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Radio – Quartiers populaires, tenir, lutter, transmettre

Série LSD – France Culture

Par Nedjma Bouakra. LSD explore la vie des quartiers populaires, entre difficultés et innovations démocratiques. De Roubaix à Marseille, les habitants racontent relégation, discriminations et mobilisations pour défendre leur droit à la cité.

Épisode 2/4. Marseille, des promesses et des balles

Entre baisses de dotations et sentiment d’abandon, dix ans après le scandale de la BAC Nord, riverains et travailleurs sociaux refusent la fatalité du trafic de stupéfiants à Marseille et revendiquent une égalité de traitement pour les habitants des quartiers nord.

À Marseille, la façade littorale a longtemps servi de point d’ancrage à une « chaîne de travail colonial » dont la gestion des quartiers Nord apparaît aujourd’hui comme un prolongement contemporain. Cette histoire sociale et migratoire continue de structurer les rapports de pouvoir dans la ville.

La mémoire des ratonnades de 1973, qui ont visé des travailleurs immigrés algériens dans la région marseillaise, infuse encore les récits familiaux. Tandis que les assassinats et les violences racistes continuent de cibler au faciès, dans une ville marquée par la montée continue de l’extrême droite, les habitants s’opposent à leur relégation.

Les quartiers Nord incarnent une déshérence profonde des politiques publiques. Travailleurs sociaux et collectifs revendiquent une égalité de traitement social et politique. En refusant la catégorie médiatique du « règlement de comptes » pour lui substituer celle d’ »assassinat », ils visibilisent les vies, les familles, et luttent contre la racialisation du deuil.

Les tensions internes elles-mêmes témoignent de la complexité de ces mobilisations. Comme le raconte Maître Mourad Mahdjoubi : « C’est vrai qu’il y a eu des tentations qui sont arrivées par un des membres de notre groupe (…) être financé par le réseau historique de la cité. Je pense que c’était pour faire du blanchiment. On avait fait une grosse réunion où ça avait pas mal clashé. »

Karima Berriche rappelle quant à elle la force politique d’une exigence commune de dignité : « On se retrouve avec des parents dont les enfants ont été victimes des trafics et d’autres dont les enfants ont été tués par des policiers. Et ils nous disent : surtout, ne faites pas de hiérarchie entre nos morts. (…) C’est une vraie claque, parce qu’il s’agit toujours de nos enfants. »

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