Accueil > Ressources

Articles

Guerre d’Algérie : quand le secret défense entrave la mémoire

Article de Chloé Leprince et émissions radio, France Culture, octobre 2019


" Où sont-ils, les journaliers de la rue Annibal, les boulangers, les manœuvres et les dockers de l’impasse du Palmier, les comptables et les magasiniers, les bijoutiers et les laitiers de la rue de la Lyre, les conducteurs et les receveurs de trolley-bus de la rue Caton, les commerçants, les chauffeurs, les imprimeurs de la rue des Coulouglis, les instituteurs, les maîtres d’internat, les médecins et les infirmiers de la rue de Chartres, les menuisiers et les coiffeurs de la rue Kléber, les cafetiers de la rue Bruce, les jardiniers de la rue du Sphinx, les cordonniers de la rue du Chat, les employés d’administration, les caissiers de la rue Salluste, les chauffeurs de taxi de la rue des Abencérages et de la rue du Divan, les bouchers de la rue du Centaure, les gargotiers, les marchands de légumes de la rue Jugurtha, les cheminots, les épiciers, les brocanteurs de la rue Marengo, les laitiers, les forains, les pâtissiers, les tailleurs de la rue de la Gazelle, les fleuristes, les miroitiers, les camelots et les plombiers de la rue de la Girafe et de la rue des Lotophages, tous ceux que vos bérets rouges, vos bérets noirs ou vos bérets bleus allaient cueillir parfois dans les bains maures ou dans les mosquées, déversaient dans les chiourmes de Beni-Messous et de Ben Aknoun, enfermaient dans les grottes de vos villas des hauts d’Alger et du Sahel, enchainaient quelquefois par le cou et par les mains les uns aux autres comme des bêtes et interrogeaient pendant des nuits et des nuits avec des tenailles, des électrodes et des cigarettes, tous ceux que vous arrêtiez parce qu’ils étaient trop bien habillés ou qu’ils avaient une tête qui ne vous revenait pas, que vous battiez jusqu’à ce qu’ils s’évanouissent, que vous entassiez dans ce que vous appeliez des centres d’hébergement munis de souterrains et d’abattoirs ou que vous transfériez dans vos ateliers de la Corniche et de l’allée des Mûriers, oui, où sont-ils ? "

Au final, une litanie de chiffres et une kyrielle de fantômes qui racontent une quête impossible : évaluer, documenter, répertorier l’ampleur d’un système largement passé sous le seuil de la légalité. La tâche est d’autant plus incertaine que la plupart de ces actions furent extra-légales, et en partie dissimulées aux représentants administratifs d’un Etat français dépassé sur son flanc militaire. Une bonne partie des archives ont de surcroît été détruites dans la foulée du coup d’Etat du 13 mai 1958. Autant d’éléments qui expliquent que l’histoire de ces disparitions ait conservé des trous béants.

Article et émissions radiophoniques sur France Culture

Partagez

Rendez-vous d'ACT

Renforcement de la conscience communautaire guadeloupéenne en situation de migration

Conférence - 19 novembre - BMVR - Marseille à suivre

Discriminations vécues : Impacts et stratégies collectives

Atelier - ACT - 22 novembre - Marseille à suivre

Autres actualités

Balades urbaines Joliette/Panier et Belsunce/Noailles

Migrantour - du 12 au 24 novembre - Marseille à suivre

Les Misérables

Film de Ladj Ly, sortie nationale le 20 novembre 2019 à suivre

7e édition du Prix « Jeunesse pour l’égalité »

Appel à projets, Observatoire des inégalités, jusqu’au 2 février 2020 à suivre

Ressources

« Il n’y a pas de crise de la masculinité » à suivre
Carte blanche. L’État contre les étrangers à suivre
Stéréotypes/Stéréomeufs à suivre
Médiation de l’Information pour les MNA à suivre
La santé mentale des immigré.e.s se détériore après leur arrivée à suivre

Mise à jour : vendredi 15 novembre 2019 | Mentions légales | Plan du site |