologieS

Plan

  • Une jeunesse populaire en voie de marginalisation politique et sociale construite comme un « ennemi intérieur »
  • Une jeunesse populaire urbaine au cœur du changement
  • Des nouvelles initiatives éparses à défaut d’une réelle capacité d’action collective
  • Conclusion

Identités et territoires : des rapports accentués en milieu urbain ?

Phénomène social, presque toujours pluriel, les identités, individuelles ou collectives, se déclinent selon un continuum : du sujet humain aux territoires de la ville. La plupart des identités affichent une composante géographique, une spatialité qui les renforce et les rend plus prégnantes. Elles s’expriment donc, souvent, par ces médiations du social et du spatial que forment les lieux, les territoires, les paysages… Ceux de la ville s’avèrent particulièrement aptes à jouer ce rôle, parce qu’ils s’imprègnent d’un sens social très puissant tenant à la forte densité humaine et mémorielle de ces espaces. En retour, les identités contribuent activement à toutes les constructions sociales d’espaces et de dispositifs urbains, réels ou sensibles.

Les formes spatiales des identités, les dimensions identitaires des espaces s’interpénètrent selon une dialectique subtile. Elles se manifestent dans les représentations sociales par le truchement de schèmes symboliques qui associent objets, lieux, œuvres, personnages et événements patrimoniaux. Si l’identité constitue une construction sociale de caractère idéologique et culturel, elle reste une structure fondamentale de l’humain et s’avère un outil politique de premier ordre.

Article sur le site de Métropoles / Revues.org

Guy Di Méo est géographe et chercheur au CNRS

École et ethnicité en France : pour une approche systémique contextualisée

L’article part d’un paradoxe français à propos de la situation scolaire des enfants d’immigrés postcoloniaux. Les travaux statistiques ne montrent pas de disparités à leur encontre dans l’éducation de base, du point de vue des trajectoires, de la réussite au baccalauréat ou encore des sanctions reçues, alors que nombre d’observations qualitatives suggèrent le contraire. Le papier rappelle les travaux récents sur la question, publiés ou inédits, en les inscrivant dans le cadre d’une approche systémique contextualisée. Il discute notamment des processus d’ethnicisation des relations pédagogiques et de leur variabilité, ainsi que de l’ethnicisation des régulations supérieures à l’établissement (en reprenant la question du marché scolaire). Pour finir, il revient sur l’approche statistique de la discrimination institutionnelle ethnique, en notant qu’il s’agit d’un phénomène genré : les garçons issus des flux migratoires postcoloniaux sont spécifiquement défavorisés, tandis que les filles sont plutôt avantagées dans l’ensemble.

Plan

  • Construction scolaire d’identités communautaires ethniques chez les élèves
  • Les professeurs et leurs lunettes ethniques
  • Quand le cadre scolaire fait obstacle à l’ethnicisation
  • Des logiques de marché multiformes ethnicisées
  • Revisiter la question de la discrimination institutionnelle ethnique

Article en ligne ou téléchargement sur le site de SociologieS / Revues.org

Dossier "Migrations, pluralisation, ethnicisation des sociétés contemporaines" préparé par Anna Krasteva, Andrea Rea et Laurence Roulleau-Berger

 

L’archétype rêvé du réfugié. Les « vrais » réfugiés d’antan versus les « faux » d’aujourd’hui

L’idée selon laquelle les étrangers qui sollicitaient l’asile jusqu’au milieu des années soixante-dix étaient de « vrais » réfugiés, à la différence des demandeurs d’asile d’après la fermeture des frontières à l’immigration de travail en 1974, est aujourd’hui largement répandue.
Contre cette idée d’un « détournement » de la procédure d’asile par les demandeurs, d’autres défendent, au contraire, celle d’un détournement de la convention de Genève par les institutions.
Dans un cas comme dans l’autre, c’est faire l’impasse sur la nature éminemment construite de la qualité de réfugié et éminemment politique de la convention.

Article en ligne sur le site du GISTI

Présentation de la revue Plein droit n°90 « Réfugiés clandestins », octobre 2011

Sommaire

Édito

 La Cour de cassation n’aime pas les enfants

Dossier — Réfugiés clandestins

  •  Révolutions arabes : des héros, mais de loin
  •  Des impasses à mourir
  •  Accueillir, protéger ou écarter les réfugiés
  •  L’archétype rêvé du réfugié
  •  Turquie : le HCR contre les réfugiés ?
  •  L’encampement du monde
  •  L’asile en Europe : une hypocrisie ?

Jurisprudence [Cahier central]

  •  Réadmissions « Dublin II », droit d’asile et droit de recours

Hors-thème

  •  Les sages capitulent
  •  Minima sociaux : nouvelle préférence nationale

Mémoire des luttes

  •  Solidarité avec les travailleurs immigrés

Ont collaboré à ce numéro : Michel Agier, Karen Akoka, Jean-Pierre Alaux, Véronique Baudet-Caille, Emmanuel Blanchard, Mathilde Blézat, Pauline Boutron, Anne-Sophie Bruno, Violaine Carrère, Jean-François Dubost, Nathalie Ferré, Patrick Henriot, Noura Kaddour, Luc Legoux, Danièle Lochak, Antoine Math, Claire Rodier, Serge Slama, Laurence Sinopoli, Alexis Spire.

9 € + 1,90 € de frais d’envoi

Ulysse Polizón

Il y a ceux qui parviennent à destination. Et puis tous les autres, ramenés à leur pays d’origine, ou bien déposés en cours de route, ou encore balancés à la mer. Les "polizon" sont ces migrants embarquant clandestinement sur des navires de la marine marchande, marins d’eau douce rêvant de griller les contrôles aux frontières. Las : bien souvent, les frontières les rattrapent.

Article sur le site de la revue Article 11

Article 11 est une revue indépendante dont une version papier est éditée tous les deux mois (présentation et abonnement ici)

Précarité et monde du travail associatif

Fragilisées par la mise en concurrence entre elles, et avec les entreprises privées, par le reflux et l’instabilité des subventions, les associations doivent prendre conscience du processus dans lequel elles sont inscrites. Victimes de la dégradation des politiques publiques de la jeunesse, de l’insertion, de l’emploi, elles investissent les nouveaux statuts précaires. Contraint à l’effet d’aubaine pour poursuivre leurs missions, elles risquent d’institutionnaliser le développement du sous-emploi.

L’économie sociale et solidaire, engagée, militant contre la précarité, pour un monde plus juste, se retrouve par « pragmatisme » le terreau des tenants de la flexibilisation du travail et des promoteurs du travail gratuit : en somme d’une nouvelle précarité.

Article sur le site de la revue Mouvements

Comment la famille transmet l’ordre inégal des choses

La famille, par l’intermédiaire de laquelle chaque individu apprend à découvrir la société et à y trouver sa place, est l’espace premier qui tend à fixer les limites du possible et du désirable. L’estimation par chacun des chances de parvenir à telle ou telle position sociale, à telles ou telles ressources matérielles ou symboliques, n’a rien d’un calcul conscient et ne se présente jamais aussi clairement que la résolution d’un problème de probabilité.
(...)
Les acteurs sont « socialement raisonnables » : ils se raisonnent ou se font une raison plus qu’ils ne raisonnent. Dans les enquêtes par entretien, il est fréquent pour le sociologue d’entendre les enquêtés utiliser des expressions du type : « Ce n’est pas pour nous ». Ce genre de formulation, qui renvoie le plus souvent à des limites culturelles (« on ne se sentirait pas à l’aise »), montre l’intériorisation des contraintes par les enquêtés : ce qui n’est pas accessible ne devient plus désirable, et l’on finit par n’aimer que ce que la situation objective nous autorise à aimer. On prend non pas ses désirs pour la réalité, mais la réalité des possibles pour ses désirs les plus personnels. C’est aussi par des mécanismes de maintien de la dignité (« je ne peux pas - sans décevoir tout mon entourage - viser moins que... ») ou d’anticipation de la possible dénonciation des prétentions (« ils vont se demander pour qui je me prends ») que les espérances subjectives se calent et, du même coup, que les inégalités se perpétuent.

Article en ligne sur le site de l’Observatoire des inégalités

Publications et articles de Bernard Lahire sur le site de l’ENS

 

Les inégalités scolaires se construisent aussi dans la classe

Créé en 2001, le réseau Reseida travaille sur la question de l’inégalité scolaire en s’intéressant plus spécifiquement aux inégalités d’accès aux apprentissages. Son équipe de chercheurs essaye d’ouvrir ce que certains appellent «  la boîte noire  » de l’école : regarder non pas seulement les inégalités une fois produites mais étudier leur fabrication dans l’ordinaire des classes, quand des élèves inégalement préparés à faire face à ce qu’on leur demande sont confrontés à des tâches préparées par des enseignants, eux-mêmes inégalement conscients des différences entre élèves… Pour cet ouvrage, les chercheurs ont suivi pendant plus d’un an des classes de grande section maternelle et CP, d’une part, et de CM2 d’autre part. Toujours en essayant de mettre au jour des phénomènes récurrents qui contribuent à la production de l’inégalité scolaire.

Article sur le site de L’Humanité

Sommaire et introduction de l’ouvrage sur le site de l’éditeur

La construction des inégalités scolaires
Au cœur des pratiques et des dispositifs d’enseignement
Jean-Yves Rochex et Jacques Crinon (dir.)
Presses Universitaires de Rennes coll. Paideia
Décembre 2011
214 pages, 16 €

La frontière pour lieu de vie. La rétention administrative en France

Des centres de rétention administrative (CRA), on se rappelle en général des scandales et controverses périodiques – celui de la révolte et de l’incendie du centre de Vincennes en juin 2008, lui-même déclenché par le décès d’un retenu malade quelques jours plus tôt, ou les débats autour de la présence associative en rétention, entre 2008 et 2010. Les vingt-cinq centres aujourd’hui en activité en métropole sont pourtant les héritiers d’une histoire plus longue et aux multiples ramifications – celle, au cours du XXe siècle, du contrôle et de la mise à l’écart des différents « gibiers de police », et celle, plus récente, du contrôle toujours accentué de l’immigration irrégulière depuis le milieu des années 1970.

Article consultable en ligne sur le site de Contretemps.

Nicolas Fischer est docteur en sciences politiques et chargé de recherches au CNRS. 

Douce France

Privés de l’égalité des chances, en butte à une hostilité croissante, méprisés, les jeunes Maghrébins de la "deuxième génération" entament à partir de la fin des années 1970 une lutte pour la reconnaissance, en particulier sur le front culturel, créant troupes de théâtre, journaux et stations de radio.

Dans le domaine musical, de nombreuses formations voient alors le jour, en particulier des groupes de rock tels Carte de séjour. Le groupe est fondé en 1980 par Rachid Taha, Djamel Dif, Mokhtar Amini, Mohamed Amini, et Éric Vacquer (bientôt remplacé par Jérôme Savy), tous originaires des cités de la banlieue lyonnaise. Prônant la tolérance au fil des chansons, la formation propose un savant mélange de post-punk, rythmes gnawi avant d’orienter davantage son répertoire vers le raï.

Impliqué dans les marches de protestation, le groupe participe au concert qui clôt la marche pour l’égalité et contre le racisme à la Bastille en 1983. 

Article consultable en ligne sur le site l’histgeobox.

 

Délinquance et immigration : une erreur de logique qui ne pardonne pas

Lier délinquance et immigration consiste à penser que les pratiques délinquantes (surtout celles des jeunes) s’expliquent par « quelque chose » en rapport avec l’origine étrangère de leurs auteurs (tel ou tel aspect de leurs mœurs, de leur culture, de leur mode de vie, de leurs modèles conjugaux ou familiaux, de leur religion, etc.) ou bien avec leur situation d’extranéité et de « déracinement » diront les discours apparemment plus soft. Quoi précisément ? Les réponses varient beaucoup selon les personnes et selon les moments, mais c’est bien toujours « quelque chose » qui spécifie et qui distingue la délinquance des immigrés ou de leurs enfants. Or il y a dans tout cela une erreur de logique qui ne pardonne pas.

Laurent Mucchielli est sociologue, directeur de recherche au CNRS et directeur de l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux d’Aix-en-Provence. Il est l’auteur de L’invention de la violence. Des peurs, des chiffres, des faits (Fayard, 2011).

Article à lire sur le blog de Laurent Mucchielli hébergé par LeMonde.fr.

Retour sur enquête : ethnographie d’une ville ouvrière, Elbeuf 1980-2010

 

Pourquoi écrire encore sur les pauvres d’aujourd’hui ? N’a-t-on pas déjà tout dit sur la décomposition produite par le chômage et ses conséquences sur les modes de vie ? À première vue, l’histoire serait écrite. Ne subsisteraient que des faits divers sordides pour occuper la Une.

Mais qui donc peut dire quelque chose de certain ? Car lorsqu’on enquête, ce n’est jamais comme on croit que ça va être, et une fois qu’on a enquêté, ce n’est jamais comme on croyait que ça allait être. Tant qu’on ne s’est pas approché de l’expérience, qu’on n’a pas pris le risque de se parler et de se lier, on n’y voit goutte. Il n’est donc pas question de renoncer à comprendre en faisant croire qu’on a déjà compris, encore moins de céder à la nostalgie des trente années soi-disant glorieuses.

Trente ans après avoir conduit une enquête ethnographique à Elbeuf en Seine-Maritime, les sociologues Jean-François Laé et Numa Murard sont retournés à la rencontre des anciens habitants. Mais la cité d’alors a été détruite. Il n’y a plus de traces. Munis d’une seule photographie de l’époque, ils ont arpenté les quartiers populaires de la ville, suivi les traces du passé, recueilli des paroles de ceux qui étaient leurs pilotes, leurs informateurs. Avec une question banale : « comment vous êtes-vous sorti de ce relogement en 1984, qu’est-ce qui s’est passé depuis ? »

Article disponible en ligne sur le site de Vacarme.

Roms : l’horizon est encore bouché

Malgré les efforts des ONG et les fonds de l’UE, la principale minorité européenne ne vit pas mieux qu’il y a 10 ans. Un manque de suivi à Bruxelles, la corruption des responsables locaux et le désintérêt des États en sont les raisons principales.

Article de Hellen Kooijman, consultable sur le site de Presseurop (6 avril 2012).

Le dossier de Presseurop : "Les Roms, nation paria d’Europe"

La scène littéraire postcoloniale, de Patrick Sultan. Scénographies de la mondialité littéraire

La scène littéraire postcoloniale de Patrick Sultan répond enfin à ceux qui avaient l’intuition que les auteurs classés comme francophones, anglophones, ou lusophones, méritaient une approche critique renouvelée.

Aucune consécration littéraire, ni aucun succès d’édition, ne pouvaient permettre d’éluder ce débat. Dans cet essai adapté de sa thèse de doctorat, Sultan propose un réexamen profond d’anciens cadres inappropriés pour l’approche des nouvelles littératures nées des décolonisations. Le projet de Sultan est remarquable par son ampleur, car il confronte la tradition comparatiste française aux postcolonial studies. Surtout, il appréhende les postcolonial studies comme l’occasion d’un renouvellement de la recherche universitaire. Sultan réalise une épistémologie ambitieuse par la mise en commun d’acquis méthodologiques issus de deux courants de la recherche littéraire. Il pose également les jalons d’un comparatisme dont la refondation dépend selon lui d’une mise en perspective mondialisée.

Article consultable en ligne sur le site de Contretemps.

Eddy Banaré est docteur en littérature comparée, membre associé du Centre des Nouvelles Études du Pacifique de l’Université de la Nouvelle-Calédonie.

Ouvrage : Patrick Sultan, La scène littéraire postcoloniale, « L’Esprit des Lettres », Le Manuscrit, Paris, 2011.

Chronique kallistienne

"Je devais tenir une chronique politique dans le cadre d’une série « vu de ». Mais vu de quoi au juste ? Vu d’où ? Vu de Marseille ? Quelle Marseille ?"

LibéMarseille suit en pointillé la présidentielle depuis la cité marseillaise de Parc Kallisté (15e arrondissement).

"Comment vit-on ici, coupé du centre de Marseille et de la société française ? Qu’attend-on de la politique ? Se sent-on encore français, déjà français ? Et qu’est-ce que des présidentielles qui approchent peuvent changer à la vie dans une telle cité ?"

Chronique kallistienne
À lire sur le blog de LibéMarseille
Articles d’Olivier Bertrand, photos de Yohanne Lamoulère

De la lutte contre les inégalités à l’adaptation aux besoins spécifiques

Daniel Frandji et Jean-Yves Rochex analysent les résultats d’une étude comparative sur les politiques d’éducation prioritaire de huit pays européens. À partir de leurs argumentaires et objectifs, leurs modes de ciblage et de catégorisation des élèves, les auteurs décrivent trois "âges" ou trois "modèles" des politiques d’éducation prioritaire qui dessinent de profonds changements.

De la lutte contre les inégalités à l’adaptation aux besoins spécifiques
Éducation et formation n°80, décembre 2011

Article à télécharger sur le site de l’Éducation nationale.

Voir ou ne pas voir les migrants ? Les camps de « clandestins » près des côtes de la Manche

 

À l’image de celle de Sangatte, l’évacuation des campements de migrants « clandestins » est souvent traitée par les journaux télévisés sur un mode sensationnaliste. Loin de ces images, Olivier Thomas revient sur la vie quotidienne des migrants telle qu’elle est présentée dans le champ des productions culturelles, qui participent à rendre visible cette question sociale.

Article à lire sur MetroPolitiques.eu.

À qui profitent les dépenses éducatives ?

L’éducation a été un des thèmes de la campagne présidentielle de 2012 mais des questions cruciales ont été ignorées. Par exemple, celle-ci : les dépenses publiques d’éducation, celles de l’État et des collectivités locales, plus de 100 milliards d’euros par an, bénéficient-elles de façon égale à tous les jeunes ou davantage à certains ? Progressivement, le premier budget de la nation se répartit-il de façon plus égalitaire ou plus inégalitaire ? Pour répondre à ces questions, il faut connaître, sur une période suffisamment longue, les différences de durée des études entre élèves et étudiants, sachant qu’une année d’étude supplémentaire est un investissement globalement rentable pour l’individu concerné mais aussi un coût pour la collectivité.

Article consultable en ligne sur laviedesidee.fr.

Pierre Merle est sociologue, auteur notamment de La ségrégation scolaire (La Découverte, 2012) et La démocratisation de l’enseignement (La Découverte, 2009)

Répondre à la promesse républicaine d’égalité

Une partie des réformes de l’école prévues par le nouveau gouvernement sont déjà connues : rythmes scolaires, révision des programmes de l’école élémentaire, formation des maîtres… Réformes urgentes tant, sur les dix dernières années, les constats des recherches PISA sont alarmants : augmentation de la proportion d’élèves faibles, accroissement des inégalités de compétences entre élèves, origine sociale déterminant plus qu’ailleurs le destin scolaire. Toute la difficulté du redressement est, outre les réformes difficiles déjà programmées, de modifier en profondeur les spécificités du système éducatif français.

Article à lire en intégralité sur Le Café pédagogique.

Pierre Merle, sociologue, est auteur d’ouvrages sur la ségrégation scolaire.

De la « condition ouvrière » à la « condition racaille ». Entre assignation identitaire et actes de résistance

 

Cet article s’inscrit dans le cadre d’un travail de terrain mené depuis 2005 en tant que « praticien-chercheur » au sein d’un service social de prévention spécialisée dans un quartier populaire de province.

Fin octobre  2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, prononçait ces paroles lors d’une visite dans un quartier d’Argenteuil : « vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien, on va vous en débarrasser ! »

Certains auteurs établirent un lien entre cette « sémantique guerrière » et les émeutes survenues début novembre  2005 comme une des conditions du renforcement de ces violences urbaines.

Article disponible sur le site "Les mots sont importants".

David Puaud est doctorant en anthropologie (EHESS-CEAF). Éducateur spécialisé. 

 

 

Il faut sauver les garçons ! La fabrique de l’approche masculiniste de l’égalité filles/garçons

 

Dans le cadre d’une formation, nécessaire et très attendue, qui s’adressait aux personnels de l’éducation nationale et intervenantEs et/ou formateurs et formatrices sur la question de la mixité et de l’égalité filles/garçons, nous avons assisté à la présentation de Sylvie Ayral, autour de son livre La Fabrique des garçons : Sanctions et renforcement de l’identité masculine : un impensé. Cette étude a récemment fait l’objet de plusieurs recensions et articles dans de grands quotidiens. Le constat chiffré qu’elle dresse jouit donc d’un certain écho médiatique, fait assez rare quand on parle de genre à l’école. Parce que le chiffre choque : « 80% des sanctions sont donnés aux garçons ». Il est censé choquer ceux et celles qui aimeraient encore penser que l’école est égalitaire. Donné comme tel, il engage forcément à questionner, à la fois les pratiques et les usages de la sanction dans le cadre de l’institution scolaire, ainsi que les rapports entre les sexes à l’école.

Nous étions alors intéressées et nous voulions y croire. Mais, les conclusions réelles de cette étude, publiée et préfacée par Jack Lang, postfacée par Daniel Welzer Lang directeur de thèse de l’auteure, et l’usage qui ne manquera pas d’en être fait, vu la présentation qui en a été faite, nous a vite fait déchanter.

Article à lire sur le site Les Mots sont importants.

 

Les chanteurs français et la guerre d’Algérie. De Mouloudji à Enrico Macias

La guerre d’Algérie est certainement l’événement de la seconde moitié du XXe siècle qui a le plus divisé la société française. Il y avait les pro-indépendance, les pieds-noirs, les harkis, les antimilitaristes, les ultras de l’Algérie française… De 1954 à 1962, le conflit a fait chuter la IVe République, mis au pouvoir le Général de Gaulle en 1958, vidé la France de ses forces vives et sérieusement écorné l’image de "patrie des droits de l’homme". 

En 2800 jours de guerre, environ deux millions de soldats français seront appelés en Algérie. Souvent, ces jeunes militaires n’ont jamais voyagé, même pas en dehors de leur propre département. Par leur violence, les "évènements" d’Algérie impactent tout une génération, et la chanson française s’en fait évidemment l’écho.

Les chanteurs français et la guerre d’Algérie
De Mouloudji à Enrico Macias

Article d’Églantine Chabasseur

Article à lire le site de RFI.

Mémorial des morts aux frontières de l’Europe

 

Plus de 5 000 réfugiés ont débarqué à Lampedusa, île italienne située entre Malte et la Tunisie, depuis le début de l’année. La situation est d’autant plus critique, souligne l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), que l’île, forte de 5 000 habitants, ne peut a priori accueillir que 800 réfugiés.

Depuis 1988, plus de 14 000 réfugiés sont "morts aux frontières" de l’Europe.

Afin de mesurer l’ampleur de cette "guerre aux migrants", OWNI propose un mémorial, sous forme de carte interactive.

Mémorial des morts aux frontières de l’Europe
Jean-Marc Manach
Carte réalisée par Marion Boucharlat au design et James Lafa au développement
OWNI, février 2012

Article et carte consultable sur le site d’OWNI.

La construction de l’autre

"Ce qui m’a beaucoup frappée depuis quelques années, c’est tous ces auteurs, y compris des gens qui sont notoirement de droite comme Dominique Schnapper, qui prônent l’acceptation des “Autres”, de l’“Autre”, sans jamais d’ailleurs dire qui c’est ni pourquoi il est
“Autre”. Et aussi le fait que tout le monde semble savoir qui est l’“Autre”, et donc qui est le “Même”.
Je connais bien cette question de l’“Autre”, parce que je suis une “Autre”. La femme est une “Autre”, c’est la grande “Autre”. On ne peut pas la comprendre… Mais qui est ce “on” qui ne peut pas la comprendre ? Pour elle-même, une femme n’est pas une “Autre”.
L’“Autre” c’est donc quelqu’un qui n’a pas droit à la parole. Tandis que “d’autres que les Autres” parlent des “Autres” mais ne se désignent jamais."

Entretien avec Christine Delphy, réalisé par Daniel Bertaux, Catherine Delcroix et Roland Pfefferkorn, publié initialement dans Migrations et sociétés en janvier-février 2011.

À lire sur Les mots sont importants.net.

Marseille, trente ans après les ratonnades de 1973, peu de leçons ont été tirées

1973, qui a connu les crimes racistes qui ont déferlé sur Marseille ? Qui a entendu parler de cette montée de haine que les Algériens ont dû subir ? Qui honore aujourd’hui leur mémoire comme toute journée d’hommage à laquelle ont droit les victimes de faits tragiques ? Ne pas occulter l’histoire du passé, c’est avancer sur celle du présent. Si Marseille s’affiche aujourd’hui comme la « capitale de la culture », il y a trente ans, les journaux titraient « capitale du racisme ». En 1973, la cité phocéenne a connu l’une des pires flambées de racisme qui a pu exister dans l’histoire de France au XXe siècle. Un racisme ciblé, l’Algérien, le mot de tous les maux. Salah Bariki, un français d’origine algérienne arrivé en 1962 dans les bidonvilles de la cité phocéenne, a accepté de raconter sa vision et son ressenti des années 70. A cette époque, il était d’ailleurs responsable de l’Amicale des jeunes Algériens, rue Saint-Jacques dans le 6e arrondissement.

Article en ligne sur le site de Med’in Marseille.

 

Le racisme anti-blanc n’existe pas, mais il a gagné

Évidemment, l’histoire du pain au chocolat est ridicule.

Pourtant une fois les moqueries épuisées, et le sens de la vérité définitivement corrompu, le concept de racisme anti-blanc est resté (l’histoire, on le sait, n’a pas pu se passer ces deux dernières années, puisque le pain au chocolat volé au petit écolier et détruit est supposé l’être sous prétexte de ramadan, alors que le ramadan est tombé deux ans d’affilée pendant les vacances scolaires – seule Nadine Morano avance sans preuves dans un tweet que l’histoire a eu lieu il y a 4 ans...).

La France n’est en effet pas apte à comprendre pourquoi le concept de racisme anti-blanc est absurde ; elle n’a pas le logiciel pour l’éradiquer.

Richard Mèmeteau est professeur de philosophie.

Article à lire en ligne sur minorites.org

Féminisme et religion, entre conflits et convergences

On assiste en France, depuis quelques années, à une vogue de la « défense de la laïcité » au nom des droits des femmes, avec une cristallisation du débat autour de la question du voile.

Féminisme et religion seraient incompatibles, voire antagonistes, particulièrement dans un Etat qui se veut « laïque ». Cependant, cette posture pro-laïcité semble s’appliquer plus strictement à certaines religions qu’à d’autres, à l’islam en l’occurrence, et ce au détriment des femmes musulmanes. Plutôt que de consacrer un nouvel article à l’instrumentalisation du féminisme et de la laïcité à des fins racistes et anti-musulmanes, je propose ici de contribuer à cette réflexion en prenant le problème à l’envers et en regardant, à travers le cas particulier des femmes syndicalistes au Brésil, comment la religion peut – sous certaines conditions qu’il conviendra de préciser – s’intégrer au mouvement féministe en conduisant des femmes croyantes à remettre en cause l’oppression qu’elles subissent en tant que femmes.

L’objet de cet article n’est donc pas la laïcité en tant que telle, ni la place de la religion dans les sociétés contemporaines, mais un questionnement sur la position féministe quant aux enjeux soulevés par la religion afin de ne pas tomber dans l’écueil d’un féminisme exclusif et excluant, exigeant des croyantes qu’elles répudient leur religion pour se battre contre l’oppression des femmes. Si les dogmes religieux restent en général problématiques pour le mouvement féministe, l’engagement de certaines femmes dans celui-ci s’effectue pourtant à travers ou au nom de leur religion. C’est en examinant et en comprenant cet espace de contradictions que nous pourrons trouver des solutions pour avancer ensemble vers l’égalité des sexes.

Féminisme et religion, entre conflits et convergences. Le cas des femmes syndicalistes au Brésil
Louisa Acciari
Contretemps, octobre 2012

Article disponible en intégralité sur le site de Contretemps

Les réfugiés d’Égypte. Une France arabe au début du XIXe siècle ?

 

Dans le sillage de Napoléon, des Égyptiens débarquèrent à Marseille en 1801. Ian Coller narre leur installation en terre française et propose d’y voir la trace d’une hybridation qui aurait pu être – mais que la conquête de l’Algérie rendit impossible : celle d’une France arabe

L’ouvrage de Ian Coller est assurément de ceux dont le titre attire l’attention et encourage le lecteur potentiel à plonger dans des pages dont les prestigieux parrainages de quatrième de couverture (Timothy Tackett, Christopher Bayly, Tyler Stovall, Leora Auslander) situent et vantent l’ambition historiographique. S’il est nécessaire de resituer l’importante recherche empirique de l’auteur, son objectif n’est pas seulement de restituer un pan relativement méconnu de l’« histoire de la diversité » – un label revendiqué mais non défini par l’auteur – au cours d’une période allant de l’Expédition d’Égypte à la conquête d’Alger. Il souhaite aussi, à travers l’exemple des « réfugiés d’Égypte », contribuer à une histoire connectée des deux rives de la Méditerranée et participer au mouvement historiographique de réévaluation des apports de l’islam et des musulmans en Europe des XVIe au XIXe siècle.

Article à lire sur La Vie des idées.

Ouvrage :
Arab France. Islam and the Making of Arab Europe, 1798-1831
Ian Coller
University of California Press, 2012
304 p.

Les crispations alarmantes de la société française

On savait les Français pessimistes, inquiets de l’avenir et persuadés du déclin du pays. On avait bien compris que la France est "une société de défiance", après les travaux d’Algan et Cahuc en 2007 ou les enquêtes décennales sur les valeurs conduites sous la direction de Pierre Bréchon depuis 1981. Enfin, maints sondages ont témoigné du jugement sans pitié des Français sur la politique, de leur réticence croissante envers l’Europe ou de leur crainte de la mondialisation.

Depuis une trentaine d’années, la crispation identitaire s’est cristallisée sur la question de l’immigration. Celle-ci ne s’est pas effacée, loin de là : 70 % des sondés (et jusqu’à 83 % à l’UMP) jugent qu’il y a "trop d’étrangers en France" et 62 % que l’on "ne se sent plus chez soi comme avant".

Lire la totalité de l’article sur LeMonde.fr.

L’enquête Ipsos/CEVIPOF sur le site du CEVIPOF.

Le contrepoint de Renaud Cornand, sociologue : Sur l’islamophobie sondagière.

L’alibi de la souveraineté nationale. Contre-argumentaire pour un suffrage vraiment universel

Tous les arguments possibles et imaginables ont été avancés au cours de ces dernières décennies pour s’opposer au droit de vote des résidents étrangers. En fonction des conjonctures politiques les arguments ont varié. Certains ont été abandonnés, d’autres ont pris de nouveaux visages tout en gardant la même essence, d’autres encore sont apparus alors qu’ils n’étaient pas présents auparavant. Seule l’extrême-droite garde une permanence dans son argumentation indépendamment de la conjoncture historique. La plupart de ces arguments ont déjà été utilisés pour s’opposer aux droits politiques d’autres catégories de la communauté politique des citoyens. Certains de ces mêmes arguments ont d’ailleurs été avancés pour s’opposer à la citoyenneté des femmes et des ouvriers.

Lire les textes de Saïd Bouamama sur le site Les Mots Sont Importants.


L’alibi de la souveraineté nationale
Contre-argumentaire pour un suffrage vraiment universel (Première partie)

Le mythe de l’opinion-qui-n’est-pas-prête
Contre-argumentaire pour un suffrage vraiment universel (Deuxième partie)

Sont-ils capables d’avoir des droits ?
Contre-argumentaire pour un suffrage vraiment universel (Troisième partie)

Les faux obstacles constitutionnels
Contre-argumentaire pour un suffrage vraiment universel (quatrième partie)

La naturalisation contre le droit de vote ?
Contre-argumentaire pour un suffrage vraiment universel (Cinquième partie)

La porte ouverte à quoi ?
Contre-argumentaire pour un suffrage vraiment universel (Sixième partie)

« Seulement au niveau local »
Contre-argumentaire pour un suffrage vraiment universel (Septième partie)

L’état de la pauvreté en France

Combien compte-t-on de pauvres en France ? Comment évolue leur nombre ? Qui est le plus concerné par la crise ? A l’heure où une partie de la population s’offusque de payer trop d’impôts, la situation est de plus en plus critique pour les plus défavorisés, dont le nombre grandit. (...)
En considérant la définition la plus restrictive, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté situé à la moitié du revenu médian a progressé de 584 000 entre 2008 et 2011. Soit probablement autour de plus de 700 000 personnes si l’on ajoute 2012 et le début 2013. Au cours de la même période, le taux de pauvreté est passé de 7 à 8 % et doit approcher les 9 % aujourd’hui. Un retournement historique qui touche les plus vulnérables.

Document en ligne et en téléchargement (8 pages) sur le site de l’Observatoire des inégalités


Plan de la note

Comment mesurer la pauvreté ?
Un individu est considéré comme pauvre quand son niveau de vie (après impôts et prestations sociales) est inférieur au seuil de pauvreté. Il existe trois façons différentes de mesurer la pauvreté, mais il n’y a pas de norme objective.

  • La mesure relative
  • Les titulaires de minima sociaux
  • La pauvreté en termes de conditions de vie

Etat des lieux de la pauvreté en France
Depuis le milieu des années 2000, la pauvreté augmente quel que soit le seuil considéré. Un changement historique.

Qui sont les pauvres ?
La pauvreté ne frappe pas au hasard. Portrait d’une population démunie.

  • La moitié des personnes pauvres ont moins de 30 ans
  • Les non-diplômés sont plus souvent pauvres
  • Les catégories sociales inégales face à la pauvreté
  • Ne pas avoir d’emploi fragilise
  • Travailler et être pauvre
  • La population pauvre est aussi un peu plus souvent féminine et vit au sein d’une famille monoparentale

Où vivent les pauvres ?
La pauvreté est surtout présente en proche banlieue des grandes villes.

La misère persiste en France
Dans l’un des pays les plus riches au monde, des dizaines de milliers de personnes vivent dans la misère, dans des conditions de vie parfois peu éloignées de celles des pays en développement, bien loin en revanche, de la société de consommation.

La pauvreté en Europe
84 millions d’Européens vivent sous le seuil de pauvreté. La crise concerne en particulier les pays méditerranéens.

  • Taux de pauvreté
  • Seuil de pauvreté

Le pouvoir aux habitants ? Réformer la Politique de la Ville

Trente ans après sa création, la Politique de la Ville est fortement controversée. La place prépondérante laissée à l’action de l’État, qui ne prend pas assez en compte les habitants, est remise en cause. À l’occasion de la réforme en cours, La Vie des Idées s’empare de ce thème en faisant notamment place aux comparaisons.


Inventées de façon expérimentale après les émeutes des Minguettes au début des années 1980, parallèlement à la “Marche des beurs” pour l’égalité, la Politique de la Ville visait à réformer le fonctionnement de l’État et les relations de ce dernier aux collectivités locales. Pour pallier l’urgence d’une nouvelle question sociale, associée à certains quartiers où les populations immigrées et minoritaires étaient concentrées, une action publique d’exception allait être mise en place, mobilisant une approche locale et ascendante, plus participative et transversale.

Trente ans plus tard, il est difficile de mesurer l’effet réel de cette politique qui cumule de nombreux dispositifs : l’écart des quartiers prioritaires avec les autres zones urbaines ne se résorbe pas, et parfois même s’accroît. Pour autant, cette vision, très négative, ne prend pas en compte la mobilité de la population de ces quartiers. Or, la prise en compte d’une approche moins statique et plus dynamique des trajectoires des gens révèle que ces lieux jouent aussi une fonction d’accueil et de « sas », voire de promotion.

Le pouvoir aux habitants ? Réformer la Politique de la Ville
Cyprien Avenel et Nicolas Duvoux
Dossier à lire sur le site de La Vie des Idées.fr

Strange fruit

Incommodante, éprouvante et particulièrement dure, la chanson possède un poids historique incontestable, puisqu’elle est la première à introduire un message politique clair dans le domaine du divertissement. Le chroniqueur du New York Post ne s’y trompe pas et écrit : « Ce disque m’a obsédé pendant deux jours. [...] Encore aujourd’hui, quand j’y repense, j’en ai les cheveux qui se dressent sur la tête et j’ai envie de frapper quelqu’un. Je crois d’ailleurs savoir qui. [...] Si la colère des exploités monte suffisamment dans le Sud, elle aura désormais sa Marseillaise. »
Il se dégage du titre le sentiment obsédant d’un malaise. Meeropol file la métaphore du fruit jusqu’à la putréfaction finale. Il fait de l’auditeur un observateur curieux. Dans un cadre bucolique, en apparence paisible, ce dernier est attiré par des formes étranges, puis très vite confronté à une scène effroyable. Planté au pied de l’arbre, il ne peut désormais plus détacher ses yeux (et surtout ses oreilles) des corps meurtris.
La musique, tout à la fois furtive et lancinante, incarne à merveille l’horreur décrite par les paroles.
Après un refus catégorique de sa maison de disques habituelle, Columbia, c’est sur le tout petit label Commodore Records que Billie Holiday enregistre le morceau le 20 avril 1939. Une courte introduction jouée au piano permet de planter le décor, lugubre. La trompette en sourdine distille un spleen subtil, « les accords mineurs du piano [...] conduisent l’auditeur vers le lieu fatidique » ; enfin la chanteuse entre en scène, toute en retenue et sobriété.

Chanson, article et ressources sur Histgéobox

Le racisme : un hors-champ de la sociologie urbaine française ?

Pourquoi la sociologie urbaine française a-t-elle longtemps laissé de côté l’analyse des relations interethniques ? Pour Élise Palomares, si l’oubli de l’héritage de l’École de Chicago et une vision partielle des rapports sociaux ont fait du racisme un hors-champ, des travaux récents ouvrent de nouvelles pistes de recherche.


(cc) Nathan Gibbs/Flickr

Le racisme : un hors-champ de la sociologie urbaine française ?
Article de Élise Palomares
En ligne sur le site MétroPolitiques.eu

Dossier : Y a-t-il des urban studies à la française ?

Roms. De la sanction médiatique à la répression : le grand évitement

« Ces Roumains et ces Bulgares vivant en bidonville et que l’on appelle désormais « Roms » seraient ainsi près de 16 000 sur l’ensemble du territoire français, soit une (infime) partie des 3,6 millions de mal-logés et des 133 000 sans domicile fixe officiellement recensés. De ces « Roms », il est pourtant très régulièrement question : du 1er janvier 2012 au 1er octobre 2013, le Monde.fr a publié 379 articles sous son onglet « société/immigration et diversité » et 30% (113) de ces articles ont été consacrés aux soi-disant « Roms ». Environ 16 000 personnes occupent donc 30% de l’attention du Monde.fr sur les questions d’immigration. Rappelons qu’il y a plus de 100 000 Roumains en France et 2,7 millions d’étrangers. Pourquoi privilégier ainsi le traitement ethnique de l’immigration roumaine et bulgare aux dépens du cadre habituel de la nationalité ? Comment, par ailleurs expliquer une telle disproportion entre le nombre effectif des migrants pauvres et leur traitement médiatique ? »

Tribune de chercheurs du réseau Urba-rom à lire sur leur site.

Enseigner les langues de France ?

Dans un État où un puissant dispositif d’unification linguistique, à la fois juridique, éducatif et socio-politique, est efficace depuis deux siècles, on pourrait considérer que les réalités pédagogiques et réglementaires susdites garantissent la légitimité de cet enseignement limité... Pourtant, tout discours positif sur l’enseignement des langues et cultures de France (« régionales » ou, désormais pour certaines, « d’origine ») reste sommé de se justifier, au moins face aux accusations régulières de ses opposants.

Pourquoi les enseigner ?
- L’éthique
- La « réparation »
- L’éducation plurilingue
- L’utilité sociale
Comment les enseigner ?
- Principes généraux
- La situation actuelle : les aléas des choix personnels
- Paradoxes et perspectives

Article en texte intégral sur le site des Cahiers pédagogiques

Ce texte est la version longue de l’article paru dans le dossier 75 langues en France, et à l’école ? des Cahiers pédagogiques.


Les quartiers populaires vont-ils perdre la mémoire ?

Un projet de loi adopté le mois dernier prétend promouvoir depuis un ministère l’histoire, le patrimoine et la mémoire des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Le rapport sur lequel celui-ci s’appuie laisse dubitatif et inquiète historiens et archivistes. S’agit-il d’un nouvel épisode de la longue histoire d’un État soucieux de construire un récit national officiel ?


Le projet de loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine a été adopté en première lecture par l’Assemblée nationale le 27 novembre dernier. Son article premier a ajouté plusieurs objectifs à la politique de la ville, notamment le neuvième : « reconnaître et (...) valoriser l’histoire, le patrimoine et la mémoire des quartiers ».
Le ministre délégué chargé de la Ville, François Lamy, a en effet montré un intérêt particulier pour l’histoire et la mémoire des quartiers prioritaires, manifesté par la commande d’un rapport sur le sujet à Pascal Blanchard. Ce rapport est issu des travaux d’une commission qui ne comprenait aucun historien (à part le maître d’œuvre) et aucun archiviste ; elle n’en a auditionné aucun. Confié à un spécialiste du fait colonial, il offre un diagnostic et des préconisations contestables sur les « Histoires, patrimoines et mémoires dans les territoires de la politique de la ville » (Blanchard 2013). Ces préconisations inquiètent les historiens que nous sommes car leur éventuelle adoption conduirait à d’irrémédiables dégâts méthodologiques et historiographiques.

Les quartiers populaires vont-ils perdre la mémoire ?
Annie Fourcaut et Thibault Tellier
Métropolitiques, 10 janvier 2014

Lire en ligne sur le site de Métropolitiques.

History trouble

« Femme », « Homme », « Genre », « Français », « Musulman » : ces catégories, par lesquelles se constituent et s’identifient des sujets politiques, n’ont pas de sens fixe. C’est que « les mots ne sont jamais que les batailles pour les définir ». Rencontre avec l’historienne de ces batailles.

Entretien en ligne sur le site de la revue Vacarme


Joan W. Scott est historienne, et enseigne à l’Institute for Advanced Study (IAS) de Princeton. « Ses ouvrages comme ses diverses interventions sont toujours troublants, nous obligeant sans cesse à repenser nos catégories et à déplacer notre regard sur la France et sur l’Amérique, sur les hommes et les femmes, sur la lutte de classes et la lutte des races. Elle est historienne et ne cesse de nous parler de notre présent ».

Elle est notamment l’auteure de Théorie critique de l’histoire. Identités, expériences, politiques (Fayard, 1983/2009) et Parité ! : l’universel et la différence des sexes (Albin Michel, 2005).

Pour en finir avec certaines idées reçues sur l’éducation prioritaire

La publication le 16 janvier dernier du texte ministériel sur la « refondation de l’éducation prioritaire », nous donne l’occasion de revisiter ce champ de la politique éducative française, de proposer une grille d’analyse à partir de laquelle nous pourrons tenter d’apprécier les orientations proposées. Deux questions vont structurer notre propos : la première concerne le statut même de l’éducation prioritaire en France. Et nous n’hésiterons pas à la formuler en des termes qui peuvent paraître incongrus : y’a-t-il eu, et y’a-t-il en France une politique d’éducation prioritaire ? La seconde question concerne l’actualité récente : en quoi les orientations qui viennent d’être publiées modifient la teneur de cette politique ?

Articles et bibliographie sur le site du Café pédagogique

  • La nécessité d’une mise en ordre conceptuelle, juridique et politique
  • Le droit au secours de l’égalité ? Posons-nous un instant la question
  • Au-delà de la mythologie institutionnelle du « donner plus à ceux qui ont moins », une situation très préoccupante
  • Éducation prioritaire : quels obstacles à une réelle discrimination positive ?
  • Quels enseignements pour l’éducation prioritaire ?
  • Quid de la « refondation de l’éducation prioritaire » ?

Choukri Ben Ayed est sociologue, enseignant à l’Université de Limoges et chercheur au GRESCO.

Accueillir, disent-ils…

Quels sont les conditions de vie dans les foyers de travailleurs immigrés en France ? Et qui accueillent-ils ? Accompagnant les photographies d’Olivier Pasquiers, Claire Lévy-Vroelant revient sur l’histoire, l’architecture et les habitants de ces foyers pour en souligner les nombreux paradoxes.


Accueillir, disent-ils…
Par Claire Lévy-Vroelant et Olivier Pasquiers

Textes et photographies sur Métropolitiques.eu

Les troupes coloniales oubliées du centenaire ?

Quelque 600 000 soldats des troupes coloniales participèrent à la Grande Guerre côté français. Entre 1914 et 1918, 270 000 hommes furent recrutés en Afrique du Nord, 189 000 en Afrique Occidentale Française et en Afrique Equatoriale Française, 49 000 en Indochine et 41 000 à Madagascar. Olivier Litvine, directeur de l’Alliance française de Dacca, estime que la question de la participation des troupes coloniales dans la guerre fait l’objet d’une « amnésie » aussi bien en France que dans les pays anciennement colonisés.


Les troupes coloniales oubliées du centenaire ?
Article d’Antoine Flandrin
Chroniques du Centenaire, Le Monde
Mars 2014

À lire en ligne.

École ouverte. Recherche-action. Société éducative

C’est un petit texte d’à peine une trentaine de pages, mais dont le lecteur n’est pas prêt d’épuiser la richesse et la portée... Cette brochure de l’Association française pour la lecture retrace l’aventure éducative menée dans le quartier de la Villeneuve à Grenoble entre 1972 et le début des années 2000. (...)

Cette ouverture, c’est aussi celle sur le quartier et le monde, mais également au sein de l’école quand il s’agit de faire voler en éclat les classes en mélangeant les âges, en instaurant le tutorat ou en abandonnant les structures ségrégatives pour accueillir tous les enfants ensemble et poser comme principe de base l’hétérogénéité. Impossible de résumer toutes ces pratiques. On notera pêle-mêle la création d’une radio d’élèves diffusée en classe tous les matins, un journal intitulé Des enfants s’en mêlent, des « classe nature » autogérées et le fait que « l’obsession des contrôles, notations et comparaisons, utilisation des stimulants artificiels (punitions et récompense) sont exclus » comme le précise la Charte du projet. Du côté enseignant, il s’agit, pour les initiateurs, de passer du statut « de fonctionnaire exécutant infantilisé, sous la surveillance d’une hiérarchie le plus souvent normalisatrice à celui d’enseignant chercheur co-responsable d’un projet collectif. »

École ouverte. Recherche-action. Société éducative
Brochure de Raymond Millot

AFL, octobre 2013
37 pages

Brochure en téléchargement sur le site de l’AFL

Chronique de Gregory Chambat sur le site Questions de classes


La loi dite de « laïcité », dix ans après

« La loi du 15 mars 2004 n’a-t-elle pas pacifié la vie scolaire française ? » (...) Non seulement la réponse à une telle question est différente selon que l’on examine la face émergée et la face immergée de l’iceberg (pour parler de façon métaphorique de la réalité sociale), mais il est nécessaire de déconstruire une telle question, biaisée par de pseudo évidences implicites.

La première de ces évidences est la suivante : l’institution scolaire, avec son million d’agents et ses milliards de budget, était-elle réellement déstabilisée par quelques centaines de personne portant des signes religieux, personnes qu’il était déjà possible d’exclure si leur comportement se révélait « ostentatoire » ? Les protagonistes de la loi de 2004 ont répondu « oui », tout en se gardant bien de chercher à analyser pourquoi un tel colosse serait d’une aussi grande fragilité.

Article sur le blog Laïcité et regard critique sur la société / Médiapart

Jean Baubérot est l’auteur de Une si vive révolte paru en février 2014 aux éditions de l’Atelier


L’islam, un défi pour la laïcité à l’école ? Dédramatiser les faits, désacraliser le mot, professionnaliser l’approche

Les dernières années ont vu s’affirmer une conception politique de la laïcité qui veut corriger la règle de droit, au motif qu’elle laisse exister des pratiques musulmanes qui mettent en danger les institutions communes.

L’article conteste cette vision des choses en s’appuyant sur les données d’enquête, et pose l’intérêt professionnel d’une approche décrispée des affiliations religieuses.


Article en ligne et téléchargement sur le site de la revue TREMA

Numéro Laïcité, éducations, diversité en texte intégral

Rromanipen ! D’une philosophie de vie qui heurte la nôtre

Compagnon de route de familles rroms et manouches dans le Val-d’Oise et ailleurs, Jean-Pierre Dacheux est l’auteur de divers ouvrages sur ces populations, et notamment de Roms de France, Roms en France (coécrit avec avec Bernard Lamotte). Dans cet entretien, il revient ici sur les fondamentaux des cultures Rroms et dégomme les stéréotypes associés à une culture complexe, en mouvement.


Rromanipen ! D’une philosophie de vie qui heurte la nôtre
Entretien avec Jean-Pierre Dacheux
Article 11, mai 2014

Entretien à lire sur le site d’Article 11.

Le triomphe de « l’europhobie populiste » : surprise électorale ou amnésie française ?

"Menace pour la démocratie", "tempête dans la République", "crise sans précédent", "séisme électoral", ctc. ; les commentateurs et les leaders politiques français ont rivalisé dans l’usage de formules mélodramatiques pour décrire le score soi-disant exceptionnel du Front national (près de 25% des suffrages) aux élections européennes du 25 mai 2014, qui s’affiche désormais sans complexe comme le "premier parti en France".
S’il est vrai que le FN, dans un contexte largement abstentionniste (57,5%), fait une percée électorale significative dans les couches populaires (ouvriers et employés) et chez les jeunes (moins de 35 ans), il reste sur sa lancée du scrutin municipal de mars 2014, relativisant ainsi l’impression de "surprise électorale" qu’aiment cultiver les médias et les politiques français, comme s’ils découvraient, au lendemain du 25 mai, l’ampleur du "phénomène Front national".


 Édito complet en téléchargement

 Sommaire de Migrations Société, Vol. 26, n° 153-154 "Les « savoir-migrer »" en téléchargement

Trop diplômés pour être honnêtes : la hogra des immigrés « en col blanc »

Les conséquences directes et indirectes de l’application de la circulaire dite "Guéant" du 31 mai 2011 relative aux diplômés étrangers ont soulevé un véritable tollé dans les milieux académiques et universitaires français, relayé par un certain nombre de personnalités de gauche qui y voient une remise en cause de la "mission éducative universelle" de la France et, à terme, une atteinte à son rayonnement intellectuel dans le monde .
Du côté des premiers concernés, à savoir les étrangers titulaires d’un diplôme français, la circulaire est vécue majoritairement comme une hogra. Car il s’agit bien là d’une forme de hogra, lorsque ces travailleurs en "col blanc" doivent faire face aux traitements vexatoires de l’administration française, leur faisant prendre conscience que, en dépit de leurs titres acquis sur les bancs de l’université ou dans les grandes écoles françaises, ils restent marqués à vie par leur statut d’immigrés, tel un tatouage indélébile. Et les autorités gouvernementales ont beau chercher à rassurer, en rappelant que « la France est très attachée à sa tradition d’accueil des étudiants étrangers qui constitue un élément important de l’attractivité internationale de ses écoles et de ses universités » , la grande majorité des étudiants étrangers désireux de rester en France après l’obtention de leur diplôme doivent affronter un scénario kafkaïen qui les rapproche chaque jour davantage du sort des immigrés économiques, ces travailleurs en "col bleu" qui représentent l’autre face de l’immigration et que tout semblait pourtant séparer des "cols blancs".


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Sommaire de Migrations Société Vol. 23 - n°138 "Quel travail de mémoire(s) pour quelle société ?" en téléchargement

Une question de choix

Une fois de plus, à l’approche d’échéances électorales nationales, le thème de l’immigration est placé sous les feux de la rampe de la politique-spectacle.
Une fois de plus, petites phrases assassines, propos sibyllins, faux-fuyants, hyperboles, chiffres détachés de leur contexte, concepts non définis, simplifications outrancières, préjugés d’un autre âge parés des atours du sens commun, généralisations abusives d’incidents bien réels, tout cela pullule, envahit le quotidien, fait la une, fait jaser, fait grincer des dents et fait aussi perdre du temps à ceux qui, travaillant sérieusement sur le sujet, ne peuvent quand même pas laisser dire n’importe quoi et font ce que leur permet le peu de moyens média¬tiques dont ils disposent.
Une fois de plus, la "question" de l’immigration devient une sorte de centre autour duquel gravitent les préoccupations essentielles de la société, toutes ses peurs, réelles ou fantasmées : chômage, affaiblissement de la protection sociale, insécurité, "perte des valeurs". Et au "problème" abstrait de l’"émigration" correspondent les boucs émissaires bien concrets que sont les immigrés, rendus responsables directs ou indirects des régressions sociales - souvent présentées comme inévitables - imposées à la majorité de la population par des politiques qui aboutissent au creusement continuel des inégalités économiques.


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Sommaire de Migrations Société, Vol, 24 - n° 139 "Les catholiques et les migrations" en téléchargement

La pédagogie est un combat social

 

La rentrée 2014 a été marquée par une multiplication d’attaques et de provocations réactionnaires complaisamment relayées dans les médias. Longtemps considéré comme une insulte, ce terme de "réactionnaire" est aujourd’hui revendiqué et encensé...

C’est le sujet de cette tribune collective contre l’école des "réac-publicains" signée par Grégory Chambat, Jean-Michel Barreau, Laurence de Cock, Choukri Ben Ayed, Ugo Palheta et Laurent Ott.

Lire la tribune collective sur le site Questions de classe(s).

Les signataires :

Grégory Chambat, professeur en collège à Mantes-la-Ville (78), membre du collectif d’animation du site Questions de classe(s), dernier ouvrage paru L’École des barricades, éditions Libertalia, 2014.

Jean-Michel Barreau, professeur d’université à l’université de Lorraine, dernier ouvrage paru Critique des formes réactionnaires, Les éditions du Panthéon, 2013.

Laurence De Cock, professeure d’histoire-géographie, co-auteure de La fabrique scolaire de l’histoire, Agone, 2009.

Choukri Ben Ayed, professeur de sociologie à l’Université de Limoges, dernier ouvrage paru L’école démocratique. Vers un renoncement politique ? Armand Colin, 2010.

Ugo Palheta, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Lille-3, La domination scolaire. Sociologie de l’enseignement professionnel et de son public,PUF, « Le lien social », 2012.

Laurent Ott - Intermèdes Robinson, formateur et chercheur en Travail Social.

Droits des femmes et laïcité

« La laïcité française ne s’est parée du discours féministe que depuis très peu d’années au regard de son histoire depuis la Révolution française (une trentaine tout au plus sur plus de deux cents ans…). Sur la longue durée, on peut même dire que le processus de laïcisation français s’est presque entièrement déroulé à l’insu et même à l’encontre du développement du droit des femmes dans la société française. »

Lire la suite de l’intervention de Valentine Zuber au débat public organisé le 14 mars 2014 à la LDH sur le site de la Commission Islam et Laïcité.

Valentine Zuber est historienne et sociologue spécialiste de l’histoire de la liberté religieuse en Europe occidentale et de la laïcité en France. Elle travaille sur l’histoire des droits humains et des relations églises/États à l’époque contemporaine. Elle occupe la chaire de sociologie des religions et de la laïcité à l’École pratique des Hautes études (EPHE). Elle est notamment co-auteure de Laïcités et sociétés en Méditerranée, avec Jacques Huntzinger et Marjorie Moya (Paris, Collège des Bernardins, Lethielleux, 2012).

L’école et les quartiers populaires : Pour une autre vision des populations reléguées

Retrouvez l’article ci-dessous ou bien sur le site du Café Pédagogique.

Il est des jours où les statistiques parlent. Il est des jours où le poids des inégalités de la relégation urbaine et des discriminations s’incarne dans des lieux et des visages. Il est des jours également où l’on accède à un état différent de la connaissance. Les populations « populaires », discriminées, reléguées ne sont ni résignées, ni réduites au silence ou totalement dépossédées d’une analyse et de champ d’actions. L’allégorie des quartiers populaires telle qu’elle apparaît sous la plume de certains responsables politiques et scolaires, de chercheurs parfois, sacrifie à des lectures compassionnelles et déficitaires. Dès lors que l’on parle de l’école et des quartiers populaires jaillissent comme par réflexe certains mots : échec scolaire, déscolarisation, démission parentale, manque de ressources financières et culturelles etc. Les classes populaires ne se réduisent cependant pas à cette liste de manques, elles agissent également sous la forme d’initiatives collectives et citoyennes dont certaines mettent l’école au cœur de leurs préoccupations.

Les milieux éducatifs prêtent-il attention à ces initiatives ? Pourquoi les débats sur « l’école en banlieue » intéressent essentiellement ceux qui y résident et sont coupés d’autres espaces de discussion sur l’école ? Pourtant les publics qui s’expriment en ces lieux sont souvent ceux qui sont convoqués implicitement dans les débats plus classiques sur l’école. Que savons nous réellement de leurs modes de pensée ? De leur propre diagnostic sur les situations éducatives vécues ? De leur expérience de la relégation et de la ségrégation, voire de la discrimination ? De leurs propositions pour changer l’école ?

Ce type de débat a eu lieu dimanche 26 octobre 2014 à Créteil L’École et les quartiers populaires. Quand l’École républicaine discrimine… à l’initiative du FCP (Force citoyenne populaire) avec le concours d’un ensemble de collectifs FFR (Filles et fils de la République), SAID (Association de solidarité internationale – Slums Actions in Delhi), PARENTS ( Parents Actifs Représentants d’Élèves et iNTer-culturelS), Collectif Femmes des Quartiers 94. L’objectif était de mettre en question les problématiques des ségrégations et des discriminations scolaires. La rencontre prenait ainsi pour objet : « les dysfonctionnements structurels de l’école », « les échecs et les désillusions de la discrimination positive » (ZEP, quota dans les classes préparatoires), « le sous-encadrement, le sous-financement, la nature ségrégative des filières, les inégalités entre établissements, la sélection par les contenus d’enseignement ».

Ce premier débat inaugure un mouvement plus large devant conduire à des États généraux de l’école en banlieue de portée nationale. De nouvelles rencontres sont annoncées à Trappes, Argenteuil, Pantin, Saint-Étienne, etc.

Le droit à l’éducation est-il en recul en banlieue ?

Le débat cherchait à donner la parole au public « afin de » recueillir un ensemble de témoignages. Certains concernaient centralement la question du droit à l’éducation en banlieue. Un ensemble de cas étaient ainsi rapportés, pour la plupart invisibles des statistiques publiques : élèves résidant en foyer et ne trouvant aucune affectation scolaire, élèves résidant dans leur famille mais privés d’affectation scolaire à l’entrée en seconde ou auxquels on propose une affectation très éloignée du domicile et de l’orientation choisie, élèves auxquels le dispositif automatisé d’affectation ne propose de satisfaire que le 4ème choix. Les actions de mobilisation sont narrées avec beaucoup de détails. Certains témoignages indiquent que l’institution propose à certains élèves de choisir entre une orientation non-souhaitée en seconde ou un redoublement de la classe de 3ème au collège. Dans le pire des cas certains élèves en situation de refus de ces deux alternatives insatisfaisantes n’avaient toujours pas fait leur rentrée scolaire à la veille des vacances de la toussaint.

Alors que l’institution scolaire s’emploie à traiter la problématique de la déscolarisation, ces témoignages rendent compte d’un problème peu débattu et traité : celui de la non-affectation scolaire qui nourrit un sentiment de mépris et de discrimination des laissés pour compte de l’institution scolaire. À ces situations tendues, préoccupantes, répondent des mobilisations tant institutionnelles que citoyennes (civiles pourrait-on dire). Le Conseil général du Val-de-Marne a mis en œuvre une cellule d’urgence « SOS affectation » pour traiter des cas les plus nombreux de non-affectation scolaire. La « Brigade des mères de Champigny » intervient sur les cas les plus difficiles en sollicitant directement l’Inspection académique, les médias. Ces cas posent donc une question centrale : le droit à l’éducation est-il en recul en banlieue ? Au-delà des inégalités scolaires n’avons nous pas ici à faire à la négation d’un droit élémentaire, celui d’être tout simplement scolarisé ?

Comment fait-on quand on n’a pas les codes de l’école ?

Une seconde série de témoignages concernait d’autres expériences scolaires faites de sentiments de relégation, de mise à l’écart. Plusieurs cas faisaient référence à des mères « d’origine » maghrébine dont les enfants sont en réussite scolaire mais s’étant retrouvées évincées de leurs fonctions de représentantes des parents d’élèves en raison de logiques de concurrence y compris sur cet aspect du fonctionnement de l’école. D’autres cas faisaient référence à la mise à l’écart de certaines orientations scolaires notamment les classes CHAM (classes à horaires aménagés musique) : pourquoi ce dispositif est-il présenté dans certaines écoles et pas dans d’autres ? Pourquoi n’a-t-on jamais proposé l’inscription dans ces classes à aucun de mes enfants ? Comment fait-on pour y accéder ? Comment plus globalement procéder avec l’école lorsqu’on n’a pas les codes ? Autant de questions qui manifestent une certaine lucidité quant aux mécanismes producteurs d’inégalités scolaires.

Un témoignage particulièrement marquant était celui d’une étudiante originaire du département de la Seine-Saint-Denis. Cette étudiante relate son parcours, celui d’une bonne élève ayant effectué toute sa scolarité en Seine-Saint-Denis. Cependant compte tenu de ses résultats scolaires elle souhaitait à l’entrée à l’université prendre quelques distances avec la Seine-Saint-Denis : « je ne voulais pas à la fac me retrouver avec les mêmes élèves que je connais depuis des années, que je retrouve dans mon quartier, je voulais voir autre chose ». Cette étudiante voulait poursuivre ses études dans une université du centre de Paris : « je voulais me rapprocher de la Tour Eiffel ! ». Finalement sa demande d’inscription a été refusée au motif de la « sectorisation universitaire ». Si elle réside en Seine-Saint-Denis son affectation universitaire devrait être l’université Paris 8 Saint-Denis.

Cette affectation contrainte, l’étudiante l’a vécue comme une humiliation, un enfermement : « université Paris 8 Saint-Denis ! Il y a Saint-Denis dedans, je ne veux plus qu’on me colle encore Saint-Denis pour toute ma vie ! ». Finalement l’étudiante explique à l’auditoire qu’elle se sent bien dans cette université où elle s’estime bien encadrée. Son seul grief concerne à présent ses difficultés à trouver un stage ses demandes à Paris étant toutes refusées : « est-ce que c’est parce que je viens de Seine-Saint-Denis ? ».

Une autre étudiante rend compte avec beaucoup de détails de son parcours scolaire et universitaire qui est aussi celui d’une bonne élève, mais une bonne élève qui s’est retrouvée souvent en situation de « minorité » au cours de son parcours : « j’ai compris que je ne faisais pas partie de ce monde, que les élites ne voulaient pas de moi ». Ce que décrit cette étudiante, c’est le processus d’une conversion progressive et la façon dont elle s’est adaptée au plafond de verre de l’élitisme scolaire. Elle décrit qu’initialement, elle n’était pas opposée à l’idée d’élitisme scolaire puisqu’elle voulait en être. Malgré des résultats scolaires tout à fait satisfaisants, elle considère avoir trop souvent été renvoyée à ses « origines ». Elle admet finalement avoir pris acte de cette situation et indique, non sans un certain soulagement : « Je crois que j’ai voulu devenir une élite comme eux, j’ai compris qu’il valait mieux être soi-même ».

Pourquoi il faut travailler à l’école ? Pour apprendre à penser et réfléchir pour lire les livres qu’on choisira de lire

Un autre témoignage parmi tant d’autres, celui d’une mère qui a connu elle-même l’échec scolaire et qui estime qu’une mobilisation scolaire est indispensable, qu’il faut expliquer aux enfants pourquoi il faut travailler à l’école, non pas pour un titre scolaire uniquement, non pas pour être meilleur qu’un autre, mais tout simplement pour être libre, « libre de lire les livres qu’on aura choisi de lire ».

Vous avez dit démission ?

Un texte ne restituera jamais la richesse des débats et de leur diversité. D’autres sujets ont été abordés : le bilinguisme, l’éducation prioritaire, la politique de la ville, le rôle des structures socio-éducatives, les rythmes scolaires, la pédagogie, les RASED, les dispositifs de soutien aux élèves, la formation des enseignants, etc. Participaient au débat non seulement les associations, les parents d’élèves, mais également des enseignants, certains issus également de l’immigration, des représentants de fédérations de parents d’élèves, de municipalité, de Conseil général.

Si la question de l’échec et des inégalités scolaires était bien abordée, les témoignages d’étudiants (es) « d’origine » en réussite confrontés (es) à des plafonds de verre, parce que pas nés du bon côté du périphérique montraient à quel point l’institution scolaire est fortement marquée du sceau de l’altérité, du séparatisme social, ethnique et spatial. Les questions que pose ce type de rencontres sont nombreuses : ce traitement de la question scolaire doit-il rester en marge des débats scolaires habituels ? Et s’il en constituait le centre dès lors qu’il s’agit d’interroger le rapport à l’école des classes populaires et les conditions d’une réelle démocratisation scolaire ?

Il est fréquent que les débats scolaires plus « classiques » mobilisent la figure des publics populaires. De quelles propriétés s’agit-il exactement, dès lors que « ces » publics en sont absents ? Comme l’indiquent Daniel Cefaï et Dominique Pasquier dans l’ouvrage collectif Le sens du public (réf) : « Quel est donc le spectre de significations que recouvre le mot ‘public’ ? Le ‘public’ renvoie à des contextes divers, selon qu’il est pris comme un substantif ou un adjectif. Substantif, il semble pointer vers une ‘personne collective’, au statut grammatical de sujet, actif ou passif, bien problématique à apercevoir. Il désigne ‘un être’ doté de capacité d’auto-gouvernement, de délibération ou de participation ou de compétences de réception médiatique et culturelle ».

Ces initiatives citoyennes sur l’école en banlieue ne peuvent qu’alimenter les débats scolaires de portée plus générale, y introduire le problème prégnant des ségrégations et des discriminations scolaires tout autant que les formes incontestables de mobilisation pour l’école de populations trop souvent réduites à la passivité scolaire. Cette prise en compte permettrait de donner corps à ces « publics », souvent mythifiés et abstraits, et à propos desquels se déploient souvent des catégorisations bien éloignées des réalités.

Choukri Ben Ayed
Professeur de sociologie
Université de Limoges

Pour mettre fin à l’hécatombe, désentraver les circulations migratoires

D’après les informations dont nous disposons au moment où nous rédigeons cet éditorial, le 10 septembre 2014 quelque 500 êtres humains ont péri au large des côtes maltaises lors d’un énième naufrage d’une embarcation transportant des personnes qui tentaient de gagner le territoire européen.
Outre le nombre des victimes – qui dépasse largement celui d’environ 300 morts lors du naufrage d’un bateau au large des côtes de l’île sicilienne de Lampedusa le 3 octobre 2013 – ce nouveau fait macabre est encore plus révoltant, puisque, selon le récit de deux des dix rescapés conduits en Italie où ils ont demandé à être reconnus réfugiés, le bateau a été délibérément coulé par les « passeurs ».


Édito en téléchargement

Sommaire de Migrations-Société Vol. 26 - n° 155 « Intégration : une érefondation" enlisée » en téléchargement

Les migrations intra-européennes : à la recherche d’un fil d’Ariane au travers des 21 pays du Conseil de l’Europe

La comparaison et, par là même, l’analyse des statistiques migratoires internationales sont malaisées en raison de la variabilité des définitions et de la non-exhaustivité de l’enregistrement. Toute migration doit, en principe, faire l’objet d’une double collecte ; ceci nous a permis une confrontation de l’Europe. Le recours à la méthode des moindres carrés débouche sur une meilleure estimation de la matrice des échanges migratoires intra-européens.

Lire l’article en ligne sur le portail Persée


Plan de l’article

  • La migration internationale : un concept flou
  • Le tableau croise des échanges migratoires intra-européens : un réseau à inconnues multiples
    ▪ Le contexte
    ▪ Description de la matrice migratoire intra-européenne à l’état brut
  • Se rapprocher de la réalité
    ▪ Un premier examen
    ▪ Une première analyse sur base de cinq pays
    ▪ L’extension aux autres pays
  • Conclusion
  • [Notes et références bibliographiques]

Les réfugiés de guerre dans la société française (1914-1946)

Lors de la Grande Guerre, de la Guerre d’Espagne et au début de la Seconde Guerre mondiale, la société française dut absorber de nombreux réfugiés, parmi lesquels les nationaux occupaient une place importante entre 1914 et 1918 et en 1939-1940. Les tensions observées entre les populations autochtones et ces réfugiés sont révélatrices des replis communautaires au moment des guerres et de l’exacerbation de la « culture de guerre » en présence de « rapatriés » ayant été en contact avec l’ennemi pendant la Grande Guerre et des Alsaciens-Mosellans en 1939-1940.


Plan de l’article

  • Les réfugiés de la Première Guerre mondiale
  • Les réfugiés de la guerre d’Espagne
  • Les réfugiés de la Seconde Guerre mondiale

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Histoire sociale de l’immigration de l’Europe de l’Est à Paris de 1880 à 1940. Réflexions sur la constitution des identités

L’auto identification des groupes se traduit d’abord par leur délimitation et se produit dans la confrontation avec d’autres groupes. La "nationalisation de la société", comme l’a constaté Gérard Noiriel dans la France de la deuxième moitié du XIXe siècle, dans laquelle la représentation de la nation était inséparablement liée à l’identification de l’immigré, de l’étranger, de celui (celle) n’appartenant pas (ou pas encore) à cette nation. Ce processus eut des effets de deux types : Au fur et mesure que la définition, ségrégation et parfois discrimination des étrangers selon les critères de la langue, la culture ou la religion devenaient d’usage, les immigrés eux-mêmes étaient forcés d’accepter l’appartenance au groupe qui leur était assigné et, le cas échéant, de se comporter en conséquence. La réunion en des groupes définis selon l’appartenance ethnique, nationale ou autres n’était pas qu’une tendance générale, voir naturelle, elle était forgée non seulement par l’auto-représentation, mais aussi - et peut être quelquefois davantage - par les représentations imposées par l’environnement. De plus, l’identification avec l’environnement habituel, le voisinage, la société, qui va de soi dans les pays d’origine et qui souvent se trouve situé au-delà de la conscience quotidienne, est remis en question dans un environnement nouveau et étrange. Ainsi le sens du Moi et de l’Autre se mobilisent et se transforment. D’où la question : de quelle façon le groupe commence-t-il à se constituer dans la confrontation avec un environnement nouveau.

Michael Esch est docteur en Histoire à l’Université de Düsseldorf.


Sommaire de l’article

Abrégé de la littérature
Représentation et Auto identification
Communautés symboliques et topographiques
Assimilation, acculturation, intégration
Plan de travail et sources
Les sources sérielles et demi-sérielles
 - Les dossiers de naturalisation
Sources sérielles supplémentaires
 - Mains courantes
 - Dossiers juridiques
 - Autobiographies et lettres
Autres sources littéraires
Notes

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Les phases de l’immigration portugaise, des années vingt aux années soixante-dix

On peut distinguer dans cette histoire, entre 1916 et la fin des années soixante-dix, plusieurs périodes très contrastées. A des époques d’arrivées massives concentrées sur peu d’années, succèdent des périodes de départs importants ou de stagnation des arrivées. Ainsi aux deux grandes " vagues " de l’immigration portugaise durant les années vingt et les années soixante, on peut opposer le recul important des années trente et quarante et repérer la faible progression depuis le milieu des années soixante-dix.

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Sommaire
A - La " premiè vague " : 1916 - 1931
I - La 1 ère guerre mondiale fait de la France un des horizons de l’émigration portugaise.
II - L’entre-deux guerres, première grande période de l’immigration portugaise en France.
1/ Une forte immigration de travailleurs
2/ Les exilés politiques après le coup d’état militaire de 1926
B -1930 - 1956 Les années creuses
I -De la Crise à la Libération.
1-Les retours massifs des années trente.
2- L’immigration portugaise pendant la guerre et l’occupation.
II- 1945-1956 : De la Libération à l’essor des Trente Glorieuses
1 -Reprise de l’immigration portugaise en France dès la Libération.
2- Un petit nombre d’exilés politiques.
C- 1956- 1974 : les Portugais, plus grand groupe d’immigrés en France.
I- La France devint la première destination des émigrants portugais
II- Les entrées irrégulières deviennent la règle.
III - Qui étaient alors les immigrés portugais ?
1- Des travailleurs issus d’un exode rural sans précédent qui vide
les campagnes au nord du Tage
2- Des immigrés concentrés sur quelques régions, et surreprésentés
dans certains secteurs professionnels.
3 - Désobéissance civile et guerre coloniale.
4- Une nouvelle génération d’exilés politiques
IV - Les immigrés portugais entrent dans la société française
1 - L’isolement des immigrés portugais jusqu’au milieu des
années soixante : le temps des bidonvilles
2 - La société française " découvre" les Portugais
3- Les débuts de la vie associative des immigrés portugais.
En conclusion ?

L’obsession identitaire. À propos d’un livre de Laurent Bouvet

Plutôt que d’opposer minorités et majorités, mieux vaut travailler à quelque chose de fondamental qui relie pratiquement les unes et les autres : le double sentiment de la dépossession et de l’humiliation.

Dépossession et humiliation des ouvriers anciens ballottés économiquement et territorialement, au gré des restructurations financières, des délocalisations et des spéculations foncières avivées par la métropolisation.

Dépossession et humiliation des populations, immigrées ou non, vouées à la relégation dans des territoires où la puissance publique ne peut plus ou ne veut plus assumer totalement ses fonctions de redistribution et de services publics en tous genres.

Dépossession et humiliation des jeunes que, deux ou trois générations après, on dit toujours « issus de l’immigration », et qui sont voués au sur-chômage, aux discriminations à l’embauche et à l’emploi, aux contrôles au faciès et à la suspicion d’étrangeté, par couleur de peau ou par religion.

Dépossession et humiliation des citoyens qui sont éloignés des décisions, qui se sentent consultés pour consentir et non pour décider, quand on ne tourne pas ouvertement le dos à leur demande (comme ce fut le cas pour ceux qui votèrent Non au projet de Traité constitutionnel européen en 2005). (...)

Le commun, d’ailleurs, ne se décrète pas. Il ne se définit pas par avance. Il se construit dans la participation de tous, sans exclusive, sans assignation d’identité mais sans déni d’identité, à des projets collectifs. Projets non pas seulement économiques, ou sociétaux ou culturels : projets de société, où les individus ne vivront plus leur existence comme relevant du "chez nous" ou du "chez eux" mais du "chez tous".

La tribune complète de Roger Martelli sur le site de la revue Regards

Roger Martelli est un historien du communisme. Ancien membre de la direction du Parti communiste français, il est codirecteur de la rédaction du mensuel Regards et a coprésidé la Fondation Copernic avec Anne Le Strat jusqu’en 2009. Il est notamment l’auteur de La Bataille des mondes, Éditions François Bourin, 201.


La laïcité doit-elle être repensée ?

"La laïcité aujourd’hui c’est la peur de l’Autre !" Alors que la consultation sur le nouvel enseignement de la morale laïque et civique va commencer, la laïcité semble faire l’unanimité dans le monde éducatif. Valeur fondatrice de l’école publique elle semble une vérité indéboulonnable. Pourtant pour Béatrice Mabilon-Bonfils, sociologue à l’Université de Cergy-Pontoise, et Geneviève Zoïa, anthropologue à l’Université de Montpellier, la laïcité est devenue un écran qui empêche de voir les élèves, lire le monde et penser l’avenir. Dans un ouvrage extrêmement percutant, les deux auteures dénoncent l’hypocrisie du discours officiel de l’Ecole qui parle de laïcité mais s’accommode très bien de la ségrégation ethnique dans ses établissements. Pour elles la laïcité mis en pratique dans le système éducatif est devenue un obstacle à l’intégration. " L’élève abstrait sans appartenance n’existe pas et l’injonction de laisser ses identités au portemanteau est irrecevable" explique Béatrice Mabilon-Bonfils. L’ouvrage fera polémique. Il veut nous mettre en garde et nous inviter à penser la nécessaire cohabitation des cultures.

Lire l’interview complète de Béatrice Mabilon-Bonfils, sociologue, à l’occasion de la sortie du livre "La laïcité au risque de l’Autre" écrit avec Geneviève Zoïa sur le site du Café Pédagogique.


Béatrice Mabilon-Bonfils, Geneviève Zoïa
La laïcité au risque de l’Autre
Ed. de l’Aube, La Tour-d’Aigue (Vaucluse),
Collection Monde en cours , ISBN 978-2-8159-1079-8

Site de l’éditeur

Les doubles discours sur la mixité sociale à l’école

Qui veut vraiment lutter pour la mixité sociale à l’école ? On peut poser la question au vue des résultats de l’Ecole française. Dans un nouveau livre, à paraitre le 8 avril, Choukri Ben Ayed, sociologue, professeur à l’Université de Limoges, étudie de façon précise l’histoire de la notion de mixité sociale dans le monde éducatif depuis les origines de l’école républicaine. Sans concessions, il analyse les mesures prises ces dernières années pour la mettre en pratique qu’il s’agisse de "l’assouplissement" de la carte scolaire voulue par Sarkozy ou de la circulaire de janvier 2015 sur la sectorisation des collèges. Ce qu’il observe c’est le décalage considérable entre les discours et les actes avant ou après 2012. Il indique des pistes pour sortir des ornières où la question s’enlise.

Lire l’entretien avec Choukri Ben Ayed, sociologue, à l’occasion de la sortie du livre La mixité sociale à l’école. Tensions, enjeux, perspectives, sur le site du Café Pédagogique.


Choukri Ben Ayed, La mixité sociale à l’école. Tensions, enjeux, perspectives. Armand Colin, 2015. Parution le 8 avril 2015.

La laïcité est devenue phobique

Trois mois après les attentats de Paris, le débat français témoigne d’une profonde interrogation du pays sur son identité. Le thème de la laïcité revient en force. La question religieuse est omniprésente. Mais pour y mettre quel contenu ? L’approche anthropologique de la question religieuse est devenue tellement étrangère à l’expérience vécue d’une majorité de Français attachés à la laïcité, que le débat semble prisonnier de deux extrêmes. D’un côté la réaffirmation de l’attachement inconditionnel à cette laïcité qui régule la société mais ne saurait faire fonction de philosophie ou de sagesse de substitution. De l’autre, la peur entretenue par les extrémistes islamistes qui bombardent internet et notre monde médiatique de leurs menaces doctrinaires.

Pour parler de ces thèmes, voici un entretien avec un des principaux spécialistes de l’islam politique, Olivier Roy. Il vient de raconter son parcours intellectuel dans un très beau livre publié aux éditions du Seuil, En quête de l’Orient perdu. Il revient pour nous sur Charlie, sur le débat français, sur le nouveau panorama du djihadisme que la montée en puissance de Daech est en train de créer. Une version brève de cet entretien a été publiée dans le Dimanche Ouest-France du 12 avril.

Lire l’entretien en intégralité sur le blog Ouest-France Tout un monde de Laurent Marchand.


En quête de l’Orient perdu, entretiens avec Jean-Louis Schlegel
Olivier Roy, 2014, Le Seuil
Site de l’éditeur

L’école française, cancre en arabe

Trois millions de personnes le parlent en France. Pourtant, il y est peu ou mal enseigné. Par manque de volonté politique, par crainte du communautarisme. Quitte à abandonner le terrain aux associations religieuses.

Au lycée Jacquard, dans le 19e arrondissement de Paris, ils sont près de deux cents chaque semaine. Deux cents élèves de la seconde à la terminale, issus d’une quarantaine de lycées, qui étudient l’arabe en « enseignement inter-établissements ». « Très motivés », selon le proviseur adjoint, Damien Lucas, ils viennent souvent de loin, un soir ou le mercredi après-midi. Chaque année, leur nombre augmente de plusieurs dizaines. A Paris, seulement huit lycées et trois collèges proposent l’arabe en langue vivante — tous situés rive droite. Le courrier officiel du rectorat qui, en 2012, incitait sept établissements de la rive gauche à les imiter a essuyé sept refus... « La rareté des classes d’arabe est un mystère pour moi, reconnaît Damien Lucas. C’est une richesse pour l’établissement, et un élément positif à verser au dialogue entre les différentes composantes de notre société. »

Lire l’article en intégralité en ligne sur le site de Télérama

L’islamophobie, un instrument de pouvoir qui permet de reformuler le racisme d’antan

Après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en janvier 2015, le nombre d’actes islamophobes en France s’est sensiblement accru. Dans ce pays où vivent quelque cinq millions de musulmans, soit la plus grande communauté musulmane d’Europe, le nombre d’actes islamophobes au premier semestre 2015 a augmenté de 281 %, selon les chiffres de l’Observatoire national contre l’Islamophobie (ONCI). Depuis les attentats du 13 novembre, 222 actes islamophobes ont été enregistrés par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).

Pourtant, si ces chiffres indiquent un regain inquiétant, l’islamophobie qu’ils supposent n’est en rien un phénomène nouveau. C’est en tout cas ce que soutient le journaliste et essayiste Thomas Deltombe, auteur de L’Islam imaginaire : la construction médiatique de l’islamophobie en France (1975-2005), aux éditions La Découverte (2005), ouvrage dans lequel il interroge la construction médiatique et politique de la figure du musulman en France.

Deltombe : « L’islamophobie, un instrument de pouvoir qui permet de reformuler le racisme d’antan »
Hassina Mechaï
Middle East Eye, 18 janvier 2016

De « l’esprit du 11 janvier » à la « déchéance de la nationalité » : chronique d’une année de régression culturaliste

Trois séries de faits ont marqués l’année 2015. La première borne l’année par les attentats ignobles de janvier et de novembre. La seconde est constituée des instrumentalisations de l’émotion publique, qu’ils ont suscités dans une logique froide de réal-politique gouvernementale : elle va de « l’esprit du 11 janvier » à la déchéance de la nationalité en passant par le double consensus pour la poursuite de la guerre et pour l’Etat d’urgence renouvelable. La troisième est une conséquence logique de la précédente et se traduit par la banalisation des « abus » de l’Etat d’urgence, par la montée des actes islamophobes, par les résultats électoraux du Front National et par la manifestation raciste et islamophobe d’Ajaccio. Le discours médiatique et politique dominant, en présentant les deux premières séries de faits comme reliées par un ordre de causalité, légitime l’Etat d’urgence et la guerre comme nécessités de la sécurité publique. Par le procédé exactement inverse c’est-à-dire en refusant d’interroger les interactions entre les deux dernières séries de faits, les mêmes discours masquent les responsabilités gouvernementales dans le développement rapide de rapports sociaux racistes dans notre société.

Saïd Bouamama est sociologue à l’Institut de formation action recherche (IFAR) de Lille.

Lire l’article en version intégrale sur le blog de Saïd Bouamama

Maurice Godelier : « Jamais et nulle part la famille n’a été le fondement de la société »

<doc399|left> " Ce qui fait société, ce ne sont jamais les rapports de parenté, même dans les sociétés tribales : ce sont les rapports politico-religieux. Ceux-ci englobent tous les groupes de parenté et leur octroient une identité et une unité communes. Ils instituent la souveraineté des groupes humains - clans, castes ou classes - sur un territoire, ses habitants et ses ressources. C’est le politico-religieux qui fait société et non la famille. "

https://www.liberation.fr/debats/2018/09/26/maurice-godelier-jamais-et-nulle-part-la-famille-n-a-ete-le-fondement-de-la-societe_1681416

L’école et la question sociale : les recompositions actuelles de l’action éducative

Une des évolutions notables de l’école contemporaine concerne l’émergence de problématiques socioéducatives qui interrogent la mission de socialisation traditionnellement dévolue à l’institution scolaire.
Appelée à gérer des situations qui vont au-delà du travail éducatif ordinaire et à traiter les problématiques pouvant émerger du fait de la prise en compte de publics en situation de précarité et de grande hétérogénéité socioculturelle, l’école se voit aujourd’hui confrontée à la question sociale sous une forme à bien des égards renouvelée.

Désormais, face à des populations d’élèves dont les conduites sociales s’écartent des attentes scolaires, l’école se charge non plus seulement d’instruire des cohortes mais aussi d’éduquer, de soutenir et d’accompagner des acteurs scolaires (élèves, parents) pris dans un monde d’instabilité et d’insécurité sociales croissantes.

Ce contexte général se traduit par une double exigence, à la fois de diversification des rôles professionnels et de développement d’une prise en charge axée sur les singularités des élèves, laquelle est porteuse d’innovations, mais aussi source de tensions.

Au travers de contributions issues de différents contextes éducatifs et d’approches variées, ce numéro de Raisons éducatives entend examiner la manière dont les frontières de l’action éducative se recomposent sous l’effet de l’évolution des publics et des politiques scolaires.

Articles en accès libre et téléchargement sur https://www.cairn.info/revue-raisons-educatives-2018-1.htm?WT.mc_id=RAISED_022

La mixité sociale à l’école : En finir avec la cacophonie ?

Il y a moins d’une dizaine d’années la question de la mixité sociale à l’école était un sujet confidentiel suscitant parfois l’indifférence y compris dans certains milieux scientifiques. Son « succès » médiatique, politique, scientifique soudain a quelque chose de déconcertant puisqu’il cohabite avec la dégradation des conditions de scolarisation dans les territoires les plus en difficulté et la souffrance des populations les plus exposées aux ségrégations avec leur lot de déconsidération et de disqualification sociale.

La mixité sociale à l’école : En finir avec la cacophonie ? 
Choukri Ben Ayed
​Le Café pédagogique, 30 septembre 2016

À lire sur le site du Café pédagogique.

Choukri Ben Ayed est sociologue à l’université de Limoges


Pourquoi les enfants d’ouvriers réussissent moins bien à l’école que ceux des cadres ?

Les enfants des catégories populaires sont-ils moins intelligents ou moins travailleurs ? Pourquoi les écarts de niveau scolaire se creusent-ils entre les enfants de milieux sociaux différents dès l’école primaire ? Les explications de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Extrait du Centre d’observation de la société.

Lire l’article en ligne sur le site de l’Observatoire des inégalités

L’Islande accueille les Syriens à bras ouverts

L’île se mobilise depuis une semaine pour recevoir des familles exilées qui patientaient dans des camps de réfugiés au Liban. Certains citoyens appellent à encore plus de générosité.

Par Antoine Jacob, janvier 2016

Une petite ville sans histoires au fond d’un fjord enneigé dont on ne voit pas toujours le sommet, quelques rues piétonnes et des logements accrochés à flanc de montagne. Tel est le décor qu’ont découvert – pendant les quelque six heures de jour – les quatre familles de réfugiés syriens après leur arrivée à Akureyri, le 19 janvier. Leur nouveau chez eux, dans le nord de l’Islande, juste au-dessous du cercle arctique.

Lire l’article en intégralité sur le site du journal La Croix

Agir pour la reconnaissance des familles populaires à Marseille

Dans un contexte de forte ségrégation ethnique et sociale, l’association d’éducation populaire Approches Cultures & Territoires construit avec les professionnels, les élèves et les habitants des quartiers populaires de Marseille des espaces, des outils, des alternatives au sein desquels ceux qui font au quotidien l’expérience
de stigmatisations, de relégations urbaines, sont à l’origine d’initiatives collectives et de propositions pour une école plus égalitaire et émancipatrice.

Découvrez l’article en intégralité (PDF)



Un article de Damien Boisset et Soraya Guendouz-Arab, paru dans le n°181 de la revue Diversité.


Discriminations de genre et de race. Logiques communes, risques de concurrence et perspectives de convergence

Les phénomènes discriminatoires peuvent concerner de manière simultanée l’origine ethnique, sociale, le genre et l’orientation sexuelle d’une personne. Dans l’accompagnement des victimes, le risque est grand pour les acteurs sociaux de ne considérer qu’un seul de ces critères. Le discriminé pourrait être vu à son tour comme producteur de discriminations et stigmatisé comme tel ou, au contraire, être enfermé dans une posture victimaire. Dans les deux cas, il s’agit de penser ensemble les origines multiples des discriminations.

Plan
Deux séries d’observations empiriques
Un premier présupposé : tout le monde discrimine… surtout les discriminés
Un deuxième présupposé : les jeunes garçons des quartiers populaires incarnent le sexisme
Troisième présupposé : sexisme et racisme relèveraient de logiques différentes sinon concurrentes
Une perspective de changement : passer du concernement singulier à l’intéressement général
Des logiques de construction historique communes mais des luttes le plus souvent spécifiques
Un obstacle commun : la victimisation
Un enjeu de convergence : déconstruire les positions majoritaires

Lire l’article en intégralité

La sociologie vient gêner la légitimation de la domination

« Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » : ces mots prononcés récemment par le premier ministre, parmi d’autres déclarations similaires, à la suite des attentats de novembre 2015, ont déclenché une vive polémique. Or ces attaques contre la volonté de comprendre ce qui est à l’origine des actes, y compris les plus répréhensibles, des individus – volonté qui est à la base de la démarche des sciences sociales et de la connaissance de la réalité en général – ont une histoire et procèdent d’une logique. C’est ce que montre le sociologue Bernard Lahire dans son dernier ouvrage, « Pour la sociologie. Et pour en finir avec une prétendue “culture de l’excuse” », écrit avant ces attentats et les charges de Manuel Valls. Rappelant ce que sont les sciences sociales, il met au jour ce que recèlent les résistances auxquelles elles sont de plus en plus confrontées dans la sphère publique : la justification des processus de domination sociale.

Lire l’entretien en intégralité sur le site du journal L’Humanité

L’émancipation ne doit pas être réservée à ceux qui lisent

Nous savons tous que la société marche sur la tête ; reste à attendre le soulèvement, le grand, celui qui décidément tarde à venir — d’ici là, continuons d’annoter les marges des essais et d’écrire des articles de « confort et réconfort dans le radicalisme de papier des enclos universitaires ».

Emmanuel Daniel, l’auteur d’un Tour de France des alternatives paru en 2014, se porte en faux : pourquoi attendre quand tant se trouve déjà à portée de mains ?

Il a sillonné le pays durant deux ans, à la rencontre de nombreuses expériences locales et concrètes (qui, pour la plupart, ne font pas parler d’elles), et en revint avec une certitude : les citoyens ordinaires peuvent, ici et maintenant, sans État ni partis, mettre en place à leur échelle la société égalitaire dont beaucoup rêvent.

Mais ces micro-révolutions, même reliées entre elles, sont-elles vraiment suffisantes ? Nous en parlons ensemble.

Lire l’article en version intégrale sur le site de la Revue Ballast


Eduquer à la paix pour résister à l’esprit de guerre

La première déclaration de l’Unesco à sa fondation avait indiqué que la guerre se trouve d’abord dans l’esprit, et l’Unesco a voulu promouvoir une éducation pour la paix. Mais en fait, il ne peut être que banal d’enseigner que paix vaut mieux que guerre, ce qui est évident dans les temps paisibles. Le problème se pose quand l’esprit de guerre submerge les mentalités. Eduquer à la paix signifie donc lutter pour résister à l’esprit de guerre.

Cela dit, en temps même de paix peut se développer une forme extrême de l’esprit de guerre, qui est le fanatisme. Celui-ci porte en lui la certitude de vérité absolue, la conviction d’agir pour la plus juste cause et la volonté de détruire comme ennemis ceux qui s’opposent à lui ainsi que ceux qui font partie d’une communauté jugée perverse ou néfaste, voire les incrédules (réputés impies).

Lire l’article en version intégrale sur le site du journal Le Monde


Frantz Fanon et l’islamophobie contemporaine

Si l’œuvre de Frantz Fanon (1925-1961) est incontournable pour penser l’islamophobie contemporaine, dans le contexte français en particulier, c’est parce qu’il a mieux que d’autres compris les évolutions historiques de son temps, qui se reflètent aujourd’hui dans le nôtre. S’il n’utilise jamais le terme « islamophobie », réapparu dans l’actualité dans les années 2000 après un siècle d’éclipse, Frantz Fanon – qui fut médecin, psychiatre, essayiste, militant anticolonialiste – en avait parfaitement compris les logiques de fond. C’est ce que l’on propose d’étudier dans ce texte.

Par Thomas Deltombe, journaliste, éditeur et auteur de l’Islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie en France.

Lire l’article en version intégrale sur le site Contre-Attaque(s) en cliquant ici


Lutter contre les discriminations ? Certes ! Et contre les inégalités ?

En février 2016, l’académie de Créteil a publié un rapport sur la question des discriminations. Ce texte appelle selon nous un certain nombre de commentaires et doit susciter le débat.


Dans un premier temps, nous nous efforçons de préciser le vocabulaire en rappelant les définitions juridiques et sociologiques du terme « discrimination ». Nous nous centrons, dans la suite de l’article, sur la question de la discrimination ethno-raciale. 


Dans un second temps, nous nous demandons si le système scolaire est discriminatoire. Nous faisons référence à de nombreux travaux dont les hypothèses de départ et les méthodologies diffèrent.

Il s’en dégage une conclusion assez nette : on ne peut pas parler de discrimination au sens juridique (ou de façon exceptionnelle) et l’influence de la discrimination systémique sur les écarts de réussite scolaire est faible. Ces écarts s’expliquent principalement par les caractéristiques économiques, sociales et éducatives du milieu d’origine des élèves.


Dans un troisième temps nous soulignons que si le concept de discrimination est indiscutablement utile dans de nombreuses analyses, la façon dont il a été introduit dans le débat public conduit à s’interroger sur les liens qu’il entretient avec la domination croissante de politiques économiques libérales et le creusement des inégalités socio-économiques.


Enfin, nous nous interrogeons sur les risques d’une erreur de diagnostic quant à l’origine des inégalités d’apprentissage des élèves. Est-on en présence de discriminations ethno-raciales ou bien des conséquences sur les enfants issus des milieux populaires (d’origine immigrée ou pas) du paradigme pédagogique dominant ?


Lire l’article en intégralité sur le site Démocratisation-scolaire.fr

La disparition. Le traitement de la « question raciale » dans l’action publique locale de lutte contre les discriminations

Cet article vise ainsi à rendre compte du traitement de la « question raciale » au travers de l’étude des actions entreprises en Normandie par l’État, les collectivités territoriales et le secteur associatif. Il met en lumière les ambivalences de la transversalité et les processus de déliaison entre racisme et discrimination d’une part, et de dilution dans la question sociale, d’autre part, qui aboutissent à la quasi disparition de la « question raciale » dans les actions locales de lutte contre les discriminations.

Lire l’article en version intégrale sur le site du Réseau Terra


Elise Lemercier, Elise Palomares, "La disparition. Le traitement de la « question raciale » dans l’action publique locale de lutte contre les discriminations ", REVUE Asylon(s), N°8, juillet 2010-septembre 2013, Radicalisation des frontières et promotion de la diversité.

Comment l’obsession sécuritaire fait muter la démocratie

Une citoyenneté réduite à des données biométriques :

L’article 20 de la loi de programmation militaire, promulguée le 19 décembre, autorise une surveillance généralisée des données numériques, au point que l’on parle de « Patriot Act à la française ». Erigé en priorité absolue, l’impératif de sécurité change souvent de prétexte (subversion politique, « terrorisme ») mais conserve sa visée : gouverner les populations. Pour comprendre son origine et tenter de le déjouer, il faut remonter au XVIIIe siècle…

La formule « pour raisons de sécurité » (« for security reasons », « per ragioni di sicurezza ») fonctionne comme un argument d’autorité qui, coupant court à toute discussion, permet d’imposer des perspectives et des mesures que l’on n’accepterait pas sans cela. Il faut lui opposer l’analyse d’un concept d’apparence anodine, mais qui semble avoir supplanté toute autre notion politique : la sécurité.

Par Giorgio Agamben
Philosophe, auteur entre autres de L’Homme sans contenu, Circé, Belval (Vosges), 2013.

Lire l’article en intégralité sur le site du Monde Diplomatique

Aux origines des controverses sur la laïcité

Apaiser la question religieuse pour poser la question sociale

La nomination par le président Jacques Chirac d’une commission chargée de réfléchir sur la laïcité dans la République, au moment même où l’Assemblée nationale se penche sur le port de signes religieux à l’école, illustre la vigueur du débat qui traverse la société française. Il y a un siècle, l’adoption de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat marquait une étape décisive du combat pour la laïcité. Les discussions de l’époque permettent d’éclairer les enjeux actuels et de corriger quelques idées reçues.

Par Alain Gresh

Lire l’article en intégralité sur le site du Monde Diplomatique

Colonialisme, néocolonialisme et balkanisation : les trois âges d’une domination

Irak, Lybie, Soudan, Somalie, etc., la liste des nations éclatées en morceaux suite à une guerre et à une intervention militaire états-unienne et/ou européenne ne cesse de grandir. Au colonialisme direct d’un « premier âge » du capitalisme et au néocolonialisme d’un « second âge » semble succéder le « troisième âge » de la balkanisation.

En parallèle, une mutation des formes du racisme peut être constatée. Au racisme biologique a succédé le racisme culturaliste après la seconde guerre mondiale et ce dernier tend depuis plusieurs décennies à se décliner à partir du religieux sous la forme dominante pour l’instant de l’islamophobie. Nous sommes, selon nous, en présence de trois historicités en articulation étroite : celle du système économique, celle des formes politiques de la domination et celle des idéologies de légitimation.

Colonialisme, néocolonialisme et balkanisation : les trois âges d’une domination
Saïd Bouamama
9 mai 2016

À lire sur le blog de Saïd Bouamama.

Saïd Bouamama est sociologue.

L’arabe, une langue « communautaire » ? C’est surtout une matière oubliée de l’école

« Une pensée identitaire qui prône l’exclusion et le repli sur soi d’une virulence inouïe, un combat populiste et démagogique qui instrumentalise l’école de la République à des fins idéologiques inavouées, qu’il ne faut pourtant pas hésiter à qualifier de profondément xénophobes » : la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, a de nouveau condamné, dimanche 29 mai dans le Journal du dimanche, les propos d’Annie Genevard lors des questions au gouvernement à l’Assemblée.

Le 25 mai, la députée Les Républicains (LR) du Doubs a affirmé que l’introduction de la langue arabe dans les programmes scolaires, alors que « des langues anciennes qui sont nos racines ou des langues européennes comme l’allemand » voient leur enseignement réduit, « divisera[it] les Français » et encouragerait le communautarisme.

Le Monde fait le point sur les différentes déclarations des politiques concernant l’enseignement de l’arabe à l’école.


L’arabe, une langue « communautaire » ? C’est surtout une matière oubliée de l’école
Anne-Aël Durand, Le Monde
27 mai 2016

À lire sur le site du Monde.

Sous la haine de la pédagogie, celle de l’égalité

En cette rentrée, le débat sur l’éducation est plus que jamais enkysté par les appels au retour à l’ordre moral, à l’autorité et à « l’identité nationale ». Mesures simplistes (port de l’uniforme ou salut au drapeau) et offensives idéologiques (sur le « roman national » ou contre l’enseignement des questions de genre) sont relayées en « une » des magazines ou dans des pamphlets hargneux livrant les prétendus « pédagogistes » à la vindicte populaire.

Sous des aspects plus ou moins folkloriques, c’est la nostalgie d’une école de la ségrégation sociale, du chacun à sa place et de l’entre-soi qui avance masquée. Car ces discours sur le « bon vieux temps » participent d’une offensive réactionnaire qui vise en réalité l’égalité et la démocratie, à l’école et au-delà.

Depuis trente ans, les déplorations sur le naufrage de l’école, annonciateur de l’effondrement de la « civilisation », sont à la fois le socle de la stratégie de reconquête de l’hégémonie culturelle par les droites extrêmes et l’assise idéologique d’un courant national-républicain.


Sous la haine de la pédagogie, celle de l’égalité
Tribune de Laurence De Cock (professeure d’histoire-géographie et docteure en sciences de l’éducation) et Grégory Chambat (enseignant)
Publiée sur LeMonde.fr le 20 octobre 2016
Disponible sur le site Questions de classe(s)

Genre et migrations. L’autonomie à l’épreuve du volet linguistique du contrat d’accueil et d’intégration

Partant d’une recherche qui a consisté à interroger l’actualisation du genre et des rapports sociaux à travers la mise en application du volet linguistique du contrat d’accueil et d’intégration à Rennes, cette contribution vise à interroger l’autonomie comme révélateur de logiques normatives et de rapports sociaux, circonscrits au fonctionnement de ce dispositif des politiques de l’immigration et de l’intégration, dans un contexte de multiplication des processus de suivi individualisés et contractualisés, privilégiant des mécanismes d’autonomisation individuelle.

À partir d’enquêtes de terrain réalisées dans l’organisme agréé pour la formation linguistique contrat d’accueil et d’intégration (CAI) à Rennes, il s’agira plus particulièrement de décrire la manière dont apparait, dans ce contexte d’offre-obligation de formation linguistique, une forme d’injonction à l’autonomie par la langue, prioritairement adressée aux femmes stagiaires de ce dispositif. Ceci, illustrant la façon dont cet idéal de remise en cause des formes de contrôle social s’infuse par une invisibilisation des rapports de pouvoir qui lui sont pourtant inhérents.

Retrouvez l’article à lire en version intégrale sur le site de la revue GLAD !, revue sur le langage, le genre, les sexualités.



Le CNESCO aux sources d’une école championne des inégalités

Comment l’école française est-elle devenue la plus inégalitaire des pays développés ? Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) a publié le 26 septembre un passionnant rapport sur le sujet. Il en ressort que les premières responsables du creusement des inégalités sont les politiques scolaires elles-mêmes avec, notamment, une politique d’éducation prioritaire qui enfonce aujourd’hui plus qu’elle n’aide les élèves défavorisés. Le CNESCO lance aussi une hypothèse nouvelle : les enfants d’immigrés souffriraient de discrimination négative.

Nathalie Mons, la présidente du CNESCO, et Georges Felouzis, professeur à l’université de Genève, ont présenté ce rapport à deux voix. Ils en ont d’abord souligné la dimension inédite. Vingt-deux équipes de recherche, françaises et étrangères, y ont collaboré, mêlant plusieurs disciplines – sociologues, économistes, psychologues, didacticiens, etc.
 
Au centre de leurs recherches, l’aggravation des inégalités à l’école française entre 2000 et 2012, ce qui a impliqué de remonter aux sources et de travailler sur les trente dernières années. Enfin, sur le sujet lui-même, a souligné Nathalie Mons, "très peu de recherches avaient jusqu’ici étudié les raisons des inégalités à l’école et comment on en est arrivé là. "
 
Avant d’en venir aux principaux responsables puis aux préconisations, le CNESCO a dressé un constat saisissant de toutes les inégalités que l’école génère et qui pèsent sur le destin scolaire, puis professionnel, de ceux partant déjà avec le moins d’atouts – pour résumer sommairement : les enfants de milieux défavorisés, avec un faible capital culturel et des parents très éloignés de l’école.


Lire l’article en intégralité sur le site du Café Pédagogique

Gouverner la ville avec des milieux « communautaires ». Construction et légitimation des « communautés » gagnantes dans l’espace public marseillais

La célébration du melting-pot, du cosmopolitisme marseillais et de « communautés » coexistant de manière pacifique est devenue dans les années 1990 et 2000 un puissant véhicule de représentations sociales au travers des médias locaux, nationaux et étrangers, de la littérature, des musiques et des disciplines artistiques, des institutions politiques, du discours commun, ainsi que des sciences sociales. Selon ces discours, il y aurait donc à Marseille des « communautés » dont la construction sociale en tant qu’entités coexistant pacifiquement serait le corollaire naturel d’un supposé cosmopolitisme. Cette invention du cosmopolitisme marseillais et des « communautés » sous leur forme pacificatrice et consensuelle cache néanmoins le fait que les « communautés » ne sont pas toutes construites et légitimées de la même manière par les acteurs associatifs-communautaires, et ne reçoivent pas toutes les mêmes avantages ni la même reconnaissance de la part des autorités politico-institutionnelles.

Cesare Mattina est maître de conférences en sociologie
 au Laboratoire Méditerranéen de Sociologie (LAMES-CNRS)-Université Aix-Marseille.

Lire l’article en intégralité sur le site de la revue Métropoles

Une politique impuissante face à l’ampleur des inégalités

Bien qu’elle soit à l’origine de diverses améliorations en termes de bâti ou de promotion sociale, la politique de la ville ne semble pas avoir eu les moyens de ses ambitions : les inégalités territoriales restent toujours prégnantes.

Le chiffre est sans appel. À en croire un sondage de février 2015 1, 89 % des Français jugent la politique de la ville inefficace. Seuls 10 % des sondés considèrent que les mesures prises en faveur des banlieues ont permis d’améliorer la situation, tant en termes d’éducation que d’emploi, de cadre de vie, de santé ou de sécurité. Pourtant, après plus de quarante ans de politique de la ville, la physionomie des quelque 430 zones urbaines sensibles a été modifiée de façon significative.

Depuis la mise en œuvre de l’ambitieux programme national de rénovation urbaine (PNRU 1) en 2003, l’esthétique et l’isolation des nombreux logements sociaux symbolisant ces cités populaires ont évolué dans le bon sens. Une dynamique positive qui devrait se poursuivre, puisque au moins 216 autres quartiers - dont certains composés de copropriétés privées dans des centres anciens dégradés - devraient faire l’objet d’un traitement en profondeur.

Pour que le programme national de renouvellement urbain (PNRU 2) soit à son tour considéré comme une réussite, l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) mobilisera 5 milliards d’euros supplémentaires d’ici à 2024 - via notamment les sommes collectées par Action logement, l’ex-1 % logement -, en sus de la quinzaine de milliards attendus des collectivités, bailleurs sociaux et autres promoteurs immobiliers.

Cliquez ici pour lire l’article en intégralité sur le site du laboratoire d’idées Constructif

Hugo Soutra est journaliste à La gazette des communes et au Courrier des maires, cofondateur de Médiacités.


Laboratoire d’idées, Constructif ouvre aux chercheurs, aux experts et aux acteurs de terrain une nouvelle tribune pour s’exprimer sur les grandes questions de société. Espace de débat, d’analyse et d’échange d’expériences, Constructif offre aux décideurs un nouvel outil pour éclairer leur réflexion et les aider à faire des choix. Vigie du monde du Bâtiment, Constructif scrute les mutations en cours et à venir dans le champ économique et social pour contribuer à l’élaboration de stratégies à moyen et long termes.

La bibliothèque dans les quartiers populaires

L’indifférence des habitants des quartiers populaires vis-à-vis des bibliothèques/médiathèques peut sembler un paradoxe. Depuis cinquante ans, les politiques de la culture tentent une démocratisation poussée du savoir et des œuvres littéraires et artistiques, et les bibliothèques, transformées en médiathèques, incarnent le fer de lance de cette volonté de démocratie culturelle. Or les ouvriers et les jeunes des quartiers populaires ne se sentent pas concernés par cette offre.

Alors que des architectes et des économistes de la construction s’évertuent à implanter dans les quartiers de relégation et les banlieues des chefs-d’œuvre de style contemporain et design, élancé et aérien, lumineux et quasiment luxueux à l’intérieur, alors que les budgets de construction, puis de fonctionnement se chiffrent à plusieurs millions, ni le verre, le bois, l’acier ou le béton, ni les collections et les ordinateurs ne captent l’attention des classes populaires. Comment expliquer cette absence de réception ?

Lire l’article en intégralité sur le site du magazine de sciences humaines et sociales Mondes Sociaux


Populations minorisées et justice scolaire : quelques enjeux pour les populations migrantes

Pour son second numéro, les cahiers de la LCD interrogent le couple « Ecole et migrations » au prisme du concept de la discrimination. Ce numéro est coordonné par Maïtena Armagnague-Roucher et Jean François Bruneaud qui en co-signent l’introduction "Populations minorisées et justice scolaire : quelques enjeux pour les populations migrantes" à consulter en ligne en cliquant ici.

Résumé :
Comment tenter de comprendre la force des enjeux, entourés parfois de tensions et de débats animés, dès lors qu’il s’agit d’école ? Pourquoi les esprits s’échauffent-ils si rapidement et si vivement dès que l’éducation est associée à ce que l’école « devrait être » et « devrait faire » ? Pourquoi l’association entre discrimination et milieu scolaire est à ce point inacceptable pour l’opinion ?

Un des éléments de réponse à ces questions vient de la centralité de l’école dans la société française. Cette position centrale repose sur des fondements certes politiques et philosophiques, mais au-delà de ceux-ci, elle est, dans notre pays, totalement enchevêtrée au système économique de distribution des places dans la division du travail. En conséquence, cette position encourage chacun à structurer un raisonnement moral autour de ce que devrait être la « bonne école », dans la mesure où elle concerne tout le monde et produit, de la part de tous, un jugement et une exigence – à son encontre. Ceci rend le débat relatif à l’école quasi universel et fait que chacun peut y trouver/retrouver un peu de soi, de ce qu’il a vécu, ce qu’il a subi ou ce dont il a bénéficié.


Lire l’article en version intégrale en ligne en cliquant ici

« Populations minorisées et justice scolaire : quelques enjeux pour les populations migrantes », Maïtena Armagnague, Jean-François Bruneaud, Les cahiers de la LCD , Harmattan, 2016, Ecole, Migrations et discriminations, pp.11-19.

« Vivre ensemble » ou « « vivre ensemble égalitaire » ?

L’expression « vivre ensemble » fait désormais partie de la novlangue politique qui contribue à orienter notre perception du réel depuis plusieurs décennies. Des politiques publiques promeuvent ce « vivre ensemble » des structures sociales la revendiquent comme valeur, etc. Loin d’être neutre, cette expression favorise la construction d’un pseudo-problème jugé important et tend à inverser l’ordre des causes et des conséquences à propos de la dégradation de la vie quotidienne des habitants des quartiers populaires.

Saïd Bouamama est sociologue, chargé de recherche à l’IFAR (Intervention Formation Action Recherche), Lille.


Lire l’article en intégralité sur le blog de Saïd Bouamama

Comment on enseigne l’histoire du Moyen-Orient au collège. Le piège des idées reçues

L’histoire du Moyen-Orient contemporain n’apparaît dans aucun « repère annuel de programmation » des nouveaux programmes d’histoire des collèges. Toutefois, l’exercice qui consiste à arpenter des pistes hétérodoxes est toujours pertinent, d’abord pour en avoir conscience et ensuite parce qu’il est parfois possible d’aller plus loin. L’enjeu principal ? Déconstruire au quotidien et concrètement les idées reçues sur cette partie du monde.

Lire l’article en version intégrale sur le site Orient XXI


Archive Biblioteca alexandrina

Qu’est-ce que « la question sociale » ? Sexe, race et classe

Après plusieurs décennies de luttes immigrées, anticoloniales, antiracistes, féministes et LGBT, un dogme inébranlable continue de structurer la pensée politique de la majeure partie de la gauche française, qu’elle soit libérale, marxiste ou libertaire : l’idée selon laquelle les luttes antiracistes, antisexistes et anti-homophobes sont au fond « sociétales » plutôt que sociales, « identitaires » plutôt qu’égalitaires, qu’elles sont un luxe de riches et qu’elles ont même une fâcheuse tendance à divertir, diviser et… servir le Capital ! Le texte qui suit revient brièvement sur ce dogme, il est extrait du recueil Les mots sont importants. 2000/2010.

Par Pierre Tévanian et Sylvie Tissot


Lire l’article en intégralité sur le site LMSI

Quelles utopies pour aujourd’hui ? Éducation-Égalité-Émancipation

Suite au Colloque "Quelles utopies pour aujourd’hui ?" organisé par le groupe Lyonnais et le secteur Langues du GFEN avec le Groupe Romand d’éducation Nouvelle (GREN) qui s’est tenu à Villeurbanne les 16-17 et 18 septembre 2016, un petit groupe a poursuivi les travaux par l’écriture d’un Manifeste "Quelles utopies pour aujourd’hui ? Éducation-Égalité-Émancipation" que nous publions ici.

Nous sommes à l’heure du choix. Nous, acteurs sociaux, éducateurs, créateurs, voulons-nous perpétuer un système scolaire si souvent destructeur des intelligences autant que des personnes, adultes comme enfants ? Voulons-nous maintenir en l’état des pratiques pédagogiques inchangées, des contenus d’enseignements immuables, une évaluation-sélection héritée d’un autre temps ? Non. La dimension d’utopie est la pierre angulaire des propositions pour l’École et la formation que nous faisons en 2017.

Porter l’espérance, croire en l’avenir n’est pas affaire de vertu, mais d’intelligence sociale et de courage. Nous décentrer, surseoir à la violence, cultiver l’empathie, construire des espaces pour penser et agir ensemble, être vigilants face aux mots et à leurs usages, construire de l’individuel au sein des collectifs, débattre, sont les ferments de notre engagement.

Sans une École qui autorise et permet à tous les enfants et adultes de nos pays de construire un avenir commun et digne – sans une école qui cherche vraiment à se transformer aucune issue durable n’est politiquement, ni humainement possible. La partie n’est pas facile, mais elle est déjà largement engagée. De multiples pratiques en attestent en France et dans le monde. Lhumanité est UNE. Sa diversité est sa richesse. Le Tous capables doit guider notre action éducatrice et citoyenne.

Cliquez ici pour lire le manifeste en intégralité et le signer

Todorov et l’école, un plaidoyer contre le racisme, et pour l’humanité

Aujourd’hui le philosophe et historien Tzvetan Todorov est décédé. Les hommages (fort légitimes) ne vont guère tarder. Son œuvre est pionnière à bien des égards, sur les enjeux de mémoire, mais aussi sur les questions coloniales qu’il aborde, en tant que philosophe, à partir des questions liées à l’altérité, notamment par l’histoire de la conquête du nouveau monde. Il est l’un des premiers historiens à avoir tenté une mise en miroir des Européens et des Amérindiens lors de la première colonisation dans ses ouvrages La conquête de l’Amérique : la question de l’autre en 1982, Les récits aztèques de la conquête en 1983 puis Nous et les autres en 1989. C’est à ce titre qu’il est nommé par son ami Luc Ferry en 1994 au Conseil National des Programmes (CNP), institution chargée de réfléchir et réécrire les programmes scolaires de toutes les disciplines et de tous les cycles, depuis 1989.

Lire en intégralité en ligne sur le site d’Aggiornamento

Misère de l’antiracisme institutionnel


Par un hasard singulier du calendrier, la Marche pour la justice et la dignité, contre les violences policières, le racisme, la hogra et la chasse aux migrants, du 19 mars dernier, a coïncidé avec le lancement de la semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme mise en place par le ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Antiracisme politique contre antiracisme institutionnel. Depuis le 31 décembre 2014, dans la "douce" France de François Hollande, le second a été érigé au rang de « grande cause nationale ». Aussi n’est-il pas surprenant que M. Valls, alors à Matignon, ait jugé nécessaire de donner une « nouvelle impulsion aux politiques du gouvernement » dans ces différents domaines. Admirable.

Nul doute, les habitants des quartiers populaires, les familles des victimes de violences policières et les jeunes héritiers de l’immigration post-coloniale seront émus aux larmes par tant de préventions. [...]

Lire la suite sur le site de Mediapart

Olivier Le Cour Grandmaison est politologue, maître de conférences en science politique à l’université d’Evry-Val d’Essonne et enseigne au Collège international de philosophie.. Dernier ouvrage paru : L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Fayard, 2014.

Enseignement de l’histoire : pour l’amour de son pays ?

L’apprentissage de l’histoire à l’école ? « Vaste programme » aurait pu répondre le général De Gaulle. Le sujet est une nouvelle fois revenu sur le devant de la scène pendant la campagne présidentielle française et continue de faire débat entre politiques et enseignants. Pour la première fois en France, une enquête réalisée par une équipe de professeurs-chercheur(es) interroge les enfants sur leur rapport au passé.

Vendredi 19 mai 2017 : le journaliste de France Inter Ali Baddou recevait le nouveau ministre français de l’éducation Jean-Michel Blanquer. A la question « Faut-il enseigner un roman national - expression d’historiens dénonçant les biais politiques dans les manuels d’histoire de France – pour que les petits Français soient fiers de leur pays ? », il répond : « La question de l’amour de notre pays est absolument fondamentale. Elle est à la base de tout. En France, la question (…) apparait comme secondaire. Il faut aimer son pays comme on doit aimer sa famille, ses camarades. Il faut répandre des sentiments positifs, de l’optimisme. Ça ne veut pas dire que notre pays a été formidable dans toute son histoire. Il faut, surtout quand on est petit, avoir un récit chronologique permettant de se repérer. Ça paraît une évidence ».

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Marion Chastain est journaliste multimedia.

Laurence de Cock est enseignante et chercheuse en histoire et sciences de l’éducation.

Freire, Hooks, Freinet : les pédagogues révolutionnaires

Un professeur brésilien aux côtés des opprimés, une féministe afro-américaine née dans le Kentucky, un instituteur communiste des Alpes-Maritimes : c’est fort de ce tour d’horizon que l’auteur, professeur des écoles, jure qu’il est possible, oui, d’« enseigner en allumant des feux plutôt qu’en remplissant des vases ».

Dans les années 1970, en pleine mouvance contestataire, un prêtre viennois a l’impertinence de se livrer à une critique radicale de l’école, qu’il accuse d’entretenir les inégalités qu’elle est censée exterminer. Dans Une Société sans école, Ivan Illich décrit « l’idéologie scolaire » comme une prison dans laquelle s’enferme l’être humain, renonçant à sa propre croissance jusqu’à aboutir à une forme de suicide intellectuel. Visiblement contrarié au-delà du raisonnable, il compare l’éducation à un code rituel interminable, abêtissant et coûteux. Et pourtant, dans le même ouvrage, il affirme connaître un enseignant dont la pédagogie échappe à toutes ces critiques ; la disparition de l’école pourrait, lance-t-il, conduire au triomphe de sa démarche.

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Rachid Zerrouki est professeur des écoles à Marseille

France/ Algérie : "Le fait que les principaux intéressés racontent leur propre histoire peut déranger"

Fatima Sissani est une journaliste et documentariste. Son dernier film "Tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans" raconte l’histoire de trois femmes engagées au côté du FLN pendant la guerre d’Algérie. Il sera présenté mercredi 17 mai à 18h à l’Institut français d’Alger. Méconnue du grand public, Fatima Sissani qui est arrivée en France à l’âge de six ans d’Algérie, est pourtant dotée d’un immense talent. Ses trois documentaires sont d’une rare qualité. Entretien sans langue de bois.

LCDL : Pourquoi ce besoin de faire des documentaires ?
Fatima Sissani  : J’ai toujours fait des documentaires aussi bien à la radio qu’au cinéma. J’adore la forme documentaire parce qu’elle confronte à la réalité sans offrir d’échappatoire. Ce qui m’intéresse, c’est d’interroger la petite histoire pour comprendre la grande histoire sans passer par des spécialistes. Je pars du principe que les gens sont experts de leur vie. Le vécu d’une personne peut venir éclairer de façon parfois lumineuse un propos scientifique (histoire, sociologie, économie, etc).
Il y a plusieurs années, j’étais allée interroger des salariés d’Arcelor qui avait commencé un mouvement de grève. Ils savaient parfaitement vous expliquer la politique de l’entreprise, le contexte économique mondial dans lequel l’entreprise se restructurait. Je prends également beaucoup de plaisir à observer une pensée se déployer au fil de la conversation puisque jusqu’à présent, j’ai fait plutôt des films d’entretien. Chaque fois je suis fascinée par la capacité des gens à élaborer une pensée, enfin si vous leur laissez le temps de réfléchir et de parler !

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Propos recueillis par Nadir Dendoune, journaliste indépendant, réalisateur de documentaires et auteur.

Comment un colloque sur "l’intersectionnalité" a failli être censuré

Les attaques sont venues de "Causeur", du MRC, du Comité Laïcité République et autres associations laïques. Le sociologue Eric Fassin dénonce une atteinte aux libertés universitaires.

Les jeudi 18 et vendredi 19 mai s’est tenu à Bonneuil-sur-Marne un colloque sur le thème : « Penser l’intersectionnalité dans les recherches en éducation ». Malgré son intitulé austère, la rencontre a été l’objet d’une incroyable bataille en coulisses. Pour ses adversaires, venus de la droite identitaire, mais aussi de la gauche dite « républicaine », le seul fait de parler d’« intersectionnalité » dans les locaux de l’ESPE (ex-IUFM, où l’Education nationale forment ses enseignants) de l’académie de Créteil était insupportable.

Importée de la science politique américaine, la notion d’intersectionnalité analyse les liens entre les différentes discriminations de classe, de race et de sexe. Elle est en particulier utilisée par la sociologie contemporaine à propos du voile islamique. Pour les théoriciens de l’intersectionnalité, lorsque l’on prétend émanciper de jeunes filles musulmanes en les obligeant à retirer leur foulard, on oublie que, d’un même geste, on les discrimine en tant que membres d’une communauté religieuse catégorisée comme rétrograde et machiste.

Que la pensée « laïque » et « républicaine » critique cette approche est logique et légitime : c’est la liberté du débat intellectuel. Mais que certains de ses représentants tentent d’empêcher la tenue d’un colloque sur le sujet est inquiétant. C’est pourtant ce qui est arrivé, et ce qu’Eric Fassin a raconté en détail dans la communication qu’il a prononcée jeudi matin, lors de la séance d’ouverture. Nous la reproduisons ci-dessous.

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Eric Fassin est sociologue et professeur de sciences politique à l’université Paris VIII.

"Frères migrants" de Patrick Chamoiseau : notre parole primordiale

Comment convaincre de l’importance du dernier essai de Patrick Chamoiseau, et de l’urgence de le lire et d’en diffuser la substance ? - celle d’une mobilisation de chacun face au drame des migrants, et du moment de nouvelles fondations ? Je propose un aperçu sur les urgences de cette diffusion, à laquelle nous voulons contribuer ici avec l’Institut du Tout-Monde (fin de l’article).

À en juger par les commentaires assez unanimes de la presse, la sortie de l’essai Frères migrants de Patrick Chamoiseau (Seuil, mai 2017) a été saluée par un éloge général, les uns et les autres ayant noté la générosité singulière de cet appel à la solidarité avec les migrants, son élan vers l’ouverture et son aspiration au dépassement des réflexes de rejet. Une quasi-unanimité par conséquent, qui a quelque chose de rassurant devant ce qui est certainement un livre important, en un contexte troublé. Pourtant, demeure une sorte d’insatisfaction toute personnelle : je ne suis pas sûr finalement, qu’on ait pour de bon pris la mesure exacte de cet appel, et tout à la fois de cet essai politique court et dense, de ce tournant éthique et de cette postulation poétique à de nouvelles éclosions. Le contexte lui-même, il faut le croire (celui d’une France alors en proie à la menace lepéniste) n’a peut-être pas été propice à ce qu’au-delà des commentaires accompagnant une publication importante, on ait été à même de prendre cette juste mesure de ce qui est dit dans ces quelque cent trente-sept pages. D’où mon insatisfaction d’aujourd’hui : il est certainement nécessaire de revenir, certes, sur la substance de ce vibrant plaidoyer pour une solidarité étendue et d’attirer l’attention sur l’importance cruciale de ce livre. Mais comment dire le fond de cette insatisfaction-là…

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Article de Loïc Céry, Directeur du pôle numérique de l’Institut du Tout-Monde, Directeur de la revue La nouvelle anabase, Fondateur de l’IFUPE et des sites Édouard Glissant.fr, Sjperse.org, Les Mémoires des esclavages.com

Découvrir ou re-découvrir la "Déclaration des Poètes", qui conclut l’ouvrage Frères Migrants de Patrick Chamoiseau.

Marseille, une ville coupée en quatre


Lors du premier tour de la présidentielle, les profondes inégalités sociales qui segmentent l’espace marseillais se sont exprimées dans les urnes. Elles font rejaillir l’opposition ancienne entre les quartiers nord et ceux du sud, à laquelle se superpose un nouveau clivage centre–périphéries, pour former la mosaïque électorale très contrastée de la cité phocéenne.

Après Marseille la brune, Marseille la rouge ? Alors que les votes des grandes métropoles sont supposés acquis à Emmanuel Macron si l’on en croit les premières analyses postélectorales reprenant le thème de la « France des métropoles » contre la « France périphérique » (Guilluy 2014), c’est Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé en tête dans la deuxième ville de France au soir du 23 avril dernier. Devant un tel succès, le représentant de la France insoumise a d’ailleurs décidé de se porter candidat dans la 4e circonscription législative des Bouches-du-Rhône, au centre de Marseille, où il a recueilli 39 % des suffrages exprimés au premier tour.

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Article de Joël Gombin, doctorant en sciences politiques.

Pour une éducation populaire féministe


Enthousiasmé par l’ouvrage Education populaire et féminisme, et avec l’envie de faire connaître ce travail, je suis allé fin 2016 rencontrer 5 des 11 auteures : Alexia M., Annaïg Mesnil, Emilie Viard, Katia Storaï et Tiffanie D. Attablé près d’une cheminée chez l’une d’entre elles, je leur ai indiqué les directions auxquelles j’avais pensé pour notre rencontre – les agressions sexuelles, l’antiféminisme de « gauche », leur approche de l’éducation populaire politique, etc. – et cela s’est très rapidement transformé en une suite d’interventions riches en détails, mêlant l’ensemble de ces thématiques. Voici le résultat, en deux parties, remanié sur la forme pour plus de lisibilité. La 1ère partie concerne surtout le récit du travail entrepris dans leur réseau d’éducation populaire. La 2ème partie apporte des compléments plus généraux mais non moins importants.


On va commencer avec la présentation du réseau, son activité et ce qui vous a amené à écrire ce livre.

Alors le réseau La Grenaille au moment du début de l’écriture du livre c’est une chose, et aujourd’hui c’en est une autre. Au moment de l’écriture, ce sont 4 structures qui sont sous forme de Scop – statut coopératif – et qui sont dans une relation de filiation initiale avec Le Pavé (situé à Rennes). Dans la Grenaille il y a un désir partagé de se réapproprier et de réinventer des pratiques d’éducation populaire politique. Les moyens utilisés sont : la formation professionnelle, l’animation et l’accompagnement de collectifs et de syndicats, ou la diffusion de conférences gesticulées. Ça représente entre 15 et 20 salarié-e-s selon les moments.

En 2014, il y a eu auto-dissolution du Pavé et la refondation ensuite de 2 structures issues de cette étape : Le Contrepied et la Trouvaille. Le premier, sous le statut « Scop », a gardé la même activité qu’avant. Et La Trouvaille, comme collectif d’éducation populaire sous la forme associative, a choisi en tant que « labo » d’éducation populaire d’accompagner des groupes et des structures dans des expériences, savoirs et stratégies communes pour l’égalité.
Le Contrepied a choisi de sortir du réseau en 2015. Donc malgré ce changement, il y a toujours aujourd’hui 4 structures : La trouvaille à Rennes, L’engrenage à Tours, L’orage à Grenoble et Vent debout à Toulouse.

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Éducation populaire et féminisme. Ouvrage collectif, édition La Grenaille 15€.

Pour commander le livre, en fonction du lieu où vous êtes, contacter La Trouvaille à Rennes, L’engrenage à Tours, Le Vent debout à Toulouse, l’Orage à Grenoble ou écrivez à l’adresse educationpopulairefemi-niste@gmail.com ; à moins que vous ne préfériez passer dans une des librairies qui en a (pour trouver une librairie près de chez vous envoyez-nous un mail), ou organiser une diffusion dans une librairie proche de chez vous, contactez-nous.

Une émission radio où on peut entendre d’autres rédactrices du livre : http://www.canalsud.net/?Feminisme-et-education-populaire

L’école, la violence, l’islam, Marseille : un livre à côté de la plaque ?

En cette rentrée des classes, un livre sur l’école a fait le buzz plus que d’autres : le livre témoignage de Bernard Ravet, ancien principal de collège à Marseille, intitulé de façon intriguante "Principal de collège ou imam de la République ?". Emmanuel Davidenkoff est mentionné comme celui qui « a permis de réaliser l’aventure éditoriale » en assurant sa « mise en forme ». L’ouvrage avait au moins trois raisons de réussir son entrée sur le marché.

D’abord, l’auteur est un personnage attachant, connu à Marseille et qui a beaucoup d’amis. Le livre raconte sa trajectoire et son vécu. Issu du vieux quartier de la Croix-Rousse à Lyon, Bernard Ravet a été formé comme instituteur dans les années 60-70.

Il a très tôt quitté l’enseignement pour la pratique de l’image et des médias. Venu à Istres à ce titre au début des années 80, il a obtenu ensuite d’ouvrir une antenne du CRDP dans les quartiers nord de Marseille, puis il est passé chef d’établissement, d’abord adjoint puis titulaire. Sur une dizaine d’années, il aura dirigé trois établissements appartenant au réseau marseillais de l’éducation prioritaire. L’un de ceux-ci – le premier qu’il ait dirigé personnellement – recrute sur le quartier le plus pauvre de Marseille, l’un des plus pauvres de France. Il a terminé sa carrière dans un collège des quartiers Sud, toujours à Marseille.

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"L’école, la violence, l’islam, Marseille : un livre à côté de la plaque ?"

Françoise Lorcerie, Directrice de recherche au CNRS
Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM, UMR 7310, CNRS & Aix-Marseille Université)

Les faux-semblants des filières d’excellence

Les filières d’excellence au collège sont controversées. Ceux qui les défendent considèrent qu’elles sont indispensables au système scolaire et à la constitution des élites. Mais elles s’avèrent inefficaces et ne font que creuser les inégalités, sociales et ethniques.

Depuis juin 2017, Jean-Michel Blanquer, nouveau ministre de l’Éducation nationale, est revenu sur la politique de réduction du redoublement et, à l’école élémentaire, a autorisé la semaine de 4 jours au lieu de 4 jours et demi. Il est aussi revenu sur une dimension essentielle de la réforme du collège entrée en vigueur à la rentrée scolaire 2016. Celle-ci se caractérisait notamment par une réduction de la diversité de l’offre pédagogique des établissements avec l’intégration des options latin et grec intégrées dans les EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires) et, mesure emblématique, la suppression des sections européennes et des classes bilangues (2 langues vivantes dès la sixième). L’une et l’autre sont de nouveau autorisées. Le retour des filières d’excellence est-il souhaitable ou néfaste ? Quelles peuvent être les conséquences de cette décision ?

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"Les faux-semblants des filières d’excellence"
Un article de Pierre Merle,
sociologue, professeur d’université à l’École supérieure du Professorat et de l’Éducation (ESPE) de Bretagne et à l’Université Bretagne Loire-Atlantique.

Elèves : le système D des profs contre la pauvreté

En France, un enfant sur dix vit dans une situation d’extrême précarité. Tandis qu’un nouveau délégué interministériel dédié vient d’être nommé, les enseignants, œuvrent, eux, pour trouver des solutions concrètes.

Emmanuel raconte cette scène. Elle se passe à Auch (Gers), dans sa classe de CP, lors d’une séance sur le développement durable. Au détour d’une phrase, un élève explique qu’à la maison ils remplissent un seau d’eau une fois par semaine et puisent dedans pour se laver. Un autre dit ne plus avoir de lumière chez lui parce que l’électricité a été coupée. « Cette pauvreté, on ne la voit pas forcément tout de suite, elle surgit souvent d’un coup, sur un point de détail. Les enfants n’en parlent pas spontanément, il y a toujours une grande pudeur », témoigne Emmanuel, enseignant depuis quinze ans.

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Elèves : le système D des profs contre la pauvreté, article de Marie Piquemal, publié le 26 novembre 2017 sur le site du journal Libération

« Ils sont en grande difficulté scolaire, mais il n’y a aucune fatalité »

Auteur d’un important rapport en 2015, Jean-Paul Delahaye avance des solutions pour les élèves vivant dans une grande précarité.

Jean-Paul Delahaye est une figure de référence au sein de l’Education nationale. Il a dirigé entre 2012 et 2014 l’administration centrale de l’éducation nationale (la Dgesco), une énorme machine. Ancien conseiller du ministre Vincent Peillon, il a publié en 2015 un rapport intitulé « Grande pauvreté et réussite scolaire ».

Entre 2015 et aujourd’hui, rien ne semble avoir changé : toujours autant d’enfants sont en grande détresse…

Oui. Dans notre pays, sixième puissance économique au monde, 20 % des enfants vivent dans la pauvreté, et 10 % dans une très grande pauvreté. Il faut dire les choses, décrire cette réalité. J’ai mis des mots sur la pauvreté des enfants de ce pays. Cela a été une sorte de gifle pour toutes celles et ceux qui ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir. En France, des enfants sont sous-alimentés. Des cas de maigreur sont détectés par les médecins scolaires. Des enfants vivent dans des logements insalubres, mettant en péril leur santé. La pauvreté n’existe pas seulement dans les grandes villes, contrairement à ce que l’on pourrait penser. On la trouve aussi en zone rurale. C’est une pauvreté beaucoup moins connue, moins visible aussi, elle échappe souvent aux radars, mais avec des effets décuplés par l’isolement. Pour l’Education nationale, la question posée est : comment un élève peut-il entrer sereinement dans les apprentissages quand il vit dans des conditions si difficiles ?

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Entretien avec Jean-Paul Delahaye, mené par Marie Piquemal, publié le 26 novembre 2017 sur le site du journal Libération

L’expérience créole pour inspiration

Début décembre, Marseille accueillait l’auteur martiniquais Patrick Chamoiseau autour de deux rencontres, où il développait sa vision d’un « imaginaire de la relation » pour dépasser les enfermements identitaires. Nous avons saisi l’occasion pour solliciter un court entretien axé sur la transmission de l’histoire et la réhabilitation des mémoires oubliées : des préoccupations qui guident sa plume comme de nombreuses initiatives dans notre ville – la Biennale du RHMIT n’en est qu’une manifestation. Certes, l’expérience créole est différente à bien des égards de l’histoire marseillaise, mais elle fait en même temps écho à tout un spectre de « trajectoires silencieuses », notamment celles des vagues migratoires successives qui ont construit notre région, et elle nourrit des réflexions fondamentales pour la construction d’une histoire partagée.
 
La parole ne fait pas l’histoire
 
Patrick Chamoiseau se définit lui-même comme un « marqueur de parole ». Ses nombreux écrits, qu’ils soient romans, essais, mémoires, contes, scénarios ou même à l’articulation de tous ces styles, s’inscrivent comme autant de témoignages de l’histoire de la Martinique. Ils parlent de la colonisation, de l’esclavage, de l’acculturation produite par un capitalisme et une mondialisation qui dévorent progressivement les cultures populaires locales. Ils donnent une voix aux djobeurs en voie de disparition sur les marchés de Fort-de-France, aux conteurs créoles, aux petites gens… Ils traduisent, enfin, un combat quotidien pour préserver certains modes de vie créoles et les inscrire dans l’histoire.

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Article de Delphine Vincent, Approches Cultures & Territoires

Publié sur l’Agora de Marsactu, 13 décembre 2017


Joëlle Magar : La microphysique du pouvoir à l’école

Comment se construisent les rapports de domination de sexe et de race dans le système éducatif ? Ethnologue, Joëlle Magar a observé de près, pendant plusieurs années 4 collèges et écoles en France et au Québec. Elle en ramène des observations fines qui démontent les mécanismes de "naturalisation" des rapports de domination au sein de l’école. Sa thèse illustre la nécessité d’une formation des enseignants ces questions. Quoi qu’en pense le ministère...

Construction des stéréotypes de genre

" Construits sociaux, le sexe et la race se perpétuent grâce à l’ « idée de Nature » qui invisibilise les rapports de force dont ils sont le produit. Quand le pouvoir se cristallise aux mains d’un groupe et lui permet d’imposer ses significations, ses règles et ses usages, il se constitue en rapport de domination".

Ethnologue, Joëlle Magar a passé plusieurs années dans 4 établissements dont deux en France, un collège et une école primaire de banlieue. Elle en ramène des observations très fines des mécanismes "menus" de domination masculine et de discrimination de race à l’intérieur du système éducatif. Elle révèle des situations banales que l’on n’interroge plus, perpétuant ainsi des systèmes de domination.

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Joëlle Magar : La microphysique du pouvoir à l’école
Article de François Jarraud, publié le 1er décembre 2017 sur Le Café Pédagogique.net

Les neurosciences ne font pas une politique de l’école

L’enseignement n’est pas un simple modelage technique des cerveaux. Le nouveau Conseil scientifique de l’Éducation nationale ignore les sciences de l’éducation et les didacticiens.

Pas le temps de souffler ! Le ministre envoie sans l’ombre d’une concertation une annonce ou une réforme par mois. La trêve des fêtes à peine achevée, la « Blanquer-Dehaene-mania » reprend de plus belle : maxi photos, double page, longue interview du professeur Stanislas Dehaene, spécialiste de neurosciences désigné pour diriger le Conseil scientifique de l’Education nationale (CSEN) !

La composition sidérante de ce conseil de 21 membres vaut le détour. Il a pour mission de piloter la politique du ministère pour la recherche en éducation, l’innovation et l’expérimentation. S’agit-il d’un gag ou d’une OPA ? La pluridisciplinarité annoncée y chausse les lunettes très étroites de deux ou trois domaines scientifiques et ignore tous les autres !

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Article de Dominique Bucheton, professeur des universités en sciences du langage et de l’éducation

La "rue publique" en quête de résidents


Son nom façonné en guirlandes lumineuses, visible depuis le Vieux-Port laisse présager aux visiteurs une « Impériale »[1] balade. La rue de la République, lieu emblématique de Marseille, ne se découvre pourtant pas facilement. Composante d’envergure du centre-ville, l’immensité de son bâti et ses surprenants immeubles haussmanniens annoncent sa riche histoire et sa configuration typique d’une époque marquée par les projets de réhabilitation urbaine menés sous le Second Empire. Trait d’union entre plusieurs territoires historiques, elle a contribué à redessiner la cartographie sociale du centre-ville et questionne par la dualité qui la caractérise, d’abord symbole de mixité culturelle et sociale pour devenir au lendemain des années 2000, une frontière socialement et culturellement marquée entre le nord et le sud de la métropole.
 
Rétrospective d’une dynamique urbaine
 
Érigé au milieu du XIXème siècle pour faciliter la circulation entre le nouveau bassin portuaire et le Vieux Port, ce petit territoire s’étend de l’église Saint-Ferréol au port de la Joliette. Aux fils des époques, passages et migrations qui ont jalonné son histoire, la rue de la République est devenue la garante d’un patrimoine mémoriel abondant, composé par toutes les personnes ayant joui de ses usages et fonctions.

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Article préparé et rédigé par Iman Laazibi
Image : montage photo réalisé par Hugo Lhuillier

Des professeurs débutants en quête de réponses sur la laïcité

Sur le campus d’Orsay, une formation de deux heures est organisée pour faire face aux questions des élèves, mais également à celles des parents.


S’agit-il d’entorses à la laïcité – ces « atteintes » en milieu scolaire dont le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, s’est engagé à fournir un état des lieux ? De provocations adolescentes ? De revendications identitaires de la part de jeunes qui se cherchent ? La cinquantaine d’enseignants débutants rassemblés, ce mardi matin de janvier, dans l’un des amphis du campus d’Orsay (université Paris-Sud) pour deux heures de formation à la laïcité, ne se posent pas ce type de questions.

« On les laisse au débat politico-médiatique », souffle Maxime, assis au cinquième rang. Face à des « attitudes » d’élèves qui les interrogent, dans les collèges et lycées de l’académie de Versailles où ces enseignants débutants exercent déjà à mi-temps – en tant que fonctionnaires stagiaires –, ils sont venus chercher des réponses, pas la polémique.

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Article de Mattea Battaglia, publié le 22 janvier 2018 sur LeMonde.fr

Débat : la criminalisation de la solidarité aux migrants, miroir d’une Europe "prohibitionniste"


L’éclatement de la « crise migratoire » en 2015 s’est répercuté à la frontière italo-française. Une zone de « non-droit d’asile » a ainsi émergé entre la France et l’Italie, plus précisément à Vintimille, « le Calais italien ». Les reportages et des vidéos sur ce qui s’est passé et se passe encore dans cet endroit d’Europe sont très nombreux (en français et en italien).

Dès le début de juin 2015, quelques milliers de migrants se sont « installés » juste à la frontière sur les rochers. C’était encore l’été ; ils avaient des sacs de couchage et des tentes fournis par les bénévoles italiens puis français. On a vu d’emblée d’un côté la mobilisation des no borders et autres bénévoles italiens et français (notamment ceux de Roya Citoyenne), et de l’autre la mise en place d’un dispositif militaro-policier italien et français sans pitié et violent.

Compétition mortifère entre polices italienne et française

Avec Manuel Valls, qui visiblement souhaitait démontrer sa capacité à dépasser Nicolas Sarkozy en la matière, le gouvernement français a fait le choix de la répression systématique des migrants qui cherchaient à passer la frontière. Les contrôles se sont amplifiés. On a même vu, un jour, une vingtaine de policiers monter dans un train et le bloquer juste avant Menton pour appréhender deux mineures et les refouler en Italie. Une compétition s’est ouverte entre les polices des deux côtés de la frontière. Le résultat prévisible a été atteint : les violences et même les brutalités contre les migrants se sont multipliés, comme le montrent clairement les médecins no borders italiens, mais aussi Amnesty International.

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Article-débat, The Conversation, 16 janvier 2018

Le français "petit-nègre", une construction de l’armée coloniale

Le langage “petit-nègre”, celui de “Y’a bon Banania” ou des dialogues de “Tintin au Congo”, était une sorte de français approximatif parlé par les peuples colonisés. Ce langage, maintenant largement perçu comme raciste, a été instauré par l’armée coloniale française.


Son occurrence la plus célèbre a longtemps été affichée sur une boîte de chocolat en poudre : le slogan “Y’a bon Banania” est la représentation la plus connue du français “petit-nègre”. Ce terme indique une manière de parler approximative, faute d’une connaissance de la langue, des Noirs des colonies françaises en Afrique. A lire Tintin au Congo, ou des oeuvres de l’époque coloniale, on pourrait croire, sans se fourvoyer sur l’aspect intrinsèquement raciste de ces représentations, que le français "petit-nègre" résultait réellement d’une bonne volonté d’apprendre la langue française, restée imparfaite, alors même qu’il s’agit en réalité d’une construction de l’empire colonial français. “Le terme apparaît à la fin du XIXe siècle et indique une double disqualification : il s’agit de parler français comme un “nègre” (= mal) et comme un "enfant" (=mal). C’est un rapprochement raciste commun (les Noirs sont des enfants)”, explique à ce sujet Laélia Véron, docteure en langue française et enseignante en linguistique à l’université du Mans.

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Article de Pierre Ropert, 21 février 2018, France Culture

Spéculer sur l’insertion des demandeurs d’asile en France, un nouvel investissement rentable pour les financiers


L’accueil des demandeurs d’asile s’ouvre aux marchés financiers. C’est ce que prévoit le nouveau modèle de gestion des centres « Pradha », chargés de l’hébergement des personnes demandant l’asile. Ces centres – d’anciens hôtels bas de gamme – seront gérés au quotidien par une filiale de la Caisse des dépôts sous contrôle du ministère de l’Intérieur, et sont en partie financés par le privé, grâce à un fonds d’investissement dédié. Côté accueil, accompagnement, insertion et encadrement, les coûts sont réduits au minimum, mais les partenaires du fonds – la BNP, Aviva, la CNP assurances ou la Maif – espèrent en tirer des bénéfices. Bienvenue dans l’« action sociale » du 21ème siècle.

Fin 2016, le ministère de l’Intérieur lançait un appel d’offre sans précédent pour la création de plus de 5000 places d’hébergement pour demandeurs d’asile, suite notamment à l’évacuation du camp de Calais. Le Programme d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile (Prahda) vient s’ajouter à la myriade de dispositifs d’accueil qui sont déjà en place. Il prendra la suite des Centres d’accueil et d’orientation, créés dans la précipitation. Cependant, le Prahda innove : il s’agit du premier dispositif d’hébergement financé par l’intermédiaire d’un fonds dit « à impact social », un système venu du Royaume-Uni. Son principe : faire financer des programmes sociaux par des investisseurs privés, tout en leur garantissant une rémunération substantielle.

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Un article de Anne-Sophie Simpere, Bastamag, 21 février 2018

Les portes de la nation

À propos de : Sarah Mazouz, La République et ses autres. Politiques de l’altérité dans la France des années 2000, ENS Editions, 2017.


Comment la République considère-t-elle ses «  autres  »  ? À partir d’une étude ethnographique des dispositifs de lutte contre les discriminations raciales et de la procédure de naturalisation, Sarah Mazouz s’interroge sur les « politiques françaises de l’altérité  ».

De quelle manière les politiques de lutte contre les discriminations raciales et de naturalisation éclairent-elles notre rapport à l’autre et à l’étranger ? En mobilisant les travaux de Franz Fanon et la littérature britannique, Sarah Mazouz pense les relations sociales à travers les processus « d’assignation racialisante  » (p. 14) pour étudier conjointement ces deux politiques de manière « à saisir les pratiques de délimitation du groupe ainsi que les modes de production de l’ordre national  » (p. 18). Elle montre comment une société produit du racial en distinguant les nationaux des « autres », définis ou perçus comme étrangers, malgré un affichage politique de Colorblindness et d’universalisme républicain.

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Barka Moutawakil, une vie de chibani du rail


Cet homme de 68 ans fait partie des 848 cheminots marocains retraités qui ont gagné, en appel, le 31 janvier, face à la SNCF, condamnée pour discrimination. Il raconte sa vie d’ouvrier à tout faire, pénalisé et humilié parce qu’il n’était pas français.

Barka Moutawakil, une vie de chibani du rail

Barka est si peu bavard qu’il ferait tenir un exil de 2 500 kilomètres, trente-deux ans de travaux manuels pénibles et quatorze de procédure judiciaire sur un Post-it – les phrases qui commencent par « c’est comme ça » sont en général très succinctes. Dans son salon, il pose sur une table trois photos avec quelques camarades, de l’époque où les toisons, les moustaches et les pattes d’eph constituaient une panoplie de choix. Et s’efface chaque fois que les femmes de sa vie étoffent son récit, comme si elles commentaient l’histoire d’un type qu’il connaissait, mais sans plus.

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Article de Ramsès Kefi, 18 février 2018, Libération.fr

Prix « Jeunesse pour l’égalité » 2018 : les lauréats sont...

La cinquième cérémonie de remise des prix du concours « Jeunesse pour l’égalité », organisé par l’Observatoire des inégalités, s’est déroulée mercredi 28 mars dernier dans la salle du Conseil de l’Hôtel de Ville de Paris. Fin du suspense avec les gagnants de cette édition.

À l’instar de Virginie et Pauline pour la vidéo « Petits mots », de Badi, Nadia, Nacera, Solène et Ilona pour « Ça n’arrive pas qu’aux autres », 16 équipes ont reçu un trophée de l’édition 2018 du Prix « Jeunesse pour l’égalité », organisé par l’Observatoire des inégalités en partenariat avec la mairie de Paris et le Commissariat général à l’égalité des territoires.

180 jeunes venus de toute la France, âgés de 11 à 25 ans, sélectionnés parmi plus de 1 800 participants, ont assisté mercredi 28 mars à la remise des prix de cette cinquième édition à l’Hôtel de Ville de Paris, en présence de Pauline Véron, adjointe à la maire de Paris, et de Kamel Benamra, du Commissariat général à l’égalité des territoires. Pour le jury, composé d’anciens lauréats et de membres de l’Observatoire des inégalités, trancher n’a pas été simple. Certains sont repartis avec des prix, d’autres pas, même si tous auraient mérité d’être récompensés, de même qu’un grand nombre de non « finalistes ».

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Photo / © Observatoire des inégalités

Le Prix « Jeunesse pour l’égalité » 2017-2018 bénéficie du soutien du Commissariat Général à l’Égalité des Territoires et de la Mairie de Paris.

ATD contre "la fatalité d’orientation scolaire"

L’orientation scolaire est elle socialement injuste ? Vendredi 6 et samedi 7 avril, ATD Quart Monde a invité familles, chercheurs, enseignants à débattre de « Grande pauvreté et orientation scolaire ». Depuis deux ans le réseau école s’interroge sur l’orientation massive des enfants de familles en situation de grande pauvreté vers les enseignements adaptés et spécialisés. En effet, le constat est sans appel : 85% des élèves scolarisés en SEGPA ou ULIS sont issus de milieux défavorisés. La pauvreté serait-elle synonyme de handicap ?

ATD Quart Monde ne le pense pas. Ils ont donc engagé un long travail dont la première étape a été d’interroger les personnes concernées par cette orientation et d’en dégager un constat sous forme de question : « Grande pauvreté et exclusion du cursus scolaire ordinaire : une réalité incontournable ? ». Le 15 octobre 2017, sur la place de la République, dans le cadre du village des initiatives, la conférence « orientation ou ségrégation scolaire » a lancé la deuxième étape de ce projet : croiser les savoirs avec différents partenaires : des enseignants, les syndicats, des chercheurs, des parents solidaires qui n’ont pas connu la pauvreté, un groupe de militants Quart Monde parents et jeunes connaissant la pauvreté et un groupe de professionnels non enseignants de l’éducation nationale. Ces « croisements des savoirs » se sont déroulés sur trois weekends, les ateliers des 6 et 7 avril ont permis la mutualisation de ces savoirs : savoirs académiques (celui des universitaires, des chercheurs), le savoir d’action des professionnels (enseignants, psychologues, inspecteurs…) et les savoirs de vie de ceux qui sont dans la grande pauvreté qui ont des choses à dire de ce qu’ils vivent. Ces savoirs sont à égalité, ils sont croisés pour construire un nouveau savoir, un savoir commun.

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Article de Lilia ben Hamouda, Le Café Pédagogique.Net, 10 avril 2018

Comment les immigrés ont eux aussi incarné "Mai 68"

"68" reste le moment fondamental d’ouverture vers la compréhension d’une société nouvelle : nouveaux acteurs, nouveaux enjeux, nouvelles luttes et façons de faire de la politique.

Avec la cinquantaine, l’histoire de "Mai 68" atteint donc son âge mûr. Dès lors, il est peut être temps d’interroger non seulement les nostalgies de ce moment si intense mais aussi les espoirs, les illusions provoquées. Savoir également si "Mai 68" a installé un nouveau processus touchant au fonctionnement de l’Etat, de l’école, des rapports entre femmes et hommes... Et de l’immigration, question rarement posée, qui reste toujours un point aveugle de cette histoire. La date "Mai 68" peut-elle se regarder comme anniversaire de la participation première, massive, des immigrés aux mobilisations qui ont ensuite traversé la société française ? La réponse n’est pas si simple, évidente. Mai 68 ne marque pas vraiment le coup d’envoi des mobilisations propres aux travailleurs immigrés en France. Des mouvements sont bien antérieurs aux années 60.

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(Photo AFP)

Article de Benjamin Stora, Président du Musée national de l’histoire de l’immigration, publié le 26 avril 2018 sur le site du Huffington Post France.

Saïd Bouamama : « Des Noirs, des Arabes et des musulmans sont partie prenante de la classe ouvrière »

Laïcité, foulard, islam, colonialité ou « race » : plus une semaine sans qu’il n’en soit question dans le débat public. Les libéraux et l’extrême droite montent sur les tables ; laissons-les s’égosiller. Les partisans de l’émancipation s’entredéchirent ; voilà qui nous importe.

Les tensions entre la tradition matérialiste européenne (socialiste, communiste ou anarchiste) et les mouvements anticolonialistes ne datent pas d’hier. Celles entre irréligieux et croyants non plus — Lénine énonçait déjà en 1909, en opposition à certains espaces révolutionnaires : « Un marxiste est forcément tenu de placer le succès du mouvement de grève au premier plan, de réagir résolument contre la division des ouvriers, dans cette lutte, entre athées et chrétiens. »

Pour en parler, nous retrouvons le sociologue Saïd Bouamama à Saint-Denis, cofondateur du Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP) et ancien participant à la Marche pour l’égalité et contre le racisme. Pourquoi discuter d’alliances, comment les structurer et à quelles conditions ?

Lire l’entretien dans : Ballast, collectif de création politique

Collectif « Lettres vives », pour un autre enseignement du français

Face aux récurrentes attaques contre l’école en général et l’enseignement des lettres en particulier, des collègues s’organisent en collectif pour résister. Nul corporatisme, nul enjeu de pouvoir ici, juste le besoin de maintenir le pouls d’une sociabilité professionnelle engagée et coopérative. Le nouveau collectif se veut espace de réflexion autant que force de proposition. Tout partira, comme ici, de la boîte noire de la classe, loin des débats idéologiques hors-sol qu’ils subissent autant que nous.
C’est la raison pour laquelle le collectif Aggiornamento histoire-géographie relaie l’initiative et leur témoigne tout son soutien et toute son amitié.

Lire l’article dans : Collectif " Lettres vives"


Les « Nord-Africains » dans la rénovation urbaine des années 1960

Si la rénovation des années 1960 a été étudiée quant à ses effets pour les classes populaires, sa dimension raciale a rarement été soulignée. À partir d’une enquête sur deux quartiers de Lille et Roubaix et à la lumière des travaux d’Henri Coing sur Paris, Janoé Vulbeau montre comment cette politique de peuplement s’est en partie construite contre le regroupement des « Nord-Africains » et a reposé sur leur discrimination.

https://www.metropolitiques.eu/Les-Nord-Africains-dans-la-renovation-urbaine-des-annees-1960.html

 

Le Parcour sup des filles

La loi ORE (Orientation et Réussite des Etudiants : dispositif
d’exclusion ou accès aux études pour tous ?

L’article s’appuie sur une étude récente qui démontre que la loi ORE (février 2018) accentuerait les différenciations de genres et de classes sociales concernant l’accès aux études supérieures. Il semblerait que les filles soient les plus touchées par cette tendance, surtout celles issues des milieux populaires.

http://www.laviedesidees.fr/Le-Parcoursup-des-filles.html

 

Photographier, ethnographier et exposer dans la cité. Jeunes rugbywomen à Sarcelles

Photographier pour comprendre l’ expérience soprtive d’un groupe de joueuses de rugby à Sarcelles, telle est la démarche qui est à l’origine du projet « Les rugbywomen ». Une occasion de revenir sur l’intérêt heuristique des pratiques photographiques pour l’enquête ethnographique.

https://www.metropolitiques.eu/Photographier-ethnographier-et-exposer-dans-la-cite-Jeunes-rugbywomen-a.html

Une vie non fasciste

On vit tous, depuis plus d’un siècle, sur une ligne de crête : un pas de plus, un pas trop loin en trépignant dans son bon droit et on tombe dans le fascisme ou on le voit surgir subitement en soi, ou encore on le sent nous traverser comme un flux irrésistible et anonyme. C’est avant tout pour cela que nous tenons encore à employer le mot « fasciste ».

On ne peut pas renoncer à employer un tel terme au nom de sa confusion avec d’autres formes peu sympathiques de politique (populisme, racisme ordinaire, autoritarisme classique…), puisque le propre du fascisme est justement de tout confondre, de tout mélanger, de tout ensorceler. Les affects fascistes ne sont pas solubles dans une logique de camps ou de classes. On les retrouve partout, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, en passant par de policés ministres de l’Intérieur ou du Budget prétendus de centre-gauche. Bref, parce que le premier danger est de découvrir le fascisme non pas en l’autre mais en soi : dans une pulsion raciste insoupçonnée, dans une subite fureur de destruction, dans le sentiment irrépressible d’un « tous pourris », dans une haine impuissante ressassant ses échecs répétés.

De ce point de vue, le plus important, face au fascisme, est de se demander comment s’en protéger avant d’en accuser les autres depuis le bunker de sa bonne conscience, ou de pointer du doigt les nouveaux ventres féconds de la bête immonde. Même si Dieu sait — et il n’est pas le seul — combien les fascismes menacent aujourd’hui, partout : en France, en Hongrie, en Europe, aux États-Unis, de la Pologne aux îles Kouriles, en Syrie, en Égypte, en Israël, dans la péninsule amérindienne, en Norvège, au Pérou, chez les Tchèques, au sud des Abruzzes, au printemps, l’été même, parfois la nuit, en Turquie, en Chine, à Djibouti et au Kenya, partout. Mais commençons par tester nos propres capacités de défense véritablement non-fascistes. Michel Foucault a écrit en 1975 une flamboyante préface à L’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari qui s’intitulait « Introduction à la vie non-fasciste ». Tentons de lui redonner une forme actuelle. Une sorte de vade mecum par gros temps.

 

Lire l’article en version intégrale en cliquant ici :

https://www.cairn.info/revue-vacarme-2013-4-page-1.htm#anchor_abstract

 

L’Ecole et le fait colonial. Un passé qui ne passe pas ?

Peut-on enseigner le fait colonial en France, et par exemple, la guerre d’Algérie ? L’historienne Laurence de Cock reprend le fil des programmes d’histoire à travers les textes officiels, les débats médiatiques mais aussi les archives de la fabrication de ces programmes depuis les années 1980. Surprise : cette histoire ne suscite aucun débat au 20ème siècle sauf sur la façon d’éviter l’ennui des élèves. Mais on sait bien qu’au 21ème siècle le sujet est de plus en plus surveillé par le débat politique ce qui nous vaut des événements extraordinaire, comme la loi de 2005 qui prétendit imposer un enseignement positif de la colonisation ou l’épisode des derniers programmes où la ministre dut convoquer un aréopage d ’éminents historiens pour déminer le sujet. C’est que la question porte des enjeux importants comme le choix entre l’intégration ou l’assimilation des jeunes des banlieues... Laurence de Cock répond à nos questions sur cette histoire singulière.

Pour lire l’intégralité de l’article :

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/09/07092018Article636719023944436337.aspx

 

Ségrégation ethnique : une réalité de l’école d’aujourd’hui ?

Dans son projet historique, l’école de la République a une double visée : d’une part, l’établissement d’un système méritocratique, d’autre part, l’unification des différences par la construction scolaire d’une nation. Sur le terrain pourtant, la mixité, qu’elle soit sociale ou ethnique, est loin d’être la règle. Peut-on parler de ségrégation ethnique voire même d’éducation séparée dans l’école de 2018 ?

La suite : http://theconversation.com/segregation-ethnique-une-realite-de-lecole-daujourdhui-102593

L’Ecole et le fait colonial. Un passé qui ne passe pas ?

 Peut-on enseigner le fait colonial en France, et par exemple, la guerre d’Algérie ? L’historienne Laurence de Cock reprend le fil des programmes d’histoire à travers les textes officiels, les débats médiatiques mais aussi les archives de la fabrication de ces programmes depuis les années 1980. Surprise : cette histoire ne suscite aucun débat au 20ème siècle sauf sur la façon d’éviter l’ennui des élèves. Mais on sait bien qu’au 21ème siècle le sujet est de plus en plus surveillé par le débat politique ce qui nous vaut des événements extraordinaire, comme la loi de 2005 qui prétendit imposer un enseignement positif de la colonisation ou l’épisode des derniers programmes où la ministre dut convoquer un aréopage d ’éminents historiens pour déminer le sujet. C’est que la question porte des enjeux importants comme le choix entre l’intégration ou l’assimilation des jeunes des banlieues... Laurence de Cock répond à nos questions sur cette histoire singulière.

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/09/07092018Article636719023944436337.aspx

Sur l’immigration, la gauche n’a plus les mots

Luttant mollement contre la désignation des migrants comme boucs émissaires et la définition de l’immigration comme "problème", les partis de gauche semblent avoir renoncé à imposer un autre discours sur la question.

http://www.regards.fr/politique/article/sur-l-immigration-la-gauche-n-a-plus-les-mots

« Les multinationales n’ont jamais affranchi aucun peuple de la domination coloniale »

La Jeunesse autochtone de Guyane secoue le débat public


Il arrive que les bons mots sortent le bon jour au bon endroit. C’est ce qui s’est passé dans la commune d’Awala-Yalimapo pendant la réunion sur le projet de mine d’or organisée par la Commission nationale du débat public, en présence d’agents de la Compagnie Montagne d’or.

http://www.zite.fr/les-multinationales-nont-jamais-affranchi-aucun-peuple-de-la-domination-coloniale/

L’histoire de l’immigration disparaît des programmes de lycée ?

Le SNES vient de mettre en ligne l’intégralité des projets de programmes d’histoire du lycée. C’est une régression comme on en avait rarement connu. L’histoire de l’immigration disparaît des programmes scolaires.

La suite : https://blogs.mediapart.fr/edition/aggiornamento-histoire-geo/article/151018/l-histoire-de-l-immigration-disparait-des-programmes-de-lycee-0

Rendez-vous d'ACT

La Fabrique du Regard #3 : Figures de l’altérité

Cycle de conférences, Avril-Décembre 2018, Marseille, ACT-BMVR-MHM à suivre

Salon de Provence : le territoire, entre mémoires et histoire. Expériences vécues, expériences tues

Rencontre ACT RHMIT Centre social Mosaïque, 16 Novembre 2018, Salon de Provence à suivre

FEMME(S) ET RÉSISTANCE(S) D’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui

Festival, 21-30 novembre 2018, Théâtre de l’œuvre, Compagnie mémoires vives, Marseille à suivre

Autres actualités

LE 30 NOVEMBRE C’EST SANS NOUS ! LE 1er DECEMBRE C’EST 100% NOUS

Deux journées de lutte pour protester contre les inégalités structurelles, le racisme, la ségrégation et le mépris permanent. Collectif Rosa Parks à suivre

Chacal, La fable de l’exil, d’après Tassadit Yacine

Pièce de théâtre, 25 Novembre 2018, Marseille, Manifeste Rien à suivre

Tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans

Projection, Collectif Mémoires en marche, 23 Novembre 2018, Marseille, Alhambra à suivre

Association Histoire et Patrimoine Seynois : 19ème colloque annuel

24 novembre 2018, La Seyne sur Mer, HPS à suivre

Ressources

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